Éric Faye | Devenir immortel et puis mourir
                          
éditions Corti | mars 2012.


Quatre récits, quatre personnages en quête d’une révélation. Un écrivain inconnu, puis Kafka, le premier empereur de Chine (qui aspire à devenir immortel) et un physicien qui veut percer le mystère de la naissance de l’univers, masqué par le « mur de Planck ».

Dans des villes d’Europe ou dans le passé de la Chine, ou encore dans le Japon d’aujourd’hui, ces personnages recherchent leur propre « dao ». Si la révélation finit tôt ou tard par se dessiner, elle n’est pas nécessairement celle qu’ils croyaient. Mais qu’ils attendent l’élixir de longévité ou l’apparition du mont Fuji, ils finissent par comprendre qu’en matière de quête, l’essentiel n’est peut-être pas d’atteindre le but. Que souhaitent-ils, en définitive ? Savoir ce que cache l’étrange « mur de Planck », ou bien chercher ce qu’il cache ?







Temps lointain, plutôt bref

La flotte, qu'il n'avait pas inspectée depuis des années, lui avait fait forte impression lorsqu'il avait assisté à son départ de Langya, le grand port de la mer de l'Est. Quand les voiles avaient été hissées, Qin Shi Huangdi avait vu les navires comme doubler de volume et avait songé aux poissons qui, face à un adversaire, déploient en un clin d'oeil d'énormes nageoires en guise de parures de guerre ou de bannières chamarrées.

Ce matin-là, il ne faisait guère de doute à ses yeux que la flotte serait bientôt de retour et que l'amiral Hsu Fu lui remettrait alors l'objet de sa mission, l'herbe, ou le champignon de l'immortalité, censé pousser sur les îles des Immortels, à plusieurs jours de navigation.

Peu avant le départ, Qin Shi Huangdi, premier empereur de Chine, avait eu un dernier entretien avec Hsu Fu et les mages de l'expédition. Trois mille marins, soldats, hommes et femmes jeunes et vierges les accompagneraient. L'empereur avait soupiré d'aise. Il était temps qu'ils prennent la mer car il avait passé les quarante ans.

On était à la fin du printemps et aucun typhon n'était à craindre. Et puis, l'amiral n'avait-il pas sélectionné les fleurons de la flotte ? Les voiles orientables des dizaines de jonques avaient viré à l'unisson dans un mouvement qui avait rappelé à l'empereur la troupe de danseuses de la cour. Des frissons lui étaient venus quand, en un éclair, il avait revu les traits de la gracieuse Li.

Huangdi avait suivi des yeux les vaisseaux jusqu'à ce que l'horizon les ait happés, après quoi il était monté dans son chariot couvert et, escorté de sa suite, il avait pris la direction du palais aux trois cent-soixante-cinq pièces, loin de là, au centre de l'empire.

Les rumeurs propagées par les marchands avaient attisé sa curiosité au plus haut point ces dernières années. Il était question d'habitants de contrées lointaines qui, parce qu'ils consommaient la queue de certains champignons, vieillissaient sans devenir vieux. D'après ce que l'on racontait, ils vivaient toujours. Aussi Huangdi voulait-il en avoir le cœur net. L'empire était si vaste qu'il pouvait contenir des légendes et des on-dit par millions et il ne voulait pas se laisser bercer par de belles histoires qui le décevraient ensuite. Toujours est-il que, l'an passé, le récit de marchands de retour d'un long voyage en mer avait éveillé sa curiosité. Il était question d'un massacre et de corbeaux, sur les îles des Immortels. Les corbeaux tournoyaient de plus en plus près des cadavres. Si près que, au bout d'un certain temps, ils déposaient sur la tête des morts un champignon. À peine celui-ci était-il entré au contact de la peau que le défunt rouvrait les yeux, se levait comme si rien de grave ne s'était produit.

Bien sûr, l'empereur n'était pas dupe des transformations que subit un événement dans la bouche des hommes. Les marchands, cependant, étaient en temps de paix la catégorie d'hommes qui avait le plus de contacts avec le petit peuple, dans le creuset duquel naissaient les bruits. Huangdi connaissait bien le goût des gens pour tout ce qui était enjolivements, mais il savait aussi que tout récit épique porte en son cœur, bien dissimulée, une part de vérité, si bien qu'additionné aux précédentes rumeurs glanées ces dernières années, qu'il avait fait consigner soigneusement par un lettré, ce récit acquérait une dimension que, isolé, il n'aurait jamais eue.





