René Vázquez Díaz, L'Île du Cundeamor
      Collection Ibériques, éditions Corti


      René Vázquez Díaz est écrivain, traducteur et journaliste. Né en 1952 à Cuba, il poursuit des études d’ingénieur en Pologne. Dès 1975, il s’installe à Malmö en Suède. Cubain de l’exil – de l’extérieur, comme l’on dit sur l’île – René Vásquez Díaz, avec son Île du Cundeamor, nous offre un grand roman picaresque, truculent, haletant.
     Roman total, profondément libre, comme ceux de Thomas Pynchon, plein de bruit et de fureur, aux personnages inoubliables dans une Miami où se concentrent toutes les ambiguïtés cubaines.
     Le livre a fait grand bruit dans la presse espagnole, car il est à la fois un grand roman populaire – proche de certains polars, le roman d’une génération – celle qui n’a pas connu l’avant Castro, et une œuvre universelle par sa thématique (l’amour, l’exil, la création, la drogue, la mafia).
     Nous n’oublierons pas de longtemps ce roman bien construit, bien écrit, au tracé net et ferme, et lorsque nous refermerons la dernière page restera vif le souvenir de ses personnages, de ses péripéties et tragédies.




     Quelqu'un chantait dans les rues de Miami Beach et Betty Boop, chose étrange, se réveilla sans la moindre sensation de détresse. Elle promena son regard à travers la pénombre de la chambre et remarqua qu'il lui restait encore une heure, toute une heure … une petite heure bien agréable avant la sonnerie du réveil. Elle s'aperçut alors qu'elle avait dormi toute la nuit avec ses faux-cils.
     Contrariée, l'haleine fétide, la voix éraillée, elle s'exclama:
     – Bah, des manies de vieille.
     Qui diable chantait-il, à cette heure-là, dans les rues somnolentes de Miami Beach ?
     – C'est une voix mélancolique et puissante, – se dit-elle en, baîllant.
     Betty avait l'habitude de se réveiller, au milieu de la nuit, avec un mauvais goût dans la bouche et prise de panique. Des chœurs de voix rauques faisaient irruption dans son sommeil pour lui chanter de tristes nouvelles. Ces nouvelles avaient toujours deux thèmes : Funio et Cuba.


     L’Île du Cundeamor est merveilleusement écrite, prose cadencée, elliptique et dévastatrice, un exemple d’art narratif, conçu pour réfléchir sans colère et se moquer sans frivolité.
     
La Nouvelle Espagne

     
Comme dans les poupées russes, une fiction enserre une autre fiction, et une autre et une autre encore ; et chacune d’elles, une parcelle de réalité qui, au lieu de se rétrécir, s’agrandit avec fluidité dans un magnifique livre, divertissant, sarcastique, fantaisiste, démystificateur et belliqueux.
    
 La Vanguardia

     
Une expérience de lecture extrêmement agréable. Avec un style agile, insolent, pluriel par ses tons et ses registres – solennel mais aussi comique, narratif mais aussi dialogué –, avec un pouvoir indéniable d’incorporation de la réalité, avec tant de richesses et d’insolence verbales, Vázquez Díaz a écrit le récit de l’exil cubain.
    
 El Païs

     
L’écrivain le plus brillant de sa génération et un de nos grands romanciers… Je suis convaincu que le temps n’est pas loin où ce Cubain sera l’orgueil de ceux qui le diffament.
     El nuevo Herald


     L'île qui n'existait pas. Entre Cuba et Miami, entre allégorie et réalité, parodie et discours politique, drame et grotesque, René Vazquez Diaz redonne ses lettres de noblesse à la littérature c ubaine.
     Les sortilèges sont l'œuvre d'Ulalume, l'extravagante narratrice, avec sa suite de créatures désemparées par la perte de leur identité : le Finlandais Hetkinen, son mari, un ancien policier mercenaire et corrompu, fondateur de l'omniprésente organisation Crabb Compagny, consacrée à toutes sortes de trafics ; son neveu Nicotiano, qui passe sa vie à sculpter des crabes ; Maribarbola, Cuarapito et autres comparses, derniers habitants de cette île métaphorique, finiront broyés par l'enfer de Miami, la drogue, la prostitution, la misère, le mensonge. (...)
    L'écriture de Vazquez Diaz, précise et désinvolte, solennelle et comique, élaborée et quotidienne, réussit à tirer d'élément disparate une conclusion diaphane : le rêve de tous les Cubains, qu'ils sopient de l'intérieur ou en exil, n'est autre que Cuba elle-même.
     
Ramon Chao, Le Monde, 10 avril 1998.

     Si vous n'aimez ni la mer, ni la montagne, ni la campagne, ça tombe bien : l'Île du Cundeamor ne se passe nulle part. Si, malgré la mode de la world-littérature, vous résistez à vous apitoyer consciencieusement sur le sort de ces bons sauvages crevant de faim, de guerre, de dictature ou d'acculturation, ça tombe encore mieux : voilà un cubain de l'exil pour qui l'exil est matière à poétique plutôt qu'à bons sentiments. (...) Cette île mystérieuse où la tante Ulalume règne sur un panier de crabes-malfrats (...) se situe (...) théoriquement au large de Miami Beach. Outre qu'il utilise à peu près toutes ls situations narratives imaginables (jusqu'à se déposséder des son livre, dont on apprendra inextremis quel en est l'auteur !), [Vazquez-Diaz] mélange tous les genres, avec une préférence marquée pour le feuilleton mélo. De temps en temps les personnages se mettent à parler aussi comme des livres, d'histoire ou de médecine (...). Enfin, Vazquez-Diaz se joue des clichés de la littérature sud-américaine, en rajoute dans l'érotico-moite et la plante grasse. Mais s'il n'est dans l'Île du Cundeamor finalement question que d'amours, de cocufiages, de meurtres et de roses couleur de sang, le tout dans un style à faire pâlir d'envie une pub pour les infusions saveurs du soir, c'est que le cul et la politique sont ici inséparables : "Tout le monde m'a trahie", résume dès le début Betty Boop, désignant les cibles du livres :"Fidel Castro, Kennedy, mes amants."
     
Éric Loret, Purée de Morue, Libération, 13 novembre 1997.






Couverture de
l'édition originale
de 1997

Réédition dans la collection

Traduit par
B . Michel
384 pages
1997
ISBN : 2-7143-0901-1
12 euros