Robert Alexis, La Robe,
     éditions Corti, 2006.



    
« C’est un lieu commun de prétendre que certaines rencontres infléchissent le cours d’une vie, l’orientent dans une direction jusqu’alors insoupçonnée. Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables. Bien des mots que me confia cet homme sont aujourd’hui oubliés, mais je conserve l’essentiel comme un troublant héritage. »

     Jeune aspirant de la haute noblesse, d’abord sans relief ni originalité apparente, le héros de
La Robe va progressivement basculer de l’autre côté. Son subordonné, le fringant tombeur Alvinczy lui présente sa dernière conquête, l’Italienne Rosetta dont il tombe fou amoureux. Or, la troublante Rosetta semble sous la coupe d’un homme tout-puissant, l’implacable Hermann, qui mène grand train dans une villa étrange où toutes les fantaisies sexuelles participent d’une sorte de rituel qui d’abord effraie l’aspirant, jusqu’à ce qu’il entre dans une boutique, attiré par une robe aux dimensions étranges….

     Un style dense, une époque et des lieux incertains contribuent à porter ce récit envoûtant qui mêle curieusement une thématique contemporaine (on pense notamment à l’univers du dernier Kubrick, Eyes Wide Shut) à l’ambiance surannée des casernes du début du XXème siècle.


    Traductions de La Robe  :
     – Italie (Ponte Alle Grazie)
     – Espagne (Salamandra).


   
    Robert Alexis publie ici son premier récit. Il ne nous a donné de sa biographie qu’un lieu : il vit à Lyon, et deux repères : a été l’élève du philosophe François Dagognet, apprécie la discrétion de B. Traven.


    Portrait de Robert Alexis, par lui-même.
  




     Je l’avais suivi toute l’après-midi. Il n’avait pas cessé de marcher, d’un pas lent et égal. Je m’étais insensiblement rapproché de lui. Il se retournait souvent, marmonnant à mon adresse des discours inaudibles. Il me fixa, puis s’assit sur la marche d’une porte cochère en inclinant la tête sur sa poitrine. Son aspect était remarquable. Il portait une vareuse militaire élimée, la plupart des boutons et des brandebourgs manquaient. Le col, haut et roide, montrait encore ce que je reconnus être l’insigne d’un régiment célèbre.
     Mon habitude était plutôt à d’autres types de poursuites. Le libertinage, dont j’avais fait ma principale occupation, amusait mes amis. On me demandait quelles nouvelles aventures avaient occupé mon temps… Mais de cette après-midi, je ne dis jamais rien, à quiconque. L’impression qu’elle me fit demeure en moi de manière étrange. C’est un lieu commun de prétendre que certaines rencontres infléchissent le cours d’une vie, l’orientent dans une direction jusqu’alors insoupçonnée. De telles expériences, pourtant, ne font qu’ajouter à ce que l’on est. Il est fréquent d’oublier qui en fut la cause. La vague provoquée s’ajoute à toutes les autres et on reconnaît là, selon ses convictions, la force du hasard ou celle du destin.
    Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables. Bien des mots que me confia cet homme sont aujourd’hui oubliés, mais je conserve l’essentiel comme un troublant héritage.
     Parvenu tout près de lui, je ne m’inquiétai pas plus longtemps des convenances. Je m’assis à ses côtés, certain que c’était exactement ce qu’il souhaitait. J’eus un instant l’impression d’être captif d’une toile secrète qui nous reliait, lui et moi ; lui, au centre, agitant ces fils invisibles que tissent les araignées, moi, dans le rôle d’une proie fatiguée de ses vaines tentatives de fuite.
     Il tourna une nouvelle fois son regard dans ma direction. Le visage n’était pas moins extraordinaire que le vêtement. Les rides profondes trahissaient l’âge et les soucis mais les yeux clairs étaient emprunts d’une grande douceur. Je côtoyais l’un de ces êtres qui longent la vie sans réellement lui appartenir, et dont le rêve masque la plénitude des faits. Par la fraîcheur de ses intonations, la voix trahissait une âme épargnée par le temps, figée quelque part dans le passé.