Pour vivre longtemps, vivons cachés |
Alain Nicolas | L'Humanité, 28 mai 2012

Et si la vie et la mort n’étaient que variation sur le regard des autres ? Quatre nouvelles logiques, paradoxales et tendres d’Éric Faye.

 «Il avait tout. La vie lui avait tout donné, oui ; sauf l’essentiel, le pouvoir de faire en sorte que ça ne finisse pas. » Rester empereur, et surtout rester en vie, tel était le souhait, angoissé, de Huangdi, empereur de Chine. Lassé des élixirs et potions, il a mis toute son espérance dans ce que rapportent les marchands. Dans les îles des Immortels, les corbeaux posent sur la tête des cadavres un champignon qui les ressuscite et leur permet de vivre indéfiniment, sans vieillir. Il y a cinq années, une expédition forte de trois mille marins prenait la mer, cap à l’est, afin d’obtenir du roi des Immortels le champignon de jouvence. Huangdi n’est pas un lâche. Il a même fait preuve de courage face aux incessantes tentatives d’assassinat, c’est un bon administrateur, mais les sombres présages se multiplient, comme la découverte de cette météorite où est gravée l’annonce de sa mort. Et si, en attendant le retour de l’expédition, il se faisait passer pour mort ? Voilà donc que, pendant qu’on enterre autour de la dépouille d’un sosie des milliers de soldats de terre cuite, il goûte à « la pauvreté, un bouclier bien efficace ». Mais l’expédition reviendra-t-elle à temps ? Pourra-t-il devenir immortel ?


Sur ces questions, Éric Faye bâtit, dans la nouvelle – ou plutôt le court roman qui sert de titre au recueil – une fiction pleine de subtilité, où, sous le thème de l’immortalité, se lisent celui de la fragilité des identités, et, plus profondément, celui du mode de perception de l’existence d’hommes et de femmes qui ne laissent pas de traces en ce monde. L’œuvre de l’auteur, du Syndicat des pauvres types à l’Homme sans empreintes et plus récemment Nagasaki, est parcourue par cette veine continue comme une couche géologique. Chez lui, l’identité se dissout quand s’éloigne le regard des autres. L’empereur, se soustrayant au temps, se retranche de la vraie vie, de « la vie réellement vécue », en un sens différent de celui que lui donnait Proust. Il perd la compréhension et l’échange, qui donnent à la vie chair et substance. Pour autant, ces nouvelles ne sont ni fables ni supports abstraits de thèses. les deux premières nouvelles oscillent entre harmonie et sensation d’un bonheur devenu inatteignable. Et même le Mur de Planck, nouvelle où apparaît un savant en physique théorique, et où la réalité ultime du monde réel semble se dissoudre, à l’image du mont Fuji qui se dérobe obstinément au voyageur, introduit dans un univers où le charme des voix, la chaleur des corps recomposent un monde offert au lecteur avec une générosité qui a toujours accompagné la hauteur de vue d’Éric Faye.



Éric Faye | Un brin fantasque
par Fabienne Dumontet – Le Monde, vendredi 18 mai 2012

Il sait voir la réalité dans ce qu’elle a de bizarre ou même de fantastique. Ça n’empêche pas l’écrivain d’être modeste. Nouvelles, romans, récits, il n’y a pas pour lui de petit genre. Et rien de ce qu’il écrit ne semble gravé dans le marbre. Démonstrations dans un nouveau recueil et plusieurs rééditions.

S’attabler quelque part avec Éric Faye, même dans un restaurant parisien on ne peut plus banal, c’est entrer par effraction dans le bizarre. Derrière la vitre de notre bistrot, au-dessus du macadam, se profilent les branches d’un arbre enguirlandées de livres que quelqu’un a suspendus : Faye a tout de suite remarqué cette extravagance en passant, pas nous. Comme le héros du Baron perché, d’Italo Calvino, dont il est grand lecteur, cet écrivain-là doit voir le monde sous un autre angle, derrière ses sages lunettes cerclées de métal. Une seconde plus tard, le long de cette même devanture, passe une silhouette chenue. « C’est Jacqueline de Romilly ? Mais elle est morte ! Hier, j’ai vu Ceausescu dans le métro, lisant Le Canard enchaîné : un sosie magnifique » : Faye vous dit cela d’une voix égale, à peine moqueuse. Romilly, l’auguste académicienne, spécialiste de la Grèce ancienne, décédée en 2010 ? Vous vous retournez, ne voyez qu’un dos menu qui s’éloigne ; c’est vrai, cette mise en plis blanc neige, cette allure tassée mais assurée... Un fantôme ? Peut-être. La silhouette repasse, puis s’éloigne : quand elle reviendra, on ne sera plus là pour lui demander pourquoi la colère des dieux la condamne à faire le tour de ce pâté de maisons pour l’éternité.

