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Comme tous les derniers livres de José Ángel Valente, mais de façon encore plus ramassée, Au Dieu sans nom nous conduit à une expérience de lecture de lordre de léblouissement : celui dune parole qui sannule dans léclat de son propre surgissement comme le visible dans linsoutenable lumière du dieu. Car lorigine de cet éblouissement, comment le nommer autrement ? Dun terme "le dieu" qui, tout en réaffirmant la filiation de Valente à la tradition mystique, ne garde, hors de toute religiosité, que sa force dimprévisibilité, daltérité, dinfinité ? Et ce "lieu", que mentionne le titre espagnol, intraduisible tel quel ("Au dieu du lieu"), quest-il dautre sinon dabord le lieu du poème : lieu vide où tout sefface hors du présent du pur jaillir de la parole :
Seffacer
Ce nest que dans labsence de tout signe
que se pose le dieu

Une à une tombaient
les fausses tentures de la mémoire
jusqu'à la mesure
neuf du Lacrymosa.
Ensuite,
personne sur les gradins vides
où tu applaudissais seul
l'infini défilé
de tant d'ombres lumineuses.
(Requiem)

Ouvrez un des livres [de Valente]. Vous vous retrouverez du côté des grands mystiques. De Lezama Lima, de Borges, de Mallarmé.
Juan Marey, Révolution, 12 mars 1993.

 
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