      La Robe est un récit d'une profonde originalité, d'une grande qualité littéraire, servi par un style élégant. On pense au Gracq du Balcon en forêt, à la trologie des contes philosophiques de Calvino, à certaines nouvelles érotiques de Mandiargues (...).
L'incertitude gracquienne des lieux et de l'époque, la multiplicité des péripéties contées en si peu de pages, le thème exploré de l'ambiguïté sexuelle, tout concourt à la réussite de La Robe, dont le mystère n'a d'égal que la séduction."
     Jean-Claude Perrier, Livre Hebdo

 
     Un premier roman à la robe enivrante
     Court, léger, stylé, La Robe, de Robert Alexis, attire. Moa, la danseuse d’Egon Shiele, y happe le regard en couverture. Et le texte suit, où un homme dévoile l’une des expériences les plus troublantes de sa vie.
     Voilà un livre comme surgi de nulle part, entêtant, irrésistible. Recensé par la revue Livre Hebdo comme l’un des 77 premiers romans de la rentrée littéraire d’hiver, il se distingue étrangement, s’impose en quelques mots, et nous tient sous ses charmes jusqu’à sa dernière phrase :« Blessé plusieurs fois, je ne parvins jamais à mourir.»
     Tant de choses s’y passent, tant de choses s’y disent, et si bien… Sur les hommes, les femmes, et la frontière entre les deux – où s’aventurer peut-être pour se trouver, renaître. Sur la vie, la mort, le désir.
     Un officier s’y souvient d’avoir été attiré par une robe rouge dans une vitrine. Charme ? Piège tendu ? Il s’est laissé tenter… Par une femme, d’abord (ou peut-être par un homme), puis par ce tissu rouge.
     Il y a du drame antique, du conte philosophique, du mystère là-dessous, sous l’habit fin cousu main par l’expert Alexis, auteur comme surgi de nulle part lui aussi. Tissée de passés simples et de mots rares, fils d’or dans l’eau des mots, son histoire de dévoilement nous rend complice d’un désir fou. Une tentation. À laquelle on succombe tant elle nous est contée avec force et douceur, élégance, noblesse, respect aigu de l’ambigu.
     Troublant, maîtrisé, enivrant, La Robe nous a séduit. Infiniment. Attention danger ? Allons donc, ce n’est qu’un petit roman… Pas de quoi se méfier ! Vraiment ? Et si l’essentiel y était dévoilé ?
     Pascale Haubruge, Le Soir, vendredi 6 janvier 2006

     
Avec La Robe, de Robert Alexis, on change de monde. Étrange sentiment, à lire ce premier roman qui évoque un manuscrit exhumé de la Vienne d’avant la chute de l’empire austro-hongrois, lorsque Schnitzler et Freud se saluaient dans la rue. J’étais si intriguée que j’ai téléphoné aux éditions José Corti pour savoir qui était Robert Alexis. Motus et bouche cousue, l’auteur ne souhaite pas divulguer d’informations biographiques. Attitude respectable, qui invite à parler du roman pour ce qu’il est : un petit bijou à l’écriture fine et ciselée. Il s’agit de la confession d’un inconnu, homme âgé et d’aspect remarquable, dont le narrateur est le destinataire. Sur cette trame connue, Robert Alexis joue avec virtuosité, restituant sous nos yeux l’histoire d’une jeune noble qui avait embrassé la carrière militaire, mais goûtait peu à l’atmosphère paillarde de la caserne. Un jour, un de ses subalternes lui présente une belle Italienne de mœurs libertines. C’est le début de la fascination qui le conduira dans un dédale de perversions inattendues, où l’on est libre de décider s’il se perd où s’il se trouve dans la lumière trouble reflétée par le tissu chatoyant d’une robe rouge.
     Marianne Rubinstein, Page, janvier 2006

     
A force d’être répété, l’adjectif « troublant » perd de sa force, ne désigne plus rien. Et pourtant ce premier livre, récit plus que roman, répond parfaitement, superbement, à ce qualificatif. De l’auteur, Robert Alexis, on sait simplement qu’il est lyonnais et qu’il a fait le choix de la discrétion et de l’effacement – ce qui, déjà, le distingue. « Troublant » est d’ailleurs le mot qui vient à l’esprit du narrateur écoutant le récit que lui fait un homme très âgé de ses diverses aventures libertines dans un milieu militaire, quelque part dans un passé non précisé, au bord d’une guerre qui va bientôt éclater. Le libertinage qui est le thème et la raison d’être du livre n’est pas un simple loisir, une distraction agréable, mais une occasion d’explorer l’ambiguïté des désirs et celle des identités sexuelles. Le livre de Robert Alexis, écrit dans un style d’une parfaite retenue et élégance, est une sorte de labyrinthe dans lequel le lecteur s’égare, revient en arrière, s’assure qu’il a bien lu. Sans en être jamais sûr. Les situations sont évoquées plus que racontées. Oui, c’est bien le trouble qui peu à peu grandit, s’installe.
     Patrick Kéchichian, Le Monde, 17 février 2006