Éric Faye excelle à ce jeu de petits fous, où il n’est besoin que d’affabuler un peu, très peu, pour basculer dans l’étrange, en improvisant à partir de la réalité. Mais improviser, précisément, c’est ce que cet écrivain méticuleux ne fait pas, dans sa recherche incessante du « mot juste » pour écrire ses recueils de nouvelles, romans, essais et récits de voyage : plus d’une vingtaine de titres publiés en vingt ans, dont son court roman Nagasaki Stock), lauréat du prix de l’Académie française en 2010, qu’il reçut comme un « encouragement ». De quoi continuer à raconter ces instants où le réel devient autre, fantastique ou simplement fantasque, comme une fable collectivement entretenue qui se révélerait soudain apparentée aux mythes et aux légendes anciennes, toujours vivaces.

C’est ainsi que le réel se présente encore dans son récent recueil de nouvelles, paru chez José Corti, Devenir immortel, et puis mourir. Comme pour ce physicien, qui, invité de congrès en congrès sur le territoire nippon, cherche vainement à entrevoir le sommet d’un mont Fuji toujours brumeux, sans plus savoir si ce cône mythique n’est qu’un canular pour touristes ou un Graal dont il sera privé. Ou encore comme pour cet empereur chinois du IIIe siècle av. J.C., Qin Shi Huangdi, qui survit des siècles durant, à l’insu de tous, à force d’espérer le secret de l’immortalité, sans pour autant trouver la paix car « tant qu’il n’aur(a) pas la preuve qu’il est immortel, il vivr(a) dans la peur de ne point l’être ». Un mont Fuji complètement fumeux, un empereur chinois cacochyme qui se gondole devant des films de samouraïs : l’humour d’Éric Faye permet d’aborder par le versant humain les univers angoissants et fantastiques qu’ils reconstruit, voisins de ceux de Franz Kafka, Dino Buzzati ou Italo Calvino. 

Quand l’écrivain confie qu’il se rêvait avant tout archéologue, on veut bien le croire : il suffit de l’écouter, les yeux brillants, raconter comment D. H. Lawrence visitait les tombes étrusques dans l’Italie mussolinienne, ou pourquoi la Chine garde encore le mystère du mausolée impérial de Huangdi. Pour se convainvre de cette vocation, on peut aussi relire ses premiers ouvrages réédités chez Stock, Le Général Solitude, Le Mystère des Trois Frontières et Parij (176p., l6 € ; 224p.,18 € et 272 p., 18,50 €) dont les deux premiers, à l’origine publiés en 1995 et 1998, se nourrissent principalement de réminiscences historiques et de sa fascination pour des mondes archaïques. 

Pour écrire Le Général Solitude, la guerre d’indépendance de l’Amérique du Sud au début du XIXe siècle a happé l’imaginaire de l’écrivain : tout un régiment espagnol, leur général Soledad en tête, s’y égare dans une jungle opaque et vit une expérience limite au pied d’un volcan perdu, qui finira par les recouvrir de ses cendres. Dans le roman au cœur du recueil, Le Mystère des Trois Frontières, c’est une épaisse forêt germanique qui recrache dans le monde moderne une femme aux habits et à la langue archaïques, dont le héros, ethnologue, échoue à percer le mystère. Cependant, malgré son important travail de documentation, Faye ne cherche pas à écrire de romans historiques. Car, dans le passé des hommes, ce qui l’intéresse, c’est leur expérience collective et intime du temps, « gluant », « poisseux » ou mené « allegretto », expérience modelée par la résurgence de leurs rêves, leurs cauchemars, de leurs pulsions, « histoire de leur guerre contre la peur », pour reprendre les lignes inaugurales du Mystère des Trois Frontières. Mais il ne s’agit pas, en réalité, de la première phrase du roman : ou plutôt seulement depuis sa parution en poche (Points) en 2001, où elle a été ajoutée par Faye pour créer « une accroche plus sèche ». 

