Caroline Sagot Duvauroux, Vol-ce-l'est,
     éditions Corti, 2004.



    
Peintre et poétesse, Caroline Sagot Duvauroux mène à Crest, dans la Drôme, une vie entièrement consacrée à ses deux passions. Elle s’occupe également chaque année d’un marché du livre consacré aux petits éditeurs.
     Hourvari dans la Lette et Atatao, ces deux derniers recueils, également publiés par Corti, ont été salués par la presse poétique comme des recueils novateurs.
    Avec Vol-ce-l’est, « quelque chose encore troué bossu avec deux bras l’écart du ciel », oui, quelque chose « entre hébétude et vertige » qui malmène la syntaxe sur fond de paysage calciné. Nous la suivons ici sur les ruines de Pompéi, ruines prétexte à ce long poème en trois strates : flux de conscience, histoire antique et bien sûr, ce qui est, là, sous nos yeux, et qui rejoint l’universel.




     L’enfance parle souvent. Non pas l’enfant. On ne sait pas ce qu’elle raconte comme le concombre ou le jus de bouleau que disent-ils à nos langues. Ne raconte pas de souvenirs. L’enfance prélude après tout le reste, interroge quelques espaces par exemple à quel barbelé trouverai-je le chiffon rouge sous quelle grosse lune car il faudra la nuit c’est certain pour camper le premier des espaces : celui de la robe impeccable. Il a fallu disparaître dans la robe impeccable par l’accroc qu’on y fera plus tard quand il faudra raconter l’histoire des poèmes. Sans aucune parenté, des langues envisagent l’enfance en nos vieilles jeunesses. Par exemple, quelqu’un me montre sa main ouverte et dit : c’est évident non ? Je regarde très vaillamment la main, ne comprends rien c’est à pleurer. Le problème, c’est que quelqu’un et moi sont moi. Je me débats dans cette évidence que je me somme de prendre et que je ne vois pas.
Quelle est ma langue maternelle ? Maternel déjà je ne comprends pas. Maman est enceinte. On déniche au grenier le châssis d’un vieux landau avec ses quatre roues. Fait l’affaire avec trois planches pour défoncer les côtes. On l’appelle tout terrain. Serait-ce ma langue maternelle, tout terrain, car autrement me semble terriblement paternelle cette langue parente. D’ailleurs j’ignore la langue que je traduis. Fatal que ça cahote et pas trop limousine à l’arrivée si toucher l’arrivée. J’écris peut-être en allemand ou en hongrois littéral mais je dessine les mots en français pour qu’on comprenne où j’habite et qu’alors une lettre en bouteille peut-être.






    “Oui le lyrisme! quand tout fait défaut et que le quotidien n’amuse pas.”
Dans la foulée de Hourvari dans la lette et d’Atatao, voici, dû à Caroline Sagot Duvauroux, un troisième ouvrage particulièrement puissant et novateur, qui éclipse les trois quarts de la production poétique contemporaine.
La poétesse élève avec force une voix qui, sans cesse, cherche à se placer, entre l’enfance et ses pires relents, les vagabondages, les images de guerre, les figures de Phèdre et de Maldiney, et “l’extrême goût de douleur” du monde et de la vie. Elle alterne vers et prose, jouant sur la typographie. Parfois une petite dizaine de mots suffisent à dominer toute la surface de la page. On ne s’ennuie jamais, et la surprise jaillit au détour d’un vers ou d’une phrase. Au total, une cantate à plusieurs entrées, admirable et impressionnante. 
     Thierry Clermont, Le Figaro, 18 novembre 2004.

