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René Vázquez Diáz, Fredrika au paradis Collection Ibériques, éditions Corti, septembre 2001. René Vázquez Diáz sinspire de la figure réelle de Fredrika Bremer (1801-1865), romancière de renom qui eut un grand rôle en Suède, tant littérairement que politiquement, et fut très populaire notamment par ses prises de position dans la lutte féministe naissante. À partir dun voyage réel quelle fit aux États-Unis et à Cuba, Vázquez Diáz confronte cette personnalité puissante à un monde plein de contradictions et dinjustices. Au contraire dun Voltaire qui, dans Micromégas, se place volontairement dans un monde imaginaire pour construire un conte philosophique, Vázquez Diáz utilise des éléments bien souvent historiques pour créer un véritable univers romanesque qui éclaire le destin de personnages singuliers comme de Cuba. Le gouvernement colonial espagnol sent bien que lîle risque de lui échapper et réprime toute tentative de libération. La tentation de chercher dans le grand voisin du Nord un allié divise les révolutionnaires. Que Fredrika Bremer ait ou non croisé Narciso Lopèz, le précurseur de lindépendance cubaine, Sauvalle, rebelle né, un esclave noir à lintelligence rare, R.W. Emerson, le grand poète américain, ou lÉvêque lubrique Tegnér, nous importent peu ; ce qui nous fascine, cest laventure dune femme, pleine de passion et de sensibilité, qui observe et décrit magnifiquement la fin dun monde où déjà sont présentes les contradictions futures (à limpérialisme espagnol succédera la volonté de puissance des États-Unis, à lesclavagisme une autre forme de domination). Après LÎle du Cundeamor (1997) et LÈre imaginaire (1999), René Vázquez Diáz nous surprend une nouvelle fois par son souffle romanesque rare sous nos latitudes. Cela sétait produit tout près de Fredrika : dune façon discrète mais ferme, les autorités américaines quatre officiers en uniforme avaient arrêté lhomme élégant aux yeux magnifiques quelle avait longuement observé. Cétait sans doute le mystère de ses yeux qui lavait obligée à le distinguer parmi la foule empressée du port : des yeux à lapparence affable mais terriblement malicieux. Sans le quitter du regard, elle pensa à ce que lon appelle la malice. Car le regard de lhomme lui sembla inexorable, trompeur et méfiant ; tout cela réuni constituait peut-être de la malice, une qualité quelle était incapable dimaginer. Serait-ce simplement de la méchanceté ? Absolument pas. En le regardant bien (trop bien) au beau milieu de lémotion de son départ de la Nouvelle-Orléans, Fredrika aurait juré que ces yeux recelaient également un trésor de tendresse. Serait-il français, ce délinquant présumé ? Car Américain il ne létait pas. Ses manières naturellement distinguées sous un soleil de plus en plus accablant son port altier, presque capricieux Oui, cétait cela qui le rendait « non américain » : son orgueil exacerbé, qui sétait encore accentué lorsque les officiers lavaient emmené Serait-il espagnol, ce monsieur, ou alors quelque créole de retour à La Havane ? La première fois que Fredrika vit des Espagnols en chair en os cela cétait à bord du vapeur Ospray lété précédent. Le bateau venait de La Havane et quand elle monta à Charleston, pour se rendre à Philadelphie, la première chose quelle éprouva fut un vertige qui faillit la faire tomber à terre, complètement inconsciente, devant tout le monde. On était en juin et la mer semblait faite de beurre fondu. « Maintenant je sais que lon peut mourir de chaleur », écrivit-elle plus tard dans son journal. Mais avec de leau fraîche et des oranges récemment embarquées de Cuba, elle avait repris des forces et sétait distraite en observant les Espagnols. Les femmes séventaient avec une subtile coquetterie, une expression absente sur leurs visages, pendant que les hommes bavardaient comme si leurs corps, relativement petits, avaient eu un droit mystérieux à occuper une place de choix dans le monde. « De par la singularité de leurs physionomies et leur manière dêtre, si différente de celle des Américains nota-t-elle à cette occasion il ma été agréable dobserver un groupe dEspagnols qui arrivaient de Cuba. De par la vivacité de leurs gestes, le fort accent de leur langue et la distinction de leurs traits, il me sembla déduire que les Espagnols appartiennent à une race beaucoup éloquente que langlo-saxonne ; cependant, tout au moins à lépoque où nous vivons les Espagnols ne portent pas témoignage quil en soit ainsi ». |
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Traduit par Bernard Michel 464 pages septembre 2001 ISBN : 2-7143-0754-X 21,34 Euros Collection Ibériques |
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