Se plonger dans les différentes « strates » d’écriture et versions de ses œuvres, qu’il ne peut s’empêcher de remanier, n’est pas une mince affaire. Pour en lire de près les différents états, il faut devenir soi-même archéologue. Ou sismologue : « le terrain à Paris ne bouge jamais. À Tokyo, il bouge tout le temps. Cela ne veut pas dire qu’il est pire là-bas », dit-il malicieusement. Le beau roman qu’est Le Général Solitude, dont la récente réédition vient de susciter une traduction italienne, est la preuve de ce « mouvement perpétuel » des œuvres. Faye nous en montre quatre versions différentes, tirées de ses archives. « Comprimé » sous forme de nouvelle pour la revue littéraire Le Serpent à plumes en 1992, le texte, qui demandait « à respirer », devient roman en 1995, chez la toute jeune maison d’édition née de la revue. La parution en poche en 2000 (Points) est l’occasion d’autres retouches de style. Et l’actuelle réédition chez Stock l’est encore, qui le fait resurgir vingt ans après sa première création, fossile témoignant du passé, comme le corps momifié par l’éruption volcanique du général Sole dad lui-même. Sauf que le corps du texte, sans cesse repris, ne s’est pas figé : « Comme les hommes, la littérature, celle des aèdes, des troubadours, était nomade avant d’être sédentaire», dit l’écrivain.

Ce n’est donc pas un hasard si la première nouvelle de Devenir immortel, et puis mourir, intitulée « L’inachèvement», moque l’aspiration d’un écrivain à bâtir un impérissable roman, à élever sa statue, alors que pour Faye, qui aime composer des recueils de nouvelles liées ensemble comme des planètes par la « glue de la gra- vitation », il n’y a pas de petit genre et pas d’ego d’homme de lettres : « J’aime tout ce qui le dégonfle. » Écrire à quatre mains en 2011 avec son ami Christian Garcin un récit de leur voyage dans l’Extrême-Orient russe, sous couvert d’un « je » les réunis- sant tous deux, lui a éminemment plu (En descendant les fleuves. Stock, lire “Le Monde des livres” du 23 décembre 2011). 

Tout comme l’a « fasciné » la figure de l’écrivain de langue allemande B. Traven, auteur du roman Le Trésor de la Sierra Madre (Sillages, 2008), qui a multiplié les pseudonymes et brouillé les pistes sur sa vie. L’individu lui a inspiré en 2008 une ample fiction, L’Homme sans empreintes (Stock). Quoi de plus jouissif que le parcours de ce mystificateur pour un écrivain qui, comme Faye, brasse des faits en permanence ? Car celui qui se voulait archéologue travaille paradoxalement comme journaliste à l’agence de presse Reuters depuis des années, en prise avec l’actualité la plus immédiate. Mais ce qui l’intrigue le plus dans ce flot de dépêches qu’il traduit et réécrit de l’anglais, c’est la transformation accélérée de cette langue adoptée sur tous les continents par des milliers de locuteurs différents. Comme si toutes les déformations dues à cet usage mondial, absorbées par la langue aussi vite qu’en rêve, convergeaient depuis des années vers son seul bureau. Voilà qui ferait un beau sujet pour une nouvelle d’Éric Faye.

Vitesses du temps

Le recueil de nouvelles d’Éric Faye tient les promesses de son beau titre paradoxal. À la lettre, d’abord : on y rencontre un empereur de Chine obsédé par l’immortalité, que cet état finit pourtant par excéder. Ayant traversé quelques siècles mouvementés, il apprécie à sa juste valeur, lors d’une projection privée, la réplique en forme de souhait de Jean-Paul Belmondo dans À bout de souffle : « Devenir immortel, et puis mourir. » 

Repris comme en-tête de tout le recueil, ce clin d’œil au cinéma, art que Faye évoque souvent, pourrait aussi s’appliquer à l’état du lecteur pour ces heures où il se sera plongé dans ce livre (« devenir immortel ») avant de le refermer (« et puis mourir »), ou même à chacune de ses quatre nouvelles. Il suffit de se laisser empor- ter par ces quelques vies et les multiples vitesses du temps qui s’y déploient : temps poisseux de l’attente, temps condensé « comme si l’existence avait dû trouver un raccourci », ou encore «passé à la centrifugeuse». Il peut aussi se dilater magiquement l’espace d’une nuit quand « les écluses du monde intérieur s’ouvrent brièvement » – celui de Franz Kafka en l’occurrence, tel que Faye l’imagine immergé dans l’écriture, dans « La nuit du verdict ». Défaire la broderie des légendes que sont devenus la figure de Kafka, l’histoire des dynasties chinoises :  ou le mont Fuji, l’écrivain sait extrêmement bien le faire. Il laisse à nu, même dans un style recherché, le tissu de l’expérience, son grain imparfait, la fièvre de la quête et le douceâtre dégrisement qu’elle apporte. 