    Que perçoit-on, à lire Vol-ce-l'est, du mouvement d'écriture qui emporte Caroline Sagot Duvauroux ? Qu'absorbe-t-on de son souffle ? Quels affrontements connaît-on ? Dans le Bourbonnais des années 1850, on disait d'une maison, non qu'elle était exposée au nord ou plein sud, mais qu'elle « faisait face aux neuf heures », au midi ou aux quinze heures. Ce « faire face » lui accordait une présence au temps qui dure et aux heures qui reviennent que dénie le terme actuel d'exposition pas même aux points cardinaux ou à l'Etoile polaire.
Auxquelles des heures Vol-ce-l'est fait-il face ?
    De notre côté, la lecture.
     Le texte s'imprime dans l'oeil. Dans l'intelligence, oui, et d'abord celle de l'oeil, qui évalue la masse, la compacité, la densité de la matière ou au contraire sa ténuité, sa subtilité. Il y a face à nous, sur le papier, des volumes serrés d'une ou de plusieurs pages, avec ou sans ponctuation, avec ou sans majuscules, il y a des lignes seules et des lignes qui s'approchent et se rejoignent sans s'agglomérer, il y a des dispersions de quelques mots, en corps plus petit, des éclairs. L'oeil du lecteur accompagne ces tempêtes et ces après-tempêtes, traverse les accalmies de sa respiration erratique, partage les apaisements irrémédiables d'avant un orage qui menace. Vol-ce-l'est, comprend l'oeil, est un texte atmosphérique, qui ne signifie pas « d'atmosphère » mais signale une fièvre mentale qui déchire, foudroie, fracasse celle qui en est la cible et l'ordonnatrice. Le vocabulaire est celui de l'embarquement, la traversée, la course sus, pirate, l'échappée vive, la chasse, même de la danse et l'imprimerie, jetés du corps dans leurs marges propres, de l'armement qui consiste comme on sait à équiper, pourvoir un bâtiment, ici le texte, de tout ce dont il aura besoin pour prendre le large. Et il a pris le large, le grand, on le parcourt maintenant celui qui emporte ventre, jambes, coeur, poumons, genoux, lecteurs. Vers les Naples, Nantes, Lisbonne des océans. A bord des trains et des bateaux. Vers les chiens errants, les gisants de cendres, les fumeroles des sources chaudes, le vent qui découpe le souffle de la marcheuse en autant de plans de travail, ces établis de la langue.
Je viens des autres. Je ne t'ai rien dit. Les langues s'excoriaient à laper le désastre. Les oiseaux sont aussi parfois là-bas mais jamais pigeon vole. Tout est creuset pourtant, bon sang la bile noire, la gouge donne-moi ! Voilà pour le poème.
      Qui de nous deux avait dit : attends j'ai une course à faire ?
       Et fut course de vivre et d'allure traquenarde quand le vent ne vint pas. Soleil sous vent d'ouest, c'est ça ? Un pied sur le talus l'autre sur la chaussée, sauter le fossé. Raté. Boiter fait la cadence. La jambe parle à l'autre. On dit c'est penser. Myéline manque un peu. Revoilà le fossé. Chance, on a passé le rift. Chausser le front. Je vais te raconter les nuits et les coquelicots, les pas.
     Je vais ne pas reconnaître.
     « Quel est le territoire d'un lieu ? »
       Vol-ce-l'est se tient face aux heures et aux langues des héros, philosophes et poètes, épiques et tragiques, sommés à la rencontre et la rescousse de cette solitude non à fuir ou enfouir mais prononcer. Oreste, Platon, Héraclite, Sérapis, Ariane, Maldiney, Thésée, Aricie, Deleuze, et Racine dont la langue « vibre d'une évacuation d'elle. Il y a des bords, c'est un lieu. Une force centrifuge aurait pu avaler la langue avec Phèdre au milieu de sa mort et toute la poussière de l'Inde. Mais non. Les syllabes se détachent et dérivent vers des bords où je rôde ».
     Les anecdotes ne sont pas révélatrices, les paradoxes ne sont pas dialectiques, ni la réalité encore moins l'ignorance ou le dédain de la réalité ne sont d'aucun secours, il ne s'agit que d'affronter à mains nues les heures du « pas grand-chose », cette grande chose.
On peut démonter toutes les pensées tout ce qui s'articule mais pas les morceaux on ne peut pas. La mort est un morceau. Parfois c'est trop de solitude quand on pense que ça ne finira pas. Et pire que trop de solitude, il y a la solitude impossible. (...)
     C'était un peu long : pas grand-chose. Mais c'est le sujet des livres non l'autoportrait ? Sinon suffirait de dire :
     feuilles en rosette au sol
     et la folie
    Ou poser l'équation de la déferlante.
    Ou sauter avec Zambrano de l'impossible à la vérité Mais c'est après les livres et sûrement jamais.
     Dominique Dussidour, Remue.net

