Jean de la Croix, Les Dits de lumière et d'amour, Corti, Collection Ibériques, 1990 

    Ces maximes, pensées ou conseils spirituels remis par Jean de la Croix à ses disciples, ou bien recueillis par leurs soins, contiennent, en raccourci, la doctrine essentielle du grand mystique de la Nuit obscure. Mais au-delà de tout dogme religieux, Jean de la Croix cherche à révéler ici une vérité d’ordre éternel : c’est de la vie même de l’esprit, dans son essence, qu’il rappelle les lois. Quant à l’expression, naturelle et sans artifice, elle conserve la fraîcheur et la grâce ingénue des grands poèmes de Jean de la Croix.
     “Par son art, Jean de la Croix scrute ces régions profondes de la langue. Il y a chez lui quelque chose qu’on pourrait nommer un raisonnement musical, une complexité rigoureuse qui ne relève pas du raisonnement logique et qui suit les dédales d’une “raison” déliée des mots. Peut-être s’agit-il d’une intelligence plus docile et plus aigüe, à l’écoute de ce qui peut s’entendre mais pas se comprendre de la langue elle-même. En tout cas, l’attention à la petite musique de Jean de la Croix est une initiation, encore lointaine, à ce qu’il essaien de dire.”
     Michel de Certeau (extrait de la préface)


     Que reste donc au loin
     La rhétorique du monde ;
     Restent les bavardages
     Et l’éloquence sèche
     De l’humaine sagesse,
     Inconsistancte et ingénieuse,
     Qui jamais ne te plaît,
     Et disons au cœur
     Des paroles baignées de douceur
     Et d’amour
     Qui tellement te plaisent (...)


     Extrait de Sur la terre comme au ciel par Patrick Kéchichian, Le Monde, 21 décembre 1990.
     La langue de saint Jean de la Croix, admirable de douceur et de musicalité – on lira à ce porpos les belles pages de Michel de Certeau que Bernard Sesé a mises en préface de sa traduction – insiste sans jamais peser, s’enroule autour de l’axe qui l’élève. Plus que d’un savoir, sa parole naît de cette élévation même. À cette élévation elle invite, avec une infinie délicatesse, celui qui veut bien l’entendre. “Une seule pensée de l’homme vaut plus que le monde entier. Aussi Dieu seul est digne d’elle.”
     À côté des poèmes et des grands traités, saint Jean de la Croix composa dans les années 1570 des maximes et avis et sentences – Dichos de lue y amor – destinés aux religieuses et religieux qu’il “eut la grâce de consoler” et de diriger spirituellement. Ce “chemin de perfection”, cette ligne de crête que propose Jean de la Croix, s’ils conduisent au plus haut de l’être, passe d’abord par la terre, par les affections et les imperfections humaines et donc par la connaissance de celles-ci.
     Le contenu doctrinal et la pensée mystique du saint se fondent, comme dans les poèmes, mais d’une manière lus immédiate, pédagogique, dans une forme poétique d’une lumineuse simplicité ; simplicité qui n’exclut pas, mais au contraire rend plus sensible l’art du poète.






Traduit par
Bernard Sesé
éd. bilingue
144 pages
1990
ISBN : 2-7143-0386-2
95 F 14,48 Euros