Faye que vaille

Grand amoureux de la culture asiatique et des atmosphères fantastiques, le discret Éric Faye construit une œuvre obsédée par le temps, les perdants et la fuite en avant.

Au moment où l’Académie française tente, tant bien que mal, de combler ses fauteuils vides, Éric Faye n’aspire pas particulièrement, lui, à revêtir l’habit vert. Et pas pour une question de goût vestimentaire. En 2010, il connut pourtant les honneurs du Quai Conti, qui lui attribuait son Grand Prix du roman pour Nagasaki. Dès lors, en jetant un œil sur son dernier recueil de nouvelles, on aurait pu s’attendre à la requête d’un écrivain aspirant à rejoindre Jean d’Onnesson, Max Gallo et consorts. La faute à son titre ; Devenir immortel, et puis mourir*. « Je n’y avais pas pensé sur le coup, s’amuse Éric Faye, mais ça m’a fait rire quand j’ai envoyé le livre à quelques académiciens. Mais je ne candidate pas pour rejoindre la Coupole ! Quand un prix vous arrive, il faudrait être bien bête pour ne pas l’apprécier. Mais si on ne l’a pas, ça n’est pas bien grave... » Cela tombe bien – ou presque –, puisque Éric Faye, ce jour-là, voyait le prix Concourt de la nouvelle lui passer sous le nez... La vie est injuste et les voies (voix ?) des jurys impénétrables. Une raison de plus de se plonger sérieusement dans la singulière bibliographie de cet écrivain trop discret pour être banal – par ailleurs journaliste à l’agence Reuters –, pour qui tout s’est joué le 27 mars 1984. 

« Il y a des moments, dans l’existence, où l’on sent que ce qui se passe va vous marquer à jamais. Ce jour-Ià, Éric Faye – alors âgé de 20 ans – se lançait soudain dans l’écriture d’un énorme roman historique. Comme tout adolescent, il avait jusqu’alors griffonné quelques textes mais cette fois-ci, c’était différent. « Pour la première fois, j’avais l’impression d’avoir plongé, et d’être contraint à nager jusqu’à atteindre l’autre rive. » Le texte en question ne trouvera jamais d’éditeur et, comme bon nombre d’auteurs en herbe (ou confirmés), Éric Faye ne compte plus les lettres types de refus – même si l’éditeur Pierre-Guillaume de Roux l’a encouragé, tout comme l’écrivain Patrick Grainville. 

Quelques années plus tard, un heureux événement se produit. Un 27 mars, là encore. « La chance m’a souri, car j’ai rencontré Ismaïl Kadaré et il a accepté mon projet d’essai sur lui. » L’auteur albanais fascinait depuis long- temps le jeune homme, en particulier sa production des années 1960 et 1970 et « toute sa réflexion sur le temps, son travail fantastique qui se rapproche du réalisme magique, et son mélange d’absurde, de grotesque et de tragique. Comment quelqu’un comme lui a-t-il pu concevoir une œuvre aussi libre dans un pays stalinien ? » En 1991 paraissent ainsi l’essai Prométhée porte-feu et un livre d’entretiens avec Kadaré. « J’ai été très étonné que José Corti fasse le pari de Faire paraître ces livres. Mais, bon, ils ont un amour pour des ouvrages atypiques, alors...» 

