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Juan Ramón Jiménez : Éternité, poèmes, collection Ibériques, éditions José Corti.
Beauté, connaissance, transcendance : le triple idéal qui oriente la vocation poétique de Juan Ramón Jiménez (1881-1958) est suggéré par la forme plurielle donnée à ce recueil, Éternités, publié en 1918. Après le Journal dun poète nouveau marié et les Sonnets spirituels, parus en 1917, le poète a atteint la plénitude de sa puissance créatrice. Il sy adonne avec ivresse : " Amour et poésie chaque jour ", telle est désormais sa devise. Ordonner le chaos de lunivers, tout en préservant la part de mystère inéluctable qui le constitue, chanter dun même élan la femme, la nature ou lidée, advenir à plus dêtre ou à plus de conscience par le pouvoir dune parole neuve et maîtrisée, proférée comme celle dun dieu créateur, telle est lambition de lauteur de ce livre : " Mon âme doit refaire/ le monde comme mon âme ". Loin de la conception formaliste de lart, à laquelle Jiménez avait sacrifié dans sa première époque, lécriture sapplique, comme une ascèse, à la " poésie nue ". Les émotions, les tourments ou les émerveillements de lesprit devant le prodige des choses ou des êtres sexpriment ici selon divers registres, de la méditation à la divagation, de lhumour léger à lextase comblée : " Je vis libre,/au centre/de moi-même/Mentoure un moment/infini, avec tout-sans les noms/encore ou déjà-. Éternel ! " Les échos multiples du monde extérieur, dans ces compositions, souvent dune intense beauté, expriment ainsi, toujours, le même désir infini dabsolu : me mienne en douleur/ -éclats mystérieux !-/ de lor dans lombre ! ". B.S.

Je ne sais avec quoi le dire
car ma parole
n'est pas encore faite.
Plénitude d'aujourd'hui
rameau en fleur de demain.
Mon âme s'apprête à refaire
le monde pareil à mon âme.

C'est tou un continent que l'uvre de Juan Ramón Jiménez (...) c'est aussi, et il en avait pleinement conscience, un chemin à travers l'histoire de la poésie, un parcours du romantisme à la poésie pure, dont il était fier et dont néanmoins il a tenu curieusement à masquer les premiers pas. [...]
Sa trajectoire, il aurait aimé qu'on la lût comme une progression, une montée goethéenne vers la lumière. [...]
On perçoit fort bien ici, à travers l'heureuse traduction de Bernard Sesé, l'avancée de l'auteur vers une poésie dépouillée de tout ornement et la persistance néanmoins, dans la réitération de l'apostrophe, des charmants refrains de sa première manière.
Jacques Fressard, La Quinzaine Littéraire, 1/15 juillet 2000.
Le titre même, Éternités au pluriel, situe les enjeux de la poésie dans un dépassement du mysticisme religieux. Le sujet participe pleinement à la profondeur des choses en sunissant à elles. Les poèmes ont pour sujet ces multiples rencontres avec le monde, avec lAutre, dans lequel il perd un instant la conscience de son moi.
...Cest aussi une uvre dont léconomie, la rigueur sans concession avec le beau style, sont dune étonnante actualité. Le mérite de Bernard Sesé réside précisément dans la restitution de cette tension entre la fluidité du style et la brièveté, le laconisme de lexpression qui ne tombe jamais dans la sécheresse, grâce à la manière dont la phrase se développe sur deux, trois ou parfois quatre vers, de manière naturelle et souple.
Europe, avril 2001


 
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