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Michel Jeanneret,
La Muse lascive, anthologie de la poésie érotique et pornographique française
(1660-1660)
éditions Corti, 2007.
Un jour davril 1623, le poète Théophile de Viau est arrêté, jeté à la Conciergerie, puis condamné au bûcher. On lui reproche un sonnet obscène, « Phyllis, tout est foutu
». La syphilis et ses effets morbides, le plaisir solitaire, linvocation divine mêlée à la luxure, la sodomie : le fringant jeune homme ny était pas allé de main morte ! La justice civile et le pouvoir ecclésiastique se sont unis pour frapper fort et, par ce procès exemplaire, mettre fin à la vague de pornographie qui, depuis 1600, envahit les étals des libraires.
La poésie érotique avait prospéré au XVIe siècle, mais, hédoniste et joyeuse, elle ne cherchait pas le scandale. Faire lamour, pour Ronsard et ses contemporains, cest participer à la vie du cosmos et tenir son rôle dans le grand jeu de la sexualité universelle. Lattrait du nu, la volupté des corps inspirent des vers qui, sans honte, célèbrent le plaisir des sens. Si le ton monte, au tournant du siècle, et fait basculer Éros dans la provocation, cest que la discipline religieuse et morale sest renforcée on est alors en pleine Contre-Réforme et que les esprits libres répondent à lintimidation par la bravade. Ouvertement avant le procès de Théophile, clandestinement après, des poètes sulfureux évoquent des figures louches et des pratiques interdites, explorent tous les registres de labjection et descendent dans lenfer du sexe, sur un ton qui, tantôt drôle, tantôt lugubre, est toujours polémique.
À travers cent soixante-quinze poèmes dauteurs le plus souvent mal connus, ou demeurés anonymes, cette anthologie, organisée par thèmes, entraîne le lecteur de lépanouissement à la transgression, de lérotisme à la pornographie.

STANCES Où UNE DAME PARLE
Jayme bien ces pourtraits au blanc dune muraille,
Dont seulement lobject esmeut nos appetits,
Mais je ris de ces fous, o la grande canaille !
Qui les peignent si grands et les ont si petits.
Ils veulent, par lobject dune feinte peinture,
Faire courre apres eux, mais ils en sont bien loing ;
Nos Cons ne suyvent pas de façon la nature :
Ils ne vont point au lievre, ils sont oyseaux de poing.
Quelque fain qui les presse en leur humeur gourmande,
Loyseau nest pas niais, il cognoist son gibier ;
Il faut quil voye un poing bien garny de viande,
Si lon veut quil sabbate et rende familier.
Les Cons et les autours ont ceste ressemblance
Quils se paissent de cru, et au vif ils vont tous ;
Ensemble, leur nature a ceste difference
Que lun fond sur la proye, et lautre fond dessous.
Princesse de Conti


 
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