    D'abord, on hésite à entrer dans le livre, on se contente de feuilleter les pages, trop dense, trop ardent, peut-être trop éblouissant, on a le sentiment qu'il est chargé jusqu'à la gueule, comme un canon, on a peur qu'il explose, on saisit un morceau ça et là, "L'étonnement est la demeure de bouger", "La curée est le droit des chiens".
     Et puis on s'enhardit, il faut se décider et on reprend par le début en se tenant à la rambarde, car dans ce livre, le vent souffle en tempête, il faut garder les pieds au sol, il faut raison garder, du moins pour en parler et en écrire quelque chose. "Je dans l'enclos de colère marchais tutoyais vent d'hiver et la dislocation où s'engouffraient les mots dans les images et les images dans le vent d'hiver."
    C'est qu'on est bousculé non seulement par le propos mais aussi par le verbe car l'écriture, le style sont sens dessus dessous. "Tu dans l'enclos de colère étais venu partir en la montagne m'emmener tu venais." Ceci dès le commencement.
    Celle qui écrit là - elle est peintre et n'a donc pas toujours écrit - nous paraît soulevée par un élan énorme, une colère ? ou une faim. "Je veux les mots des confins jetés par vent d'hiver dans les yeux des mourants. Voudrais l'ailleurs en l'enclos de colère et saigner l'immédiat..", "Je veux partir en mer dans le départ partout", "Tu te plantes en la terre comme une exclamation".
C'est un livre qui refuse, qui refuse d'abord, mais quoi ? La limite : "On tait qu'on n'en veut pas", le destin limité qui est nôtre, le langage limité qui est nôtre. Et de là tout le reste. "Morne alors la sagesse borne la plaine..." Mais il y a l'espoir, car "Entre nous une chose s'invente".
Comment respire le livre ? Il paraît d'une traite, écrit, à lire, d'une traite, tant par le mouvement et l'urgence qui l'habitent que par sa construction, sa mise en page. Les textes se succèdent, tantôt poèmes et tantôt prose, comme un long monologue juste habillé de blanc, d'espaces, ainsi les pages sont-elles ou bien remplies de mots jusqu'à en être saturées ou à peine lestées de très peu.
   Le texte court à droite, à gauche, sur la ligne complète, en italique avec des parenthèses qui s'ouvrent sans se fermer, ou qui se ferment sans s'ouvrir, comme pour de brèves méditations, jusqu'à la fin où c'est fini, sans la rupture, la pause que pourraient introduire des chapitres, sans l'ordre des poèmes dûment canalisés.
   On se trouve devant une terre inconnue à parcourir mais on n'est pas muni de carte, une forêt à émonder mais on n'a pas l'outil qu'il faut. Peu importe on avance quand même, on ne se force pas car on a du plaisir.
   Il y a quelque chose de rabelaisien, dans cette écriture, dans sa capacité à se saisir du langage avec un appétit glouton, à le faire sien, le malmener et l'inventer : "Soigne sa morfondure", "Je suis au point d'hourvari", "Une mosaïque noire et blanche où chiens et sangliers se jaugent à décousures" ; dans sa capacité à revoir l'orthographe avec une insolence joyeuse "L'épithète de vherbe à la tête des herbes" ; à ôter des articles : "Alors mort et la vie soudain c'est pareil". Il y a aussi dans cette écriture quelque chose de médiéval : "Après la Morte froide et la Grande Morte", autant que de racinien : "Blessure (ma suivante) donne-moi la preuve que je ne chante pas".
