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Maintenant : un recueil de poèmes de Christian Hubin.
Avec Maintenant, Christian Hubin réussit à faire coïncider deux dimensions, deux sensibilités : celle de Personne, au lyrisme dense et retenu, celle de Ce qui est, au resserrement extrême et tendu, comme si la polyphonie nétait plus désormais incompatible avec le monde.
Sur une ligne de crête, ce recueil induit, un millième de seconde avant le temps, non la durée mais ce quelle impliquerait, ce quelle contiendrait ; un millième de seconde après, ce que charrie le geste inaugural, le crissement quasi imperceptible de son inachèvement : on oserait dire quil est la fulgurance même du temps.
Il a été tiré de cet ouvrage 25 exemplaires sur Ingres accompagnés dune gravure de Claude Faivre.

Gravure de Claude Faivre
accompagnant le tirage de tête.

Pour que
sur tous les corps
résumés,
arrêtés en nous.
***
Comme par secondes
des arrêts,
une fixité
où ce qui nest pas
jusquà
lintense.

Dans [Maintenant], on pourrait admirer ce que le poète reconnaît dans la musique de Webern : "une minutie ardente et recueillie, un ascétisme du frémissement ". De plus en plus affûtée, dense, minérale, sa poésie juxtapose, comme des feuillets de "schiste ", de brefs éclats où affleure l'élémentaire. Refusant le lyrisme, cette écriture s'attache à l'inerte, à la mntière des choses, au mouvement imperceptible des "particules ", aux vibrations infimes qui font entendre, dans le silence, une "conflagration".
Le Monde, 29 janvier 1999.
La distance de conception entre les deux ensembles [Maintenant et la réédition de Personne précédé de Le Point radiant] ne fait que mieux souligner une constante : Hubin ne creuse qu'une seule voie, mais elle est inépuisable. Il s'agit de la notation d'une sensation au seuil de laquelle le langage s'arrête d'ordinaire, et que lui compte bien dire, quoi qu'il en coûte.
Dans Maintenant, la démarche s'aiguise, cerne plus précisément ces instants que l'on se hâte d'oublier, parce qu'ils sont trop troublants, alors qu'ils ouvrent une brèche dans l'inexprimé, et nous font éprouver qu'il est un autre ordre que celui où nous nous déplaçons d'ordinaire. Cela peut renvoyer à un simple contraste élémentaire, du genre "Et le silence est une conflagration", ou à des émotions plus complexes, qui trouvent ici leur première formulation.
Jacques de Decker, Le Soir, 27 janvier 1999.
Christian Hubin nous revient avec son écriture tranchante, ce chant tors, étranglé, l'une des voix les plus singulières qu'il nous ait été donné, depuis longtemps, d'entendre. Constant refus du chant au profit de la syncope ou de la rupture, l'architecture même de ces poèmes tend à l'art du bref, à un dépouillement essentiel et comme à une nudité minérale. Étirés vers le ciel ou au contraire compacts comme des poèmes en prose, ces textes veulent peut-être donner l'illusion de cette "syncope qui ne cesse jamais " ou encore de "la stupeur qui n'est pas encore ".
La poésie devient alors cette "métaphysique instantanée " (Bachelard) qui uvre au plus près de l'informulable, du balbutiement ou de la déflagration du visible.
Isabelle Lebrat, Poésie 99, octobre 1999.

 
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