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La Terre du sacre suivi de La Braise et la rivière de Jean-Claude Renard.
C'est à partir de La terre du sacre, en 1966, que le lyrisme de Jean-Claude Renard atteint sa pleine maturité. " Les mêmes mots parlent chaque fois autrement ", le poème dans le même mouvement s'écarte de la réalité pour parvenir à dire le réel, toujours en quête, en mouvement. Cette invention permanente du monde, Jean-Claude Renard la poursuit dans La braise et la rivière, où tout en évitant l'hermétisme, la poésie se refuse à être seulement un mode d'expression. C'est en ce sens que la poésie, comme un feu toujours neuf, consume ce qui la nourrit pour laisser irradier, avec le mystère qui les habite, la lumière et la chaleur mêmes de ce qu'elle fait naître.
Il eut été dommage, au moment même où la place de Jean-Claude Renard dans la poésie contemporaine est reconnue et saluée par tous, que les lecteurs ne puissent accéder à quatre de ses livres essentiels.
Nous réunissons donc ici, dans un premier volume La terre du sacre paru en 1966 et La braise et la rivière en 1969, accompagnés d'une bio-bibliographie qui permettra ainsi de mieux situer la place actuelle de Jean-Claude Renard dans la poésie française.
Cest parce quil existe, dans le langage du poème, une question constante qui tend à exorciser lécriture de ce quelle a dimmobile et dimpératif pour la rendre au mouvement du désir et de lattente et à lautonomie de lesprit et de la parole, quil ne cesse pas de se remettre en cause pour tenter datteindre une sorte de transparence où circule la lumière prête à transmuer lopacité des choses.
Une grande incantation de la mort par lespoir et lamour donne en effet à la poésie le pouvoir de consumer, ainsi quun feu toujours nouveau, ce qui la nourrit pour laisser irradier la chaleur même du mystère sacré qui habite la réalité.
Il sensuit que le poème révèle à sa manière, avec des mots qui disent plus et portent dautres sens que ce quils disent dordinaire, que lêtre humain ne saccomplit quen se créant continuellement, comme la liberté, la responsabilité et la vérité , et quen prenant en charge linvention permanente du monde.

Et les îles feront silence
Toute pierre investie du sacre qui l'enfante
Prendra sous le sang frais la fable du royaume
Et verdeur de cresson dans l'eau signifiante
Qui lie et qui délie le mystère de l'homme.
O montagne embrasée de l'amour connaissable
L'inconnaissable amour a son nom sur tes tables
J'entends qu'un pays s'incante
Dans le matin de manne et de menthe,
Au sort des sources. L'être sondé d'un poulpe blanc
Fera ma soie et mon corail. L'océan
S'ouvre pour qu'il naisse et que l'été qu'il vérifie
En traversant la mort où la mer sacrifie
Ait mémoire, ait voyance des grands soleils purs,


 
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