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Les poèmes de Juan Ramón Jiménez qui suivent, écrit à partir de 1947, mais principalement de 1951 à 1954, ont pour constantes la sublimation de lamour, le bonheur fragile, et surtout la mort et ce mystère : lau-delà. Le titre du recueil, emprunté à un vers célèbre de Jorge Manrique, la suggère avec force. Certes, le thème nest pas nouveau dans lexpression lyrique de Juan Ramón. Il correspondait à une terreur morbide née durant lenfance, alors que fils heureux et choyé de riches viticulteurs, il perdit son père de mort subite, en 1900. Les conséquences furent un mal pulmonaire qui le conduisit durant cinq ans de sanatorium en sanatorium. La névrose dune mort imaginaire est présente dès les premiers recueils et lobséda toute sa vie, constituant lun des pôles de sa poésie.
Mais ce qui avait été longtemps imaginaire devint avec les deuils ou leur menace et lapproche réelle de lexpérience entre le centre cruel de la recherche poétique. Pour cet homme qui navait vécu que pour et par la poésie, la mort ne devenait pas seulement une interrogation angoissée sur le destin dun corps le sien et celui des êtres chers mais aussi sur lavenir dune uvre élaborée avec soin, écrite patiemment, avec un regard extérieur et un regard intérieur sans cesse en éveil, comme une justification que lon voudrait totale et indestructible de la vie.
Et pour se rassurer peut-être, le poète conçoit parfois que la mort, compagne de la vie, disparaît avec sa victime, et que cest elle qui meurt vraiment, lêtre humain renaissant, lui, dans les racines de la terre.
Le doute, avec sa petite lueur despoir clignotant de temps en temps dans lobscurité du devenir, allait faire naître un livre qui est lun des derniers chaînons dune uvre que son authenticité et les dons exceptionnels de son auteur placent au plus haut de la poésie universelle moderne.

Solitaire est la solitude
Seul la trouve qui, solitaire
trouve la vague solitaire
de locéan où il se perd.

Maturité, maîtrise du langage poétique, naltèrent ni napaisent lélan premier, dautant plus intact quil sépure, trouve sa juste tonalité.
Extrait de Sur la terre comme au ciel par Patrick Kéchichian, Le Monde, 21 décembre 1990.

 
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