S’il signe aussi deux ans plus tard un autre livre consacré aux contre-utopies (Dans les laboratoires du pire) Éric Faye n’a pas pour autant renoncé à la fiction et, en particulier, aux nouvelles. À l’été 1989, alors qu’il se baladait aux Buttes-Chaumont, il eut comme une vision, qui allait inspirer Le Générai Solitude. « Je voyais un régiment espagnol disparaître mystérieusement dans la jungle, en pleine guerre d’indépendance de l’Amérique du Sud, précise-t-il aujourd’hui, dans la préface de l’édition remaniée de ce texte. C’était tout, mais c’était l’essentiel. » De cette idée, il tire un court récit, qu’il envoie à la revue Le Serpent à Plumes. Celle-ci l’accepte, même si la version initiale subit de nombreuses coupes. Lorsque la publication grossit et se  transforme en maison d’édition, Éric Faye reprend son histoire et en tire son premier roman, qui son lors de la rentrée littéraire 1995. « Jusqu’à cette parution, j’avais le sentiment de n’être qu’un semi-écrivain. Je me suis alors senti libéré. Au fond, avoir écrit sur des auteurs presque paralysants – j’ai aussi dirigé un ouvrage collectif consacré à Franz Kafka et à Joseph K. – m’a permis de me détacher de leur influence. » 

Depuis, cet amoureux de la culture asiatique (et fin connaisseur du cinéma nippon) a multiplié les livres, au rythme d’un par an environ – romans, récits de voyages (sa virée en Iakoutie avec Christian Garcin, racontée dans En descendant les fleuves) ou recueils de nouvelles- « La littérature, c’est une seule et même chose, tient-il à souligner. Le format s’impose de lui-même. Je crois qu’il y a une sorte d’horloge virtuelle dans le cerveau de l’écrivain, qui voit combien de temps va lui prendre l’écriture d’une histoire, et quelle sera la longueur de celle-ci. » De Mes trains de nuit au Syndicat des pauvres types en passant par Je suis le gardien du phare, ses histoires ont en commun un même sens du mystère, une atmosphère fantastique (même quand la trame est plutôt réaliste), un goût de l’économie, une méditation sur le temps, un éloge de la fugue et une affection pour les perdants (rien à voir avec les prix littéraires !). 

Aussi, cet éternel insatisfait n’hésite pas à reprendre ses livres et à en proposer de nouvelles versions – à l’image de récentes rééditions du Général Solitude, de Parij (uchronie qui décrit un Paris divisé, après guerre, à la manière de Berlin) et du Mystère des Trois Frontières (bref roman suivi de huit nouvelles d’inspiration mythologique). « Un texte est quelque chose de vivant. Avec les années, l’écrivain a tout à fait le droit de le faire évoluer, de le condenser ou de le développer. Par exemple, lorsque j’ai relu Parij, je me suis aperçu qu’il y avait trop de laisser-aller dans l’écriture, beaucoup de redites. » S’il le dit… 

Un jour ou l’autre, sans doute Éric Faye cherchera-t-il à rectifier certaines broutilles dans les quatre nouvelles, à la langue implacable et à la mécanique narrative quasi parfaite, composant Devenir immortel, et puis mourir. Les deux premières, récits jumeaux sur les affres de la création, mettent en scène des écrivains en quête du « mot juste ». L’un est dérangé par des bruits venus d’on ne sait où ; le second s’attarde sur la nuit particulière (en septembre 1913) d’un auteur ayant « la sensation d’être dépossédé de son existence », qui va accoucher tant bien que mal d’une nouvelle. Lorsqu’on fait remarquer à Éric Faye que l’on peut trouver la chute de cette nouvelle... en quatrième de couverture, il ne s’en offusque même pas. « Il y avait tout de même de gros indices dès le début, surtout lorsqu’on connaît ma bibliographie [rires]. De toute façon, je crois que la fin est moins intéressante que le chemin pour y arriver. » Curieux hasard, il y est en effet question d’un écrivain souhaitant « écrire un jour sur la Grande Muraille et l’empereur de Chine »... Quelle transition ! C’est le point de départ (et le prétexte à plus de vingt siècles d’histoire chinoise en 70 pages !) de la variation faustienne qui suit, racontant le désir irrépres- sible du souverain Qin Shi Huangdi, « prêt à bien des sacrifices » et à une (très) longue attente, pour connaître le vertige de l’immortalité. Le recueil se clôt enfin sur la malédiction d’un physicien des particules français, obsédé par le « mur de Planck » (cette « fraction de seconde qui a suivi immédiatement le big bang »), rêvant de voir le mont Fuji et qui n’y arrive jamais...  Au-delà de ces trames assez simples, Éric Faye réussit toujours à donner une dimension théorique à chacune de ces fables sans véritable morale, et à brosser le portrait d’hommes passant à côté de leur vie et perdant tout repère de temps. « Je suis toujours gêné quand quelqu’un me dit qu’il a aimé mon livre et l’a lu en une heure, s’angoisse Faye. C’est parfois le temps que j’ai passe à peaufiner une seule malheureuse phrase... » Voilà une belle illustration de la théorie de la relativité, non ? 

