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Michel Jeanneret, Terence Cave,
La Muse sacrée, anthologie de la poésie spirituelle française
(1670-1630)
éditions Corti, 2007.
La période baroque fut aussi lâge dor de la poésie religieuse. Le bouleversement des réformes, protestante et catholique, a ébranlé les certitudes, soulevé les passions militantes et inspiré aux fidèles, de quelque bord quils soient, une intense ferveur spirituelle. Si les vers sont parfois mobilisés comme armes offensives et vociférations partisanes, des centaines de poètes leur demandent plutôt daccompagner le recueillement et la prière, dexprimer la peur ou la joie qui jalonnent la vie du chrétien. Cest cette médiation intime sur lhomme pécheur et le Christ rédempteur, la hantise de la faute et la promesse de la Grâce qui donne au parcours reconstitué ici son allure dramatique.
Organisée par thèmes, cette anthologie se lit comme un grand récit, lhistoire de la rencontre, terrifiante ou exaltante, de la créature avec son Créateur. Trois parties suivent un cheminement qui conduit du comble de la misère, « Lhomme déchu », à la communion mystique, « Lâme ravie », en passant par lévénement central de la Passion, où se rejoignent lignoble et le sublime, « Dieu sur terre ».
Les quelque cent quarante poèmes cités, choisis parmi des milliers, appartiennent tous à des auteurs mal connus et nont pas été réédités depuis quatre siècles. Leurs images flamboyantes et leur sens aigu du spectacle, la grâce de leurs rythmes, leur combat avec les mots pour dire lindicible, tout cela situe lacte de poésie au cur dune aventure existentielle.

LÂME FLÉTRIE
La vie est une fleur espineuse et poignante,
Belle au lever du jour, seiche en son occident,
Cest moins que de la neige en lEsté plus ardent,
Cest une nef rompue au fort de la tourmente.
Lheur du monde nest rien quune rouë inconstante
Dun labeur eternel montant et descendant :
Honneur, plaisir, profit les esprits desbordant,
Tout est vent, songe et nuë, et folie evidente.
Las ! cest dont je me plains moy qui voy commencer
Ma teste à se mesler, et mes jours se passer,
Dont jay mis les plus beaux en ces vaines fumees :
Et le fruict que je cueille, et que je voy sortir
Des heures de ma vie, helas ! si mal semees,
Cest honte, ennuy, regret, dommage et repentir.
Philippe Desportes


 
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