En même temps le texte dit des choses précises sur le travail de l'écrivain : l'image est suspectée d'assaillir comme un bruit, de n'être qu'ornement, de travestir la voix ; les conventions sont à bannir : "Que chaloupe le sens et carène le mot". Il faut choisir une mélodie mais saura-t-on ?
    Le texte donne à voir des paysages : "le Vésuve / énorme et bleu", des mosaïques ou des fresques, dans une ville enfouie : "Au milieu un enfant / tourne l'espace d'un cran de crâne / voit la lave qui vient" ; ou des moments de vie : "Des chiens dorment puis filent d'un coup c'est l'heure. Ils ont à faire (...) lls foncent puis tombent et redorment tête posée devant" ; il exprime de la peine, de la colère à constater l'horreur : "Sans droit : Juifs d'être, d'autres suppliciés sans droit : écartés d'être à Guantanamo, d'autres suppliciés" ; dit encore et encore le travail d'écriture, comment l'auteur l'entend et le conçoit après être passée par le silence et la peinture : "J'ai perdu langue longuement dans les plaines basculées de la peinture" ; comment elle prend les mots quand ils viennent, quand ils peuvent : "Les plus vaillants devant ou les plus abandonnés, par hasard d'abordage et d'échouage".
   Le sens advient pourtant, le sens ne manque pas, nous sommes à Pompéi, voyageons dans un train ou côtoyons un couple, la logique s'instaure, on la saisit au fur et mesure que le livre progresse : "Aujourd'hui est une autre fois. À la mort d'avant la mort non nous n'irons pas. Ni plus dans les bois mais pourquoi ? C'est ainsi dans les trains les chansons (...) Garder le refrain pour sauter dans la langue et le talus grimper. Te lancer le sens et le verbe prend vite. C'est avant l'abordage. C'est dans l'envie de rire c'est énorme".
     On n'en finirait pas de rêver sur ce livre, de s'y trouver et de s'y perdre, d'y chercher "dans l'immense une mesure". Car c'est bien de cela qu'il s'agit quand écrire revient, si on n'emprunte pas des chemins trop connus, à parcourir un océan sans étais ni repères, pour tout à coup trouver justement la mesure, non celle de toute chose mais celle qui convient à son propos à soi et qui le rend audible. Partir à la recherche de sa mémoire de haute mer et pour ce faire utiliser tous les modes possibles, toutes les voix, et oser terminer sur le récit d'un enfouissement, après refus d'un éditeur, dans un emploi ou plutôt une place de bonne, chez un intellectuel à la bibliothèque bourgeonnante, dont on ne saisit des livres que pour dépoussièrage.
Ça se termine ainsi, ça se termine presque ainsi. On ne sait pas vraiment si c'est un livre des merveilles ou bien un livre qui balbutie tout en ouvrant grandes les portes pour amorcer des renouveaux en poésie tant espérés. Mais ce qui est certain c'est qu'on est ébloui. "C'était un petit chant/ c'est fini." Vol-ce-l'est, anaphonie selon Saussure, ou anagramme ? En tout cas, vol céleste.
  Marie Étienne, La Quinzaine littéraire, 15-31 janvier 2005.