*Référence à une célèbre réplique d’À bout de souffle de Jean-Luc Godard

Baptiste Liger | Lire | juin 2012


Faye kafkaïen

Si l’envie de réussir socialement vous anime, si l’harmonie familiale et sentimentale vous semble un noble objectif, une fin en soi, et si vous pensez savoir qui vous êtes, alors il est inutile voire dangereux pour vous de lire Devenir immortel, et puis mourir, le nouveau livre d’Éric Faye. Non pas que toutes ces aspirations soient jugées illégitimes par l’auteur ; mais on le devine plus taoïste que confucéen. S’intégrer à la société semble moins l’attirer que le non-agir. En tout cas, les person- nages qui l’intéressent et qu’il met en scène dans les quatre récits réunis dans ce livre sont « sans qualités » (au sens musilien du terme) : ils se cognent à un mur infranchissable et ne veulent pas trouver leur place dans le monde dit normal, ce qui les rend à la fois tragiques et comiques – kafkaïens (on s’excuse d’employer cet adjectif si galvaudé, mais c’est que Kafka est, on le verra, la référence majeure de ce livre).

Le narrateur de la première nouvelle, « L’inachèvement », est un écrivain qui ne parvient pas à achever un roman dont le thème est précisément l’inachèvement, et qui perd du coup le goût d’écrire, sa compagne, peut-être aussi sa santé mentale. Le personnage principal de la dernière nouvelle, « Le mur de Planck », est un physicien quinquagénaire, exaspéré par l’arrivisme et la sociabilité de son collègue et ami jadis proche Lachenay, qui ne réussit ni à « percer le code le plus secret au monde, celui de la création de l’univers », caché derrière « le mur de Planck », ni à apercevoir le mont Fuji malgré plusieurs voyages au Japon (c’est à se demander si ce volcan existe), ni à saisir le sens d’Au-dessous du volcan. Franz Kafka, héros de la seconde nouvelle, « La nuit du verdict », qui l’évoque au moment où il écrit en une nuit un de ses textes les plus célèbres, comprend qu’il sera toujours tenu en dehors d’un monde qui « inventerait toujours de solides raisons pour empêcher que vive la part essentielle de lui-même, celle qui écrivait – voulait écrire ». Quant au protagoniste de la troisième nouvelle, « Devenir immortel, et puis mourir », il s’agit de Qin Shi Huangdi, celui dont on dit qu’il fut le premier – et le plus cruel – empereur de Chine, le père de la Grande Muraille (rappelons que « La muraille de Chine » est le titre d’une nouvelle de Kafka), qui fit fabriquer une armée de terre cuite pour l’accompagner dans la mort et qui, hanté par l’immortalité, envoie une flotte vers des îles qui détiendraient l’élixir de la vie immortelle : toute son existence il attend cette flotte qui ne reviendra pas. Quoi de plus kafkaïen, décidément, que d’être « dépos- sédé de sa propre existence » ? Que de laisser inachevé un roman sur l’inachèvement (on sait que les trois romans de Kafka – L’Amérique, Le Procès, Le Château – sont restés inachevés, et que la muraille de Chine devient sous sa plume symbole d’inachèvement) ? Que de passer sa vie à attendre quelque chose qui ne viendra jamais, à tenter de contempler une montagne qui, tel l’inaccessible château, se dérobe toujours ? Eric Faye partage aussi avec l’auteur de La Métamorphose l’art de faire surgir, dans un style sec et précis, l’incongru et même le fantastique comme s’ils étaient choses naturelles. Et puis on songe à cette phrase du Journal de Kafka : « Ce n’est pas parce que sa vie fut trop brève que Moïse n’atteignit pas Chanaan, mais parce que c’était une vie humaine », et au commentaire qu’en a fait Georges Bataille : « Le but est remis dans le temps, le temps est limité : cela seul amène Kafka à tenir le but en soi-même comme un leurre. » Voilà le fil rouge – l’un des fils rouges – de Devenir immortel, et puis mourir : c’est le propre du héros kafkaïen et fayen de ne jamais avoir le temps d’arriver à ce qu’il cherche, de se heurter à l’impossibilité de se fixer des ou d’atteindre les buts qu’il croyait s’être fixés. Mais du coup – et c’est là que se profile une philosophie moins désespérée, plus réjouis- sante qu’on pourrait le croire – on s’aperçoit que, si l’on ne trouve pas ce que l’on cherche, c’est en ne le cherchant pas que finalement on le trouve (qu’il s’agisse du mont Fuji, de l’immortalité ou de ce qu’on voudra) ; et même que le véritable objet de notre quête, ce n’était pas tel but inaccessible, mais plutôt le chemin qui menait à lui, la voie (le tao). Cette voie qui annule le but, cela peut être la littérature. Et Eric Faye de ressembler à une sorte de Kafka taoïste maniant les divers tempos narratifs et la langue française de main de maître.

