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Dans ce livre, Georges Picard énonce quelques-uns des faits majeurs ou mineurs qui provoquent chez lui la révolte ou le ricanement agacé : laliénation du travail salarié subi, la toute puissance des technoscientistes et des économistes, le fanatisme du sport patriotique, lobnubilation télévisuelle, larrogance intellectuelle et, par-dessus tout, lirrésistible penchant humain pour le malheur. Lénervement ? Au fond, une façon dexposer, par le biais de lhumeur, une sorte de philosophie réactive de lexistence qui sachève quand même sur un sourire.
Chaque matin, la presse nous apporte son lot de nouvelles monstrueuses. La mort et la souffrance dun côté, la tyrannie et la corruption de lautre. Volontairement ou non, les hommes choisissent presque toujours le pire. Et il faudrait garder son sang-froid ! Accepter avec philosophie lamoncellement de lhorreur quotidienne et lencerclement de la sottise ! Les occasions de sénerver sont si nombreuses que lon peut sétonner de voir encore des optimistes glorifier la bonté du monde. Dans le détail, le monde nest dailleurs pas si moche : cest la vue densemble qui gâte tout.
Sénerver, dira-t-on, la belle affaire
La culture de lénervement est, en effet, un programme un peu court pour diriger une existence. Ce nest pas en tapant du poing sur la table ou sur le pif de son voisin que lon risque de souvrir une voie vers le bonheur. Il ne faudrait pas croire que lauteur soit inconscient au point dériger la tension nerveuse en principe positif de vie. Pourtant, il ne peut se défendre contre limpression de tenir là quelque chose dintéressant. Héraclite disait déjà que tout advient par discorde. En tant que posture éthique, lénervement pourrait avoir sa place parmi les attitudes recommandables.

Tout m'énerve.
A commencer par cette exagération qui me fait écrire : "tout m'énerve" quand l'exactitude serait de préciser cent choses, mille choses m'énervent. C'est sans doute ce que l'on nomme l'emphase poétique. Au feu, l'emphase ! D'un autre côté, commencer un livre modestement... Comme dans l'Ouverture de 1812 de l'emphatique Tchaïkovski, le coup de canon est de rigueur chez les auteurs pusillanimes qui doutent de leur pouvoir de conviction. Ils s'imaginent qu'en étourdissant d'emblée leurs lecteurs, ils les laisseront dans un état second, quasi anesthésique, à la faveur duquel ils entreprendront plus facilement leur conquête. Car chacun sait que le lecteur est, sinon la plus noble, du moins la plus difficile conquête de l'auteur et, qu'en principe, celui-ci n'existe que dans la mesure où il a séduit celui-là. Il y a des exceptions, Finnegans Wake de Joyce s'est imposé presque sans lecteurs.

Je ressemble à Georges Picard qui publie Tout m'énerve chez Corti. Je suis d'accord avec tout ce qu'il dit et pourtant... ça m'énerve. C'est qu'il et trop honnête, Picard. Il ne sacrifie pas à la mode du style, il se refuse les effets de manche, les trucs qui font qu'en un paragraphe on reconnaît la "patte" de l'auteur et il a raison : Buffet, c'est nul, même si n'importe quel pignouf peut reconnaître ses tableaux.. N'empêche que les essais de Picard sont écrits dans le style des Lumières : "Tout écrivain est un poseur", dit Picard, nul n'y échappe, pourtant sa modestie le rend un peu terne. A moins, à moins que je ne sois un lecteur qui s'ennuie lorsqu'à chaque page je donne raison à l'auteur ; ça m'arrive même avec Montaigne : "Oui, c'est évident, c'est le plus bon sens, mais on le sait depuis longtemps" (oui, depuis quatre siècles que Montaigne l'a écrit !).
Michel Polac, Charlie Hebdo, 27 août 1997.
Dans son nouveau bréviaire de l'agacement, Georges Picard fulmine à la manière d'un moraliste du XVIIIe siècle égaré dans quelque temple de notre modernité imbécile. Cet atrabilaire n'argumente pas : il vitupère. Il a les nerfs en pelote et ne sait pas se raisonner. Ce qui est bien au reste la seule façon d'avoir toujours raison. Les journalistes et la télévision (ce "cloaque"), Mai-68 et la Ve Répuplique, la politique et l'économie, les années 70, Pompidou, Yves Montand : Georges Picard fait feu sur tout ce qui bouge dans la position du titeur qui ne se couche jamais.
Le Nouvel observateur, 4/10 décembre 1997.
De quelque côté qu'on le prenne, le "Tout m'énerve" de Georges Picard suscite la glose. Si bien qu'on craint d'en réduire sa portée en ne pointant que l'un des motifs d'énervement de l'auteur. Et comme on s'en voudrait de le courroucer par quelque raccourci, forcément intolérable, on s'en vient à s'irriter de tant de talent.
Gérard Guégan, Sud Ouest dimanche, 28 septembre 1997.
En quelques titres déjà "explicites" Georges Picard s'est emparé d'un genre délaissé : le pamphlet. Tout m'énerve s'inscrit dans le même registre. Nourrie de philosophie et de littérature, la pensée de Georges Picard l'est surtout de bon sens.
Marc Blanchet, Le Matricule des anges n°34.

 
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