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Jacques Garelli, Fragments d'un corps en archipel,
éditions Corti, 2008.
Sous ce titre, ce sont les échanges perceptifs et imaginaires entre l’homme et le monde, tels qu’ils s’entrecroisent les uns sur les autres, qui forment les réseaux de chaque composition.
L’acte de lecture déploie le travail de prospection et de méditation qui donne son sens profond au mot de création. La méditation sur un poème oublié de Rimbaud approfondit la question des relations entre le champ perceptif et imaginaire.
Sous le titre de Fragments d’un corps en archipel, ce sont les échanges entre le corps du rêveur et le «Monde», où son ouïe et son regard se prennent en chiasme l’un sur l’autre, qui forment le tissu conjonctif de chaque poème.
Les uns brefs, sous forme d’aphorisme, d’autres plus longs portent l’énigme de ces étranges croisements. Étranges, parce que les figures traditionnelles accordées à l’individualité des hommes et des choses s’ouvrent sur le mouvement englobant d’un horizon dans lequel elles s’immergent et puisent leur font le plus souvent imprévisible de surgissement.
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Poète et philosophe, Jacques Garelli (né en 1931) a mené de front, en quinze ouvrages successifs, la création poétique et la méditation philosophique. Fragments d’un corps en archipel, suivi de Perception et imaginaire : Réflexions sur un poème oublié de Rimbaud est le cinquième ouvrage de l’auteur, que les Éditions José Corti publient.
Les trois premiers recueils de poèmes édités initialement par le Mercure de France furent réédités par Encre Marine. Les Essais philosophiques furent publiés dès 1966 par le Mercure de France, Gallimard, Klincksieck, Jérôme Million, Beauchêsne, Mimesis (Milan).
Chez José Corti : Artaud et la question du lieu (1982), L’ubiquité d’être (1986), Archives du silence (1989), L’entrée en démesure (1995)
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Impromptu
Vous cherchez un asile contre les subterfuges, un roc où s’abriter des mécanismes de l’usure, érigé en symbole, le simulacre du permanent.
Mais avez-vous songé à cette pléiade de jeunes femmes à cheval sur une branche, qui murmurent de bouche à bouche, l’énigme d’un mot de passe et qui semblent de
leur perchoir narguer les oiseaux ?
Rencontre
Avec cette odeur âcre, qu’elle porte en anathème, comme une pluie suspendue au secret des herbages, peut-être les débris de quelque terre australe plantée comme une dague au seuil du permanent.

Jacques Garelli est demeuré depuis ses premiers livres jusqu’à aujourd’hui en marge, dans la marge, et l’on n’hésite pas à reprendre ce qu’écrivait Aragon à son propos, il y a plus de quarante ans1: « […] on va trouver sa parole obscure, se fâcher… Pourquoi pas ? La poésie n’est claire qu’à la longue.[…] J’imagine la tête des lecteurs, en son temps, si un journal de la Commune de Paris avait imprimé une des Illuminations d’Arthur Rimbaud. Il y a près d’un siècle de cela, le temps a marché, les gens ont changé ». Cela est vrai, la poésie de Jacques Garelli n’est pas "claire", elle exige du lecteur qu’il soit disponible, attentif, qu’il ne lise pas ces Fragments d’un corps comme s’il s’agissait d’un récit, les brefs poèmes en prose à la suite, qu’il prenne le temps de mâcher et remâcher les mots.
La poésie de Jacques Garelli est enracinée dans la tentative, toujours inaboutie, toujours à recommencer, de comprendre l’obscurité des choses, de fixer « quelques remous enténébrés qui refluent des méandres » en sachant que d’autres mouvements échappent. La lire, c’est être « entre chien et loup », cela ressemble à ce que devait être l’écoute des mots de l’ancienne pythie, emplis de ciels, de jardins, d’ombres, de manques, mots qu’il n’est pas nécessaire d’interpréter mais à accueillir comme tels, énonçant le mystère des choses du monde. La lire, c’est comme se regarder « Dans un miroir » : « Des cris d’oiseaux qui se croisent, un tapis de mousse pour suaire et cette transparence tombée sur les traverses de la rivière, où se prend mon visage illisible, mais content. » (...)
Tristan Hordé, pour Poezibao (article intégral sur ce site)

 
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