Les deux grandes œuvres de Góngora, les Solitudes, série de tableaux champêtres et marins, et la Fable de Polyphème et Galatée, sont entreprises à la même date : 1612. Il ne termine pas la première, et les deux lui valent une réputation de poète obscur, pédant, confus, pape d’une nouvelle secte, le "cultisme", et d’un nouveau langage le “jargóngora”. La Fable de Polyphème et Galatée, écrite en strophes de huit vers hendécasyllabes, emprunte son thème aux Métamorphoses d’Ovide, mais célèbre surtout l’avènement des mots libérés.
     Objet de critiques virulentes, en particulier de la part de Quevedo, il se défend en expliquant qu’au delà de l’effet sensitif, ses poèmes sont source d’enrichissement intellectuel. Mais l’incompréhension le blesse et malgré les honneurs il renonce à écrire : la troisième et quatrième Solitude ne verront pas le jour. Nommé chapelain royal en 1617 à Madrid grâce à la protection du duc de Lerma, il reste dans la capitale du royaume pendant dix ans, puis rejoint Cordoue, la ville de sa naissance, où il meurt le 23 mai 1627, à l’âge de 66 ans.



     Celle-ci – rimes sonores – que me dicta
     une savante, bien bucolique Thalie
     – oh conte excellent – aux heures pourpres
     où rose est l’aube et le jour rose argent
     à présent que l’éclat tu dores ta Nuée,
     écoute-les au son de mon chalumeau,
     si les murs ne te voient plus de Huelva
     brosser le vent, épuiser la forêt.


     Dans l’excellente collection “Ibériques” qui ressuscité, notemment, les voix de Pessoa, Huidobro et Juan Ramon Jiménez, il faut aujourd’hui saluer l’entreprise de Michèle Gendreau-Massaloux qui nous restitue ici, la splendeur baroque du XVIe siècle espagnol. Le lecteur pourra s’ennivrer des rythmes et des sonorités qui ont fait de Gongora un poète sans égal et parfois inaccessible. Briseur de syntaxe et inventeur de mots, Gongora est , en effet, le plus parfait exemple d’une subvertion du langage qui atteint au sommet du dicible et de l’ineffable.
     Albert Benssoussan, Le Magazine littéraire, décembre 1990.






Trad. de
M. Gendreau-Massaloux
éd. bilingue
88 pages
1990
ISBN : 2-7143-0379-X
75 F