     De Robert Alexis, son éditeur nous dit seulement qu’il vit à Lyon, qu’il a étudié la philosophie et qu’il apprécie la discrétion de B. Traven, l’un des pseudonymes d’un énigmatique et rocambolesque écrivain mexicain, d’origine allemande, né en Pologne en 1882, mort à Mexico en 1969, dont « Le Trésor de la Sierra Madre » a fait le tour du monde. Éditeur (celui de Julien Gracq depuis 1939, l’année d’ « Au château d’Argol ») qui publie ce récit, premier d’Alexis, qui paraît avec un Egon Schiele en couverture.
     Écrit dans une langue châtiée, La Robe a pour narrateur un homme, issu d’une famille noble, qui évoque les années précédent de peu la Première Guerre Mondiale ; il y met en scène, furtivement, le sexologue allemand Magnus Herchfeld qui s’intéressa aux « déviances » dès la fin du XIXe siècle. À l’époque, ce narrateur était aspirant officier. Bien qu’amant d’une Italienne au corps « d’une beauté parfaite », le Lieutenant va s’abandonner à des penchants extrêmes. Une confession, un parcours, une recherche d’identité – en mots d’entre braise et glaçons. La séquence d’essayage chez le tailleur est magistrale, appelée à figurer dans une anthologie sur ce thème au côté d’un chapitre de « L’Image » (Minuit, 1956) de Jean de Berg, alias Catherine Robbe-Grillet.
     Cette « Robe » peut faire incidemment songer à du Mandiargues, mais eût pu naître, aussi, de la plume de Roald Dahl (le Dahl pour adultes, s’entend) ou sous celle du grand Schnitzler : « Mademoiselle Else », par exemple. Tour de force littéraire – que de thèmes suggérés en peu de pages ! –, un récit dont Julien Green aurait peut-être salué la troublante et singulière gravité.
      Fr.M., La Libre Belgique, vendredi 13 janvier 2006

     Ce livre, court, que l’on imagine volontiers avoir été écrit d’un jet tant il tire sa force de son efficacité brute, une fois refermé, laisse en proie à tous les doutes et à toutes les interrogations – non sans une pointe d’effroi. Il est un labyrinthe soigné dans lequel les personnages, par la circulation qui s’opère entre eux, semblent n’en former qu’un seul, dangereusement tourmenté (le narrateur, pris au piège en son centre). Tour à tour chimère et bien réel, chacun serait la figuration hallucinée d’une tentative de fuite de tous les autres. Comment faire vivre ceux-là dans le même monde ou comment faire cohabiter les forces antagoniques de l’esprit au sein d’un même corps. Cela illustrerait « la terrible illusion de l’homogène ». Marionnettes de notre théâtre intérieur, qui tantôt s’affrontent tantôt s’allient, se détruisent puis se renforcent, ils dessinent la mouvance psychique, jusqu’au vertige, certains agissant selon une apparente folle liberté, mais qui n’en délimitent pas moins les contours d’une camisole. Pour y échapper, ce mot d’ordre : « Et d’abord, ruinez le centre de la citadelle, mettez à sac ! Ne vous accordez pas l’identité. »
     Nous sommes dans une société militaire, dont le goût prononcé pour l’ordre et la réglementation ne pouvait que trancher avec le monde sibyllin des turbulences intérieures et ainsi leur donner les formes les plus crues. L’exacerbation des affres de l’âme humaine est ici réellement incarnée. La Robe, pivot du livre, pivot d’une vie, est l’objet de cristallisation du vacillement du personnage, de sa duplicité, jusqu’à l’extrême retournement : le franchissement de soi. Travestissement, désirs mis à nu, passion, levée de toute entrave… quitte à conduire aux pires excès. « Je vous parlais de crimes… Ceux-là valent mieux pourtant que l’erreur des équilibres. » Ainsi l’on s’affranchit, ainsi l’on quitte sa cuirasse aliénante, l’on dépasse ses lignes intérieures. « Chaque homme porte en soi son “point de retenue” ; voilà ce qu’il lui faut découvrir afin de se libérer. » Une débauche de moyens est donc mise en œuvre pour surpasser les barrières déterministes qui façonnent les esprits, pétrissent les corps.
En toile de fond, une guerre latente, dont la tardive déclaration semble sonner le temps des retrouvailles de soi avec soi. Ne serait-ce que parce qu’elle assure un transfert de l’ennemi. Se lancer à corps perdu dans la bataille, armes au poing, c’est échapper à ses démons intérieurs et à leurs tentations – c’est tout au moins le croire. Le général ne prétend-il pas qu’« il faudrait nous inventer des ennemis si nous n’en avions pas » ? Alors la guerre est attendue comme une délivrance. D’une efficience bien plus radicale que les atermoiements de ces découvertes freudiennes qui à l’instar de la poésie ou de la métaphysique ne sont qu’élucubrations, elle « purifie les foules corrompues par l’oisiveté» et « ses servants contribu(ent) mieux que ces doux rêveurs à la marche de l’humanité ».
     Retour au théâtre de marionnettes où se bousculent les idées et les théories dans lesquelles lire les motifs de sa conduite, maintenant enrichie d’une nouvelle voix : celle de l’aumônier. Devant la confession, il s’en réfère à L’Ecclésiaste, qui professe que « toutes choses sont en travail au-delà de ce qu’on peut dire ». La transcendance de la vision mystique supplée à celle, immanente, de la psychanalyse naissante. S’en tenir à une raison située sur un plan supérieur qui gouverne les hommes et donc justifie leurs actes, hisser les chaînes au niveau de la conscience pour les rompre, ou encore épouser cette autre forme de religion qu’est l’enrôlement militaire et se laisser prendre dans les rangs de l’armée comme dans le carcan de ses obsessions ? Autant de voies qui en écho disent conduire au salut, ouvrir à cet absolu que les fluctuations et les déchirements de l’âme appellent. Tel un Julien Sorel décadent, notre homme posté au bord de l’abysse qu’ouvre à ses pieds l’ultime transgression (qui est sacrifice) reste un instant suspendu à la croisée des chemins de guérison. Les honneurs de la guerre, la métamorphose en héro passé au travers de toutes les blessures seraient-ils sincère libération ? On se souvient que le roman, sans nourrir jamais de définitives assertions, s’ouvre sur quelques phrases qui y répondaient peut-être déjà : « (…) certaines rencontres infléchissent le cours d’une vie (…). De telles expériences, pourtant, ne font qu’ajouter à ce que l’on est. (…) Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables. »
     Julia Curiel, La Revue littéraire, janvier 2006