     Donner corps à un rêve de délivrance, sortir du trou dans lequel on tourne, foncièrement inadapté à ce monde et radicalement privé de ciel ou d'espérance. S'aérer de sa solitude et de ses angoisses, avancer, marcher, oser. “Penser par bonds de trou en trou non de tertre en château”. À corps perdu, à mots exaltés, dans l'allant et l'élan qui défait jusqu'à l'assurance de la langue.
    "Je dans l'enclos de colère marchais tutoyais vent d'hiver et la dislocation où s'engouffraient les mots dans les images et les images dans le vent d'hiver”.
Ainsi commence, dans l'emportement de laisses ivres d'urgence et d'émotion, Vol-ce-l'est, le troisième livre de Caroline Sagot Duvauroux, après Hourvari dans la lette et Atatao (1).     D'emblée, s'impose et se reconnaît un style, se confirme la singularité – l'étrangéité ? – d'une écriture. ”Je les mots voir disais dans les yeux des mourants je veux les mots des confins jetés par vent d'hiver dans les yeux des mourants. Voudrais l'ailleurs en l'enclos de colère et saigner l'immédiat”. Caroline Sagot Duvauroux écrit pour prendre la mesure de toutes les compromissions qui nous aident à vivre. Elle le fait au bord de la déroute, au bord des limites où toute compréhension se décompose. “Oui le sens mais jusqu'impensable/ mais à partir/ puisque sens ou non c'est où je ne pense pas/ parce que je ne veux pas/ (.. )/ le sens n'est pas dans mon incompréhension/ mais dans l'océan qui me rabat/ la bouche pleine de langues”.
Se refusant à toute emprise de clôture, désétranglant ce que le langage a étranglé en nous, mêlant la prose aux vers et métamorphosant la page en forêt, en clairière, en champ d'exploration ou en chambre d'échos, Caroline Sagot Duvauroux lâche la meute de ses mots, les envoie en reconnaissance ou à l'assaut... ou bien les utilise pas à la manière d'une grenade.
Avec une voracité d'ogre gourmet (“Allez viens langue carnassière/ l'oxymoron de gueule et ma langue fermière/ jusqu'à la basse-cour où peser de main sûre/ la bête avant les mots/ Dieu qu'on en a marre des symboles/ quand l'émerveillement sombre, avant de grincer des dents”), c'est tout ce qui se profile derrière le périlleux jeu de vivre, derrière les ombres de l'amour et du destin, que poursuit Caroline Sagot Duvauroux. Tout l'envers barbare de la vie, la merveille comme l'épouvante, le secret des origines et des destinations, mais aussi l'orage et l’attente, le poème et l'enfance.
Allant par des voies obliques et mêlant à sa voix l'ombre de celles de Phèdre, de Villon, de Rimbaud, d'Héraclite ou de Maldiney, Caroline Sagot Duvauroux lève, débuche ou dénude – "jusqu'à l'os des larmes” – tout ce que cachent les apparences. “Écrire n'est pas chanter d'où cette douleur très spéciale d'avoir un corps inutile incompétent atrophié par les mots.// Cette déportation désapprend tout et les membres tremblent de vouloir recommencer patauger tâtonner poser trace avec la hotte. Ne savent plus. Oublieux trop longtemps de l'outil. Ne peuvent plus se manier eux-mêmes et ne savent plus rejoindre la chose si longuement chassée par la pensée. Chasse a remplacé la chose”.
La chasse parce qu'on est partout en forêt – à Naples comme dans le TGV. D'où la nécessité de cette forme d'ensauvagement maîtrisé, synonyme de facultés sensitives suraiguisées. Car en forêt tout n'est qu'impressions et traces fugitives, errance et perdition. Dans la solitude de ce monde de désirs primitifs et de forces occultes, se brouillent vite les oppositions classiques entre l'homme et la bête, la chasse et la tragédie, le chasseur et le gibier. Forêt peuplée de regards... Vol-ce-l'est, (altération de vois-le, ce l'est, terme de vénerie signalant que la bête, qu'on avait perdue de vue, vient d'être réaperçue, fuyant toujours). “Voir c'est sans doute être regardé soudain par ce qu'on ne voit pas qui existe”.
   Quête du réel impossible de la Joie, de la voie de la jouissance (“Parfois la joie comme une révolution”), Vol-ce-l'est libère l'étrange bête qui est en chacun de nous, celle dont Rimbaud déjà disait qu'il était nécessaire de la libérer, qu'il fallait être une bête, un nègre”.
Gardienne des liens mystérieux qui unissent l'être humain à la nature – “J'aborde l'inconnu par ce qui ne s'est pas perdu des anciens mystères” –, Caroline Sagot Duvauroux, au fil d'une langue qui excave, chahute lexique et conventions, s'infiltre dans tous les trous du sens comme de l'absence, nous offre un livre d'une beauté sauvage dont l'étoffe est une, depuis sa densité charnelle jusqu'à l'ossature de son corps textuel. Un livre qui explore l'impossible à dire de toute quête, décentre constamment le Je de soi-même, pour le rapporter à l'Autre, le situer ailleurs. Un livre tempétueux et vaguement ivre, qui vient de ces solitudes hirsutes où marcher, errer, décante l'être autant qu'il le délivre des “présences terrées dans les gîtes du temps”. Un livre pour survivre au présent, et au discord originel où s'abîment toute chair et tout amour.
    Richard Blin, Le Matricule des Anges, Février 2005


     Voir  également sur le site de SITAUDIS, une chronique signée Pierre Le Pillouer






Caroline Sagot Duvauroux,
Vol-ce-l'est,
Corti, 2004
240 pages
ISBN : 2-7143-0865-1
17 Euros




Il a été tiré 25 exemplaires sur conquéror vergé blanc accompagnés d'une gravure en triptyque de Jean-Paul Héraud, numérotés 1 à 25 justifiés par l'auteur :
150 euros



un pan du triptype

Un des trois pans du triptyque de Jean-Paul Héraud