Carlos de Oliveira, La Maison sur la dune,
     Colection Ibériques, éditions Corti

     Il s’agit ici de l’un des chefs-d’œuvre d’Oliveira dont nous avions déjà publié deux ouvrages.
Dans ce premier roman, écrit à 22 ans, nous assistons au destin tragique d’une famille de petits propriétaires terriens et de la communauté paysanne qui lui est étroitement liée.
La force unique de ce roman tient au fait que tout est montré avec une sobriété exemplaire, mais jamais démontré. Ici, pas de théories économiques et sociales, pas de discours grandiloquents, même si les convictions politiques de l’auteur sont transparentes ; mais, sans angélisme, elles rejoignent des constatations évidentes, et dressent le tableau profondément humain de populations accablées de désastres s’accumulant sur une terre condamnée.
Le romancier a su subtilement, grâce à un sens consommé de l’ellipse, faire en porter ce drame par des personnages très forts, tant du côté des notables ou des bourgeois que du côté des paysans qui revêtent une épaisseur psychologique tout à fait insolite en littérature.

     Né au Brésil en 1921, d'abord influencé par le courant néoréaliste, traducteur de Supervielle, Aragon, Éluard, Carlos de Oliveira a su transposer, dans ses romans et dans sa poésie, sa préoccupation sociale sur le plan plus élevé du mythe et du symbole. (Patrick Kéchichian, Le Monde).


     Du même auteur aux éditions Corti : Une abeille dans la pluie ; Petits bourgeois.
     Aux éditions Passage du Nord-Ouest : Finisterra



    Il existe, sur la lande, des hameaux solitaires, perdus au milieu des pinèdes, au bout du monde. Des hommes y vivent, qui sèment et récoltent quand l’été brûlant a épargné les épis, et que l’hiver ne s’abat pas en trombes d’eau et de boue. Sinon, ce ne sont plus que branchages tordus, fondrières, solitude, sur ces terres désolées. Dans l’un de ces trous perdus se trouve un étang, que les chaleurs de juillet mettent à sec. Le village s’appelle Corrocovo, et l’étang n’a même pas de nom. Quand l’eau disparaît dans le sol, le fond tout fendillé se couvre de joncs. Les femmes viennent les couper, les étalent au soleil et les tressent pour en faire des nattes, qu’elles vendent lors des foires au bourg de Corgos. Mariano Paulo et ses amis descendent du domaine des Paulo, et s’en vont à l’étang chasser les canards sauvages, que l’automne emporte déjà vers les terres chaudes du Sud. Le marais répand les fièvres dans les masures au bord de l’eau, et abrite les oiseaux pour que ces messieurs du village les tirent au fusil. Des oiseaux transis de froid, des chasses crépusculaires. Le Dr Seabra et Guimarães viennent de Corgos, invités par Mariano Paulo. Ce sont là les seuls amis qu’il ait gardés au bourg. Les autres se sont faits de plus en plus rares, ont disparu peu à peu, après la mort de Dona Conceição et du vieux Paulo. Morts désormais, le tumulte d’autrefois dans la grande demeure de Corrocovo, le brouhaha des soirées quand les gens de Corgos remplissaient les vastes salles. La vie de Mariano Paulo n’exigeait plus de bien grandes fêtes. Une vie de sable aride, comme le terrain du domaine. Et les amis cessèrent de venir, la maison redevint silencieuse.  


    




    



Traduit du portugais
par
Françoise Laye

176 pages
2007
ISBN : 978-2-7143-00949-5
16 euros