     Il est d’abord difficile d’affirmer que ce texte marque la naissance d’un écrivain tant l’univers de Robert Alexis offre un condensé de mondes déjà balayés bien des fois. On pense le motif un peu usé. Un jeune homme rencontre dans la rue un vieillard qui va lui raconter l’histoire de sa vie... « Les rides profondes trahissaient l’âge et les soucis mais les yeux clairs étaient emprunts d’une grande douceur. Je côtoyais l’un de ces êtres qui longent la vie sans réellement lui appartenir, et dont le rêve masque la plénitude des faits. » On entame la lecture en terrain presque trop connu, en se demandant où ce roman parviendra à puiser sa part de modernité.
     (...) Ce qui compte plus que l’objet, c’est la rencontre du héros avec cette robe, la fascination trouble qu ’elle exerce tout de suite sur lui
     C’est ici finalement que le roman puise sa force et sa capacité à investir notre présent. La robe fait basculer définitivement le roman car elle est, pour le héros, l’objet fantasmatique par excellence, et l’outil qui lui permettra de réaliser un rêve très ancien. La Robe est un roman climatique. Le texte possède également la plupart des atours du roman fantastique. Même si rien ne franchit ici la frontière du réel, La Robe offre un certain nombre de prédispositions manifestes, notamment des ambiances et des personnages brumeux. Mais rien ne déborde du cadre de la réalité. À l’instar d’un Claude Louis-Combet – c’est peut-être leur seul point commun –, le fantasme est à l’œuvre à chaque page et c’est ce dernier qui porte le texte, le dirige, semble lui donner sa matière. « Tout cela formait une pente contre laquelle il me paraissait inutile de résister. Je me persuadais avoir suivi la seule voie possible ; il me suffisait simplement d’obéir à ce que mes désirs et mon instinct commandaient. »
     La réussite tient aussi à la forme du roman, ramassé et presque sec ; l’action progressant la plupart du temps par courts paragraphes laisse la place suffisante au lecteur pour qu’il puisse s’y introduire. Il y a aussi un paradoxe entre cette petite centaine de pages et la densité du contenu proposé. La Robe offre en effet une subtile réflexion sur l’identité sexuelle de chaque être humain en filigrane, un petit catalogue de frustrations et d’interrogations sur le sujet, autrement dit la trame d’une réflexion bien contemporaine.
     Benoît Broyart, Le Matricule des Anges n° 70


