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Caroline Sagot Duvauroux, Hourvari dans la lette,
éditions Corti, 5 avril 2002.
Peintre et poètesse, Caroline Sagot Duvauroux mène à Crest, dans la Drôme, une vie entièrement consacrée à ses deux passions. Elle soccupe également chaque année dun marché du livre consacré aux petits éditeurs.
Jusquà aujourdhui, si elle était surtout connue comme peintre à travers de nombreuses expositions collectives ou individuelles, son autre facette de poètesse sétait diffusée confidentiellement dans des plaquettes et livres dartiste.
Avec Hourvari dans la Lette, nous espérons faire con-naître une nouvelle voix fragile dont le souffle est tout aussi impressionnant quémouvant. Comme un fleuve de montagne jeté dans la combe (métaphore dont elle use souvent) la phrase de Caroline Sagot Duvauroux doit être lue dun seul trait, comme en apnée.
La figure de chasse qui donne son titre est une métaphore de lensemble du recueil :
Il fallut plus que lices en la lice où se jouait farce macabre. Il fallut locéan, pour quarrivée au bord, après lande et talus les bois ! tu sois chassée en lette par locéan trop grand.
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Les chiens ne se tromperont pas
Hourvari dans la lette, disent les chasseurs pour dire quen fuyant la nuit des carniers, tu fus, chevreuil, acculé par locéan à volte-face, à préférer les crocs, emportant docéan jusquexploser le cur : les requins, le galop des marées, le grand buf tacheté et la mort des marins.
LA DEDICACE DE Caroline Sagot Duvauroux pour Radio France : Cette jetée de traverses pour qui, toi, voudra lire de la plante des pieds, l'hourvari, le cri le chahut et le château des mots avant que le vent dans la lette n'écroule tout ça ppfuitt. Mais avant, pour toi, vous, le départ et dans le départ le voyage jusque peut-être ah oui peut-être : le chant, la danse et se passer la main. Dire non puis oui sur tous les ponts passerelles et coquelicots qui franchissent le temps depuis trop tard jusqu'au commencement. La jeune fille danse et c'est lever de jour. Elle a chaussé le chemin de fer, jusqu'à la mer s'est avancée ça y est. Elle a passé le bord où nous sommes laissés. (Caroline Sagot Duvauroux)

Caroline Sagot Duvauroux,
© archives Corti

tout le corps récite
formule magique ou lapprendre à lire
lever le genoux et tendre le pied puis poser
talon et pointe de pied
elle est attentive
elle consent tribut au debout des hommes
les deux jambes vont avec leurs jointures
et cest comme il faut
rien dautre ne bouge elle semble ignorer
les autres morceaux qui sen vont aussi
labrupt soudain ne changera rien
ni lallure ni langle
labsence a figure on ne peut y croire
la constellation du sens effondré
simule lentier du corps démembré
a-t-elle un visage ?
serait rêverie jusquà lidiotisme si
mais na pas visage
alors que fait-il le corps scrupuleux ?
suit-il un visage
quérection dabsence dun dos là devant
envoûte et sépare du corps quon voit ?
serait-ce un poème aux verses des verses ?

Voies nouvelles (...). Celle, parfaitement originale, que suit par exemple Caroline Sagot Duvauroux dans Hourvari dans la lette, ample et étonnante narration à tonalité symbolique, parabole du poème en train de s'écrire, voix qui s'enfle et s'assure de son pouvoir.
Parick Kéchichian dans son texte Poétiques polyphoniques, Le Monde, 5 avril 2002.
cette poésie
est folle comme une herbe sauvage, n'a pas peur de casser en deux les retenues frileuses que nous nous imposons. Le résultat est assez revigorant, par le travail de disjonctions permanentes qui est mené dans le vers : ici une brusquerie syntaxique vous déporte, là un accord trouble son sujet, ou l'inverse. Véritable voyage chamanique, où le rêve ouvre des failles insoupçonnées, Hourvari dans la lette serait, d'après l'auteur, les mots prononcés par les chasseurs pour dire qu'untel a été chevreuil ou biche, pierre à feu ou branche d'arbre. On comprend alors pourquoi on y danse, en six sections, pourquoi la langue tourne autant jusqu'à, peut-être, s'emporter à l'excès.
Emmanuel Laugier, Le Matricule des Anges, juin-août 2002.
Elle marche, elle danse, elle cherche : mais ne sait pourquoi ni qui. Elle est passionnée, vit de désir en désir ; elle est poète : l'ami(e) des combes et des cluses.
Elle marche, mais ne fuit pas, vraiment, elle se saoule de mots jusqu'à défaire le noué du passé.
En aucune façon il n'est question ici ni d'animal, ni de totem, mais d'une danse forcenée au pays de l'inconscient :
J'aurais accueilli les amours de bestiaux en voyage La horde aurait-elle suffi à juguler l'écoulement d'attente à brider le dedans glissant sur le dehors et le dehors glissant jusque trop loin pour voir ?
Gaspard Hons, Le Mensuel littéraire et poétique, n° 303.


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