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La majeure partie des poèmes de Macedonio Fernández (Argentin 1874-1952) rassemblés sous ce titre sont consécutifs à la mort prématurée, en 1920, dElena de Orbieta, épouse de Macedonio, lequel ne se remettra jamais vraiment de sa disparition. Ils sont en quelque sorte, ces poèmes lintime conjuration réitéré dun homme soudain placé devant une réalité insoutenable. Le chemin quil aura le plus assidûment partiqué [pour dénier ce vide] reste celui de la parole poétique, celle qui permet de concilier les contraires, daffirmer que Mort est Beauté, quelle est même la Beauté dAmour, et que la puissance de celui-ci finit par imposer sa loi, car Mort gouverne Vie ; Amour, Mort.
Jacques Fressard, extrait de Une Légende et peut-être un mystère, La Quinzaine littéraire, 1/15 juillet 1990.
En toute vraisemblance cest la première fois que lon donne à connaître en France, dune façon exhaustive, luvre de [Macedonio Fernández], ce penseur magicien et cet écrivain révolutionnaire qui vécut et mourut sur les rives du Río de la Plata il y a une quarantaine dannées, et qui eut une immense influence sur les écrivains de sa générétion ainsi que sur ceux qui suivirent.
Instinctivement je suis restée le plus près possible de la version originale. Il me semblait que celle-ci était déjà une traduction, quelle émergeait du néant, dune langue déjà loin de lespagnol, et que si je men éloignais à mon tour, je risquais de manquer lessence même de lauteur, cet-à-dire son âme.
Macednio Fernández aimait affirmer que nous étions de même nature que ls rêves et que nous vivions dans un monde rêve. Cest pourquoi il arrivait que les choses se fissent delle-mêmes, sécrivissent facilement, au repos, à la manière dune pensée qui sécoule entre deux langues.
Silvia Baron Supervielle (extrait de la préface)

La sieste
Amour et Mystère
à toi, à qui jai de lâme
accordé une si grande part
voudrais-je bien
lorsque ciel et terre guérit
la sorcière
divine lumière enchantée
temporter, ivres les deux seins
dune même véhémence,
feu et feu,
sous les ombres mobiles,
sous la musique idyllique
que du bois
les cimes sonores versent.
(...)

Lorsque, nouvel Orphée, Macedonio se tourne vers la poésie pour rejoindre Elena, il ne regarde pas où il va mais doù il vient. Et cest au langage symboliste de ses débuts quil va avoir recours.
Silvia Baron Supervielle, traductrice scrupuleuse de ce volume en édition bilingue, a complété Elena Bellemort par quelques poèmes tirés de Musée du roman de léternelle, chef-duvre de Macedonio Fernández, où il donne libre cours à son humour et à son goût du paradoxe, et où il anticipe sur Cortázar. Les deux ouvrages sont contemporains, au moins en partie, mais un monde les sépare.
Dans Le Musée, Elena sest changée en Eterna. Les poèmes qui lui sont consacrés ne sont plus quun chapitre parmi dautres de ce roman en morceaux que son auteur offre à qui voudra lécrire. Ils sont devenus une pièce dun puzzle qui les dépasse et dont le dession livre sans doute lune des clefs du roman latino-américain moderne.
Jacques Fressard, extrait de Une Légende et peut-être un mystère, La Quinzaine littéraire, 1/15 juillet 1990.
À lire Elena Bellemort et Papiers de Nouveauvenu on découvre que Macedonio Fernández, passé le folklore auquel il est toujours tentant de la réduire, est avant tout un immense écrivain. Que ce soit dans ces poèmes où il élabore une poétique inouïe, dans ses textes brefs, véritables pièges à lecteurs, ou dans ses romans, Macedonio Fernández fonde un univers d'une nouveauté radicale. Son idéalisme, qui ne pourrait être seulement qu'un nihilisme, anéantit en même temps le réel et une certaine littérature dite réaliste.
Jean-Didier Wagneur, Le Nouveauvenu de Buenos Aires, Libération, 30 avril 1992.

 
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