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Lappel lancé par José Ortega y Gasset, dans les colonnes du quotidien El Sol, en juin 1921, exhortant les intellectuels et créateurs espagnols à réinvestir le mythe de Don Juan, na pas laissé Azorín indifférent : son roman, publié neuf mois plus tard, donne du mythe un éclairage original et inattendu, redevable pour une part aux interprétations que le philosophe madrilène en avait données.
Azorín situe son roman entre le moment où Don Juan renonce, après une grave maladie qui la conduit à sinterroger sur la fragilité de lexistence humaine, à ses folles équipées, et celui où, après une sorte de purgatoire, de mise à lépreuve qui correspondent à sa phase damendement, il professe la doctrine de Saint François dAssise, cest-à-dire lorsquil se trouve hors de portée, hors de lemprise du monde et de ses tentations. Cest la notion de conversion, sur laquelle Ortega y Gasset sétait attardé, qui semble bien avoir déclenché soudainement linspiration créatrice de lécrivain qui navait alors pas donné de roman depuis près de vingt ans.
Renonçant aux représentations traditionnelles du séducteur inassouvi, Azorín ne choisit pas la facilité. Don Juan, chez lui, frappe par son apathie, son aboulie, mais au-delà des disgrâces physiques dont il est à présent marqué, son pouvoir de séduction demeure, sous les cendres encore tièdes couve un feu ardent et la charité à laquelle il sest adonné, humblement, le cri damour universel quil lance à la fin du roman, ajoutent au personnage une dimension insoupçonnée.


Le Don juan dAzorin est dune certaine façon, un anti-Don Juan, et le donjuanisme (tout allusif) est plutôt ici représetné par une Don Juanette en herbe, souple dompteuse dun mythe et dun personnage vieillis, réduits à létat séché de rose de tapisserie. Du pur Azorin : ellipse, chapitres minuscules mais contemporains, en fait, de toute chose éternelle de lEspagne. Quant à la taduction de Christian Manso, elle est digne de ses grands devanciers : discrétion, élégance, séduction. Distinciton et sérénité, comme lesprit même de cette Petite Ville sans nom où ce Don Juan daprès Don Juan et le donjuanisme mène léclat un peu distrait de sa prestigieuse aboulie.
Daniel Aranjo, Connaissance des hommes, N°8, Été 1993.

 
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