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Les Histoires minimales de Javier Tomeo (Espagnol, né en 1931) sont les impossibles prémisses d'une comédie sans projet, une espèce vie juste à lire constituée de dialogues et de narrations très courts où se joue la comédie humaine, une comédie humaine pitoyable et bouffonne, absurde et tragique telle une rencontre d'une Beckett et d'un Ionesco.

LE TAON
Voici, réduites à lessentiel, les deux caractéristiques principales des citoyens de mon espèce :
a) Nos pièces buccales forment un appareil perforateur court et puissant, capable de percer les épidermes les plus durs.
b) Nos yeux sont magnifiques, colorés de raies, de taches et de points aux brillantes nuances couvrant toute létendue du spectre. Ce sont les structures microscopiques du tégument qui décomposent les rayons de lumière et les dispersent en autant de longueurs donde quil y a de couleurs.
Mais, dans la mort, la beauté de nos yeux disparaît. Lépingle du collectionneur peut toujours se pointer. Nous voilà morts et le tégument de notre il se contracte, ses structures changent et, aussitôt, ses couleurs se fanent.

Tomeo se plaît à dessiner [des petits personnages]sur des bouts de nappes ; les voici qui s'agitent et se répondent dans Histoires minimales. Dialogues entre un philosophe et un marmiton, un phoque et un chameau, le clown et et le dompteur, le fou et le docteur e bien d'autres créatures qui se jouent la comédie de la parole indispensable et vaine sur les tréteaux de l'absurde et de la farce.
Lire un livre de Javier Tomeo, c'est entrer dans un monde d'une inquiétante drôlerie en compagnie de personnages dont les hoquets, les rictus et les tares ressemblent étrangement aux nôtres. Disons enfin tout le plaisir que l'on éprouve à la lecture de ces récits insinuants, semés de pièges, et rendons hommage à Denise Laroutis qui s'est, de toute évidence, délectée à les traduire.
François Gaudry, Les nouveaux monstres, Sud Ouest, 2 août 1992.
Derrière les sacrcasmes de Tomeo, derrière la mécanique tranchante de son humour, la virtuosité de sa dialectique, il y a aussi une vraie tendresse pour les décrépits, les vaincus, les solitaires, les condamnés à la répétition et à la mort : nous-mêmes. On la retrouve dans des petits textes, des scènes de théâtre à un oudeux personnages réunies sous le titre Histoires minimales. Énigmatiques souvant, jouant avec l'absurde, la farce, la pantomime, la caricature, ces histoires grinçantes et cruelles, ces morceaux de cauchemar pourraient accompagner harmonieusement des pointes-sèches de Goya.
Pierre Lepape, Le Monde, 17 avril 1992.

 
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