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Dans le dernier récit de Javier Tomeo qui débute en 1874, il importe surtout de savoir si le fameux Gaston de Puyparlier, improbable hobereau tard saisi par le démon de midi, fut ou non capable, peu dheures avant sa mort, de lire le testament quil venait de dicter à son fidèle notaire. Le reste importe peu ou bien est fonction de ce que cela peut apporter à léclaircissement de cette grande inconnue primordiale.
De ce que le juge décidera dépend le destin ultime dune colossale fortune. Commence ainsi une bataille juridique acharnée où chacune des parties en litige tente dapporter de leau au moulin de ses intérêts, et lorsque les intérêts ne coïncident pas, ne coïncident pas non plus les vérités respectives.
Avec une verve digne du Château de la lettre codée, Tomeo nous embarque dans un univers sans pitié ni remords où les masques tombent avec une logique et une rigueur implacables dans un jeu de massacre réjouissant, à nous faire douter de la nature humaine. Une nouvelle fois Tomeo est saisi et nous saisit par le vertige de son verbe : chicanes, arguties, preuves et contre-preuves, témoignages et contre-témoignages, correspondances douteuses, doigts crochus, effets de manches, roublardise et stratégies finaudes. Le tout baigne dans un funèbre joyeux, on y meurt sans faire de sentiment et les corbeaux sagitent, docteurs, gouvernantes, avocats et notaires, antiquaires véreux, tous en noir, surtout les pseudo-veuves derrière leurs voiles de crêpe, si bien que napparaît vivant que le défunt, le fameux Gaston de Puyparlier. Cest à un Daumier à laragonaise quon pense, un faux, où lieux et gens seraient un peu brouillés, irréels, dérisoires. Parmi ces masques quil anime pour le plaisir des mots, Javier Tomeo guide le lecteur dans une drôle dembrouille, hors du temps, hors des normes du récit balisé. Et le lecteur est pris, rit, sétonne. Le plaisir, cela se partage.

Le chevalier Gaston de Puyparlier, riche propriétaire terrien, mourut le 13 octobre 1874, à lâge de soixante-quatorze ans.
Dans la soirée du 12 au 13 octobre 1874, peu de temps avant sa mort, Gaston de Puyparlier dictait ses dernières volontés à maître Aristide Rousselin, notaire. Dans ce testament, il désignait sa légataire universelle en la personne de demoiselle Dominique Vernier, quau soir de sa vie il avait aimée dun amour passionné.
La demoiselle susnommée, de quarante-quatre ans moins âgée que son amant, ne put jouir dune fortune qui lui était comme qui dirait tombée du ciel. Deux mois après le décès de son vieil admirateur, elle était assez malheureuse pour passer sous les roues dun landau et pour en mourir. La fortune revint à sa sur unique, Frédérica Vernier. Mais lhistoire ne sachève pas là. Il sen fallait de quelques jours pour que prit fin la première année de deuil quand un neveu du défunt, Armand de Puyparlier, attaqua la validité du testament.

 
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