     Lire « la Robe » de Robert Alexis, s'apparente à une petite aventure dont la séduction est le moteur. En premier lieu, on est attiré par la couverture illustrée d'un tableau de Schiele, puis on est happé par le récit que l'on ne peut lâcher. Un jeune homme noble aspirant officier dans un pays indéterminé, à la veille d'un conflit, s'ennuie dans sa caserne. Un de ses soldats, Alvinczy, lui fait rencontrer Rosetta, femme « au corps d'une beauté parfaite » dont il tombe éperdument amoureux. Classique, me direz-vous ! Certes, mais cela ne dure pas ; le jeune homme va faire la connaissance du père de Rosetta, Hermann, force de la nature, entre médecin et gourou, dont le discours va troubler profondément le jeune homme. Un trouble qui ira croissant jusqu'à une autre rencontre, celle d'une robe, la Robe… Je ne vous dirai évidemment rien de la suite de l'aventure si ce n'est l'état étrange de curiosité mêlée d'une pointe de frayeur dans lequel elle plonge le lecteur. Ce court premier roman est servi par une écriture sobre, très élégante et une maîtrise parfaite de la construction. Ces deux éléments permettent à Robert Alexis d'aborder beaucoup de thèmes et non des moindres, l'identité sexuelle étant le principal, sans que jamais nous ne soyons perdus mais au contraire perpétuellement sous le charme.
     L'Humanité Dimanche, 29 juin/5 juil. 2006, Jean-Marc Lecroc


Dans le
French Review vol. 81.3 : un article de William Cloonan

A young, self‑styled libertine encounters an elderly man wearing a ragged military jacket in the streets of an unnamed city. Almost immediately the older man begins telling his story. The scion of a wealthy and aristocratic family, he had begun his military career in this city. Affable and intelligent, but secretly unsure of his sexual orientation, the young officer is sufficiently liked by his colleagues, but remains rather marginal to their activities. Through a subaltern he meets Rosetta, a beautiful woman, yet as mysterious and enigmatic as her name suggests. His affair with Rosetta brings him in contact with her father/lover, the seemingly diabolic Hermann who urges the officer to find his “point de retenue” in order to be able to move beyond it and discover a self he hitherto did not know existed. One day Rosetta disappears without a trace, and as the disillusioned young man wanders aimlessly through the streets, he stumbles upon a dressmaker's shop that features a beautiful dress in its window. 

Fascinated by what he sees, he returns to the store, enters it, and eventually tries on and buys the dress. Meanwhile, his fellow officers had started to note a change in his comportment and when he shaves off his moustache, this connotes for his erstwhile colleagues an unacceptable femininity on his part. Insults are exchanged  and a challenge issued. The young officer goes to the duel sure of his demise, but suddenly Hermann appears, takes his place and kills his tormentor. The officer faints and when he is revived, he is in Hermann’s house where he finds the dress and learns he is to become Hermann's wife. To this end, he begins treatments with a certain Magnus Herschfeld intended to turn him into a woman. He discovers a happiness he had never known before, but all changes when he learns that Hermann has murdered Rosetta. He flees the house just in time to rejoin his regiment and distinguish himself in the immediately ensuing war. 

From the reference to “libertinage” on the first page, this tightly‑written, fascinating story is disorienting. The confusion grows when it becomes apparent that the encounter with the old soldier takes place years after World War I in a city that was once part of the Austro‑Hungarian Empire. The frame narrator’s reaction to the soldier recalls the opening lines of Coleridge’s “The Rime of the Ancient Mariner,” where the callow young man is captured by the aged mariner’s “glittering eye,” yet the ambiance is clearly more late nineteenth‑century Germanic than Romantic English. Magnus Herschfeld was one of the lesser luminaries in Austrian fin de siècle sexual research, and Freud’s presence is felt throughout the novel. Yet allusions and references aside, what is this riveting tale about?

“Libertinage” may supply the key, since the word evokes not simply the seventeenth and eighteenth centuries, but also the Enlightenment. Hermann’s exhortation to move beyond “le point de retenue” may be a much darker version of Kant’s Sapere aude (Dare to know). Kant’s formulation is certainly curious and appears to imply that the search for self would not be easy, and would perhaps involve unearthing some unpleasant personal and intellectual truths. The Enlightenment at its finest was not so sure that the truth would set anyone free, and apparently Robert Alexis, the author of La Robe, shares that doubt. For all the erotic intensity this novel generates, it is finally about more than issues of sex or sexual identity; it raises questions about the putative limits of human enquiry. The story brilliantly details the dangers that attend the desire to know. The old soldier had courage and daring, but the end result of his quest for himself is confusion and alienation rather than enlightenment.

Florida State University, William Cloonan











Robert Alexis,
La Robe,
Corti, 2006
128 pages
ISBN : 2-7143-0908-9
14,50 Euros