Voici le septième livre de Georges Picard aux éditions Corti.
     Après le succès de son roman Pour les yeux de Julie (automne 1998), Georges Picard renoue avec cette veine où il excelle tant, la pensée satirico-philosophique, que ses lecteurs attendent chaque année. À l'Illusion, à la connerie et au génie, vient donc s'agréger, dans cette cuvée 99 de l'œuvre picardienne, une réflexion très sérieuse et succulente sur l'art d'avoir toujours raison.

      "Seuls les naïfs peuvent croire qu’une discussion vise à résoudre un problème ou à éclaircir une question difficile. En réalité, sa seule justification est d’éprouver la capacité des participants à désarçonner leur adversaire. L’enjeu n’est pas de vérité, mais d’amour-propre. Le beau parleur l’emporte sur le bafouilleur, le téméraire sur le timide, le fonceur sur le scrupuleux. Être de bonne foi équivaut à additionner les handicaps, le scrupule s’ajoutant à la circonspection pour alourdir la langue. Qu’est-ce que la bonne foi ? Une conduite d’échec, un véritable suicide… "
     En soixante-trois chapitres, ce Petit traité développe différentes facettes de l’art difficile d’avoir toujours raison, quels que soient l’adversaire, les circonstances ou l’objet de la controverse. Comme l’explique Georges Picard : "Ce qu’il importe de retenir, c’est qu’un bon cerveau n’est rien sans une bonne technique, et que l’on peut apprendre à avoir raison sur un sujet donné comme on apprend l’anglais ou la chimie organique." Il est de fait que le monde, en tout temps et en tout lieu, ne court qu’après un objectif : avoir toujours raison. Les lecteurs qui s’aventureraient à contester ce point de vue ne feraient, du reste, qu’apporter de l’eau au moulin de l’auteur, trop content d’avoir raison contre eux à si bon compte.




     Des chefs et des enfants (extrait).

     On a raison de vouloir toujours avoir raison, je ne connais pas de postulation plus attrayante, ni plus productive. Les bons esprits s'offusquent de cette position de principe qui se nourrit, disent-ils de la plus constante mauvaise foi. Puisque personne ne peut toujours avoir raison, avec n'importe quel sujet, il faut être tricheur, menteur ou tyrannique, user d'artifices ou d'autorité, pour oser prétendre ramasser la mise à coup sûr dans toute discussion suscitant une controverse. D'une certaine façon, une telle prétention relève de la maladie mentale, insinuent les bons esprits. Par exemple, il est connu que les chefs d'État, chefs de parti, militaires gradés et supérieurs hiérarchiques, à quelque niveau que ce soit, manifestent tôt ou tard une tendance au délire paranoïaque. Le pouvoir rend fou et folle la femme, d'une folie intériorisée, socialement acceptable et valorisante, et dont principale manifestation consiste justement en cette revendication totalitaire : avoir toujours raison.







1995
192 pages
ISBN : 2-7143-0562-8
110 F