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Personne précédé de Le Point radiant : deux importants recueils de poèmes de Christian Hubin réunis en un volume. Le premier avait déjà été édité par nos soins. Le Point radiant a d'abord été publié par Hautécriture.
Dans Le Point radiant, la quête consiste à rejoindre "le point d'intersection de tous les flux, toutes les ondes". Cela suppose que l'on prête foi en l'existence d'un tel point, même si l'on sait combien il est insaisissable. Tout, dans ces textes, appelle à un dépassement, à un changement de registre, comme si la poésie était l'instrument de cette élévation. Qui suppose une mise en suspens de l'être, la pleine identification à la "Personne", ce mot français qui à la fois nomme l'être et son absence. Et qui se prête si bien à restituer des sensations d'hyperprésence et d'effacement.
Jacques de Decker, Le poète comme sondeur métaphysique, Le Soir, 27 janvier 1999.

Extraits de Personne :
Quête sans but, mort, éblouissement. La lumière avance masquée, reflétant tout le disparu. À ce quil oublie, lêtre augmente ce quil est ; à ses silences, losmose sans nombre, inextricable.
À chaque avancée de lobscur, le fond plus clair en proportion. Tout ce qui se perd est un don inestimable, une petite trappe doù monte un secret matinal.
Extrait de Point radiant :
Comme imperceptible dans lair
limprégnation,
rétrécissement du spectre quand
lobturateur béant
et déjà alors quon ne la voit plus :
rougeâtre,
transmission du foyer initial
à lautre.
Ce quon ne sait pas croît
dans le dos.
Herbes lustrées, empreintes laissées par
léclaircie,
la respiration parallèle.
Lorigine se distend,
fait briller sur les haies
un chemin précurseur.

Christian Hubin a su fort bien se défendre contre la tentation, c'est-à-dire la facilité, de faire dériver le poème en prose court vers l'aphorisme. Le risque était celui d'une perte, d'un épuisement de la poésie au profit de ce qui apparaît trop souvent comme l'autosuffisance aphoristique.
Avec Personne, C. Hubin a signé un beau livre, composé comme une sobre musique nocturne qui est attente et gestation de cet "imperceptible moment du jour où la lumière se fiance à l'humilité intérieure ". Michaux, les surréalistes ne sont qu'étapes vite franchies vers une expression singulière. Proche de celui des romantiques allemands, l'espace poétique rejoint ici celui du songe, de l'ombre. Quoique présentes, les séductions du néant sont tenues à distance. Un assentiment vient à la parole, comme en rêve : " Endormis, nous longeons l'essentiel, les incidences incalculables."
Patrick Kéchichian, L'attente de Christian Hubin, Le Monde, 6 mars 1987.
Personne est un vrai nom. Un mystère évident, une encre transparente, noire comme un regard ébloui, "c'est un souffle derrière les noms, une fine fumée infirmière. C'est l'air autour d'un caillou, sous un ciel qui luira tard".
CNDP, janvier 1987.
Je ne vois pas un paragraphe de Personne qui ne soit, en lui-même, un poème au-dedans du poème et fait d'une attention précise à quelques simples choses du monde, et d'une perception aiguë du détail révélateur de l'un comme du multiple et de la présence comme de l'absence.
Claude Louis-Combet, Le Journal des poètes, janvier 1987.
Le regard ici parle dans l'évidence de la matière et les mots suivent à distance, recueillant des éclats comme d'échardes, d'éclisses où il se serait blessé. Les mots apaisent et suturent provisoirement la blessure du temps qui se mesure (...). On dirait d'une irritation métaphysique à ce que nous ne puissions pas nous déprendre de notre ombre portée.
Jacques Darras, In'Hui, N°24.
À coup sûr le livre le plus tragique et le plus frémissant de Christian Hubin, le plus âpre ; il réclame de nous cette lecture qui fait mieux que nous rendre complices, qui dessille autant qu'elle décape, qui met la conscience à vif à l'instant du vacillement, quand on ne sait plus si le souffle, que sans réserve on offre, est dernier ou premier, noir ou auroral.
Pierre Dhainaut, Sud, N°66, décembre 1986.

 
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