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Anthologie établie par Daniel Grojnowski et Bernard Sarrazin.
On retient trop souvent de la fin du XIXe siècle langoisse dune sombre apocalypse ou le rire satisfait de la Belle Époque. Cest oublier la fécondité de groupes, animant revues et cabarets, qui ont refusé lune et lautre. Les Hydropathes, les Hirsutes, les Jemenfoutistes, les Zutistes ou les Incohérents sessayent à des formules que popularise le Chat Noir. Des formules fondatrices du comique moderne.
Lesprit Fumiste engendre en effet un rire différent de la "gaîté française". Cest celui de la dérision, le rire "hénaurme" et grinçant de lhumour noir ou du non-sens, qui préfigure les sacrilèges de Dada.
Cette anthologie unit les écrivains méconnus aux grands noms de la parodie, de la polémique, de la satire, de lironie ou de labsurde. Elle met au jour une richesse qui concerne tous les genres : Poésie et chansons, Contes et récits, Spéculations, Attaques, Monologues et saynètes, LArt du bref.
En lisant X. Forneret, G. Flaubert, Lautréamont, Villiers de lIsle-Adam, J.K. Huysmans, L. Bloy, Ch. Cros, J. Laforgue, A. Allais, A. Jarry, A. France, J. Renard, E. Satie, A. Gide ou Cami, le lecteur est convié à percevoir sous un jour nouveau une époque dont il se découvre lhéritier direct.


Daniel Grojnowski et Bernard Sarrazin ont composé une anthologie de l'Esprit fumiste qui ne pourra que faire date. Leur entreprise permet enfin de saisir, un mouvement aux contours flous, qui débuta aux lendemains de la guerre de soixante-dix et s'éteignit à l'orée de la grande boucherie de quatorze. Nous n'aurons pas ici le cur de résumer leur propos, pas plus que l'outrecuidance. Sachons toutefois qu'il est question des Zutistes, de l'Abracadabrant, des Incohérents, et entre autres encore, des Hydropathes.
Nos deux complices retracent l'histoire de cet humour et citent à son origine deux sources, l'une allemande et romantique, l'autre plus immédiate et britannique. On prendra ici deux plaisirs en quelque sorte consécutifs. L'un, tout simplement, provient de l'érudition dispensée en la circonstance laquelle repose sur un véritable usage du savoir. L'autre nous est accordée par la lecture des textes rassemblés. Leurs auteurs nous sont connus ou inconnus, leurs productions ont quelquefois été oubliées, et dans ce cas, on s'aperçoit que ce n'est pas parce que la forme qu'elles empruntent seraient tombées en désuétude, mais parce que tout bonnement elles incommodent encore.
Denis Fernandez-Récatala, Les Lettres françaises, N°12

 
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