Philippe Rolland | Le Magazine Littéraire | Avril 2012





Le nouveau recueil d’Éric Faye est divers, énigmatique, très oriental. 

Composé de quatre textes, deux brefs et deux longs qui s’apparentent à des novellas, ou mini-romans, Devenir immortel, et puis mourir est un livre aussi énig- matique que son titre, emprunté, si l’on en croit Éric Faye, au dialogue d’À bout de souffle de Godard. Les références de l’écrivain sont, d’ailleurs, volontiers sixties et nouvelle vague.   

Trois des nouvelles sont « exotiques » : « La nuit du Verdict », qui nous plonge au cœur de la création de Franz Kafka ; « Devenir immortel, et puis mourir », long déroulé de l’histoire de la Chine, depuis le premier empereur, Qin Shi Huangdi – qui régna au IIIe siècle avant Jésus-Christ, conquit et unifia l’empire du Milieu, fit bâtir la Grande Muraille et son tombeau secret, gardé par les fameux milliers de soldats en terre cuite –, jusqu’à Mao et ses successeurs ; et « Le mur de Planck », dont l’es- sentiel est constitué par trois séjours au Japon, à Tokyo, Osaka, Kyoto... Seule la première, « L’inachèvement », se situe à Paris, de nos jours. 

Mais toutes les quatre ont un point commun : leurs héros, si dissemblables soient-ils, sont en quête de quelque chose de difficilement accessible, voire impossible à atteindre. Pour le premier, devenir écrivain lorsqu’on n’en a pas le talent ; pour Kafka, triompher du doute terrible d’en avoir ; pour l’empereur, être immortel ; ou encore, pour Jean Ruelle, chercheur en physique nucléaire spécialiste des particules après le big bang, de la « singularité initiale » ou « Mur de Planck », apercevoir ne serait-ce qu’une fois, un court instant, le sommet du mont Fuji, toujours voilé par la pluie, les nuages ! Ce symbole du Japon tout entier, un pays dont les arcanes sont extrêmement difficiles à pénétrer pour un gaijin, un Occidental qui n’en connaît pas la langue, la culture ni les codes, encore assez rigides pour régir la vie quotidienne et sociale des natifs de l’ancien Cypango. C’est de là, justement, que Qin Shi Huangdi attendit, durant des siècles, l’élixir d’immortalité que sa flotte était partie quérir pour lui. En vain, bien sûr. 

Éric Faye, on le voit, reprend ici ses motifs préférés : un fantastique « en lisière », une inspiration qui doit beaucoup aux philosophies orientales – taoïsme et confucianisme, notamment, les deux grandes rivales – et une réflexion métaphysique sur la condition de l’homme, surtout s’il est lui-même écrivain.

N’oublions pas qu’Éric Faye a commencé sa carrière littéraire avec un essai sur Ismaël Kadaré et un recueil d’entretiens avec le maître albanais (Prométhée porte-feu et Entretiens), les deux publiés chez Corti en 1991. 

Depuis, Faye a creusé sa trace, et est en train de faire son œuvre, singulière, obstinée, cohérente dans sa diversité et sa variété de médiums : nouvelles, romans, récits de voyage... 

Encore une particularité : Stock, son éditeur principal, réédite le 7 mars les trois premiers livres de fiction d’Éric Faye, Le général Solitude, Parij et Le mystère des trois frontières, deux romans et un recueil de nouvelles parus au Serpent à plumes respectivement en 1995,1997 et 1998. Les deux premiers textes ont été « entièrement révisés par l’auteur », et Parij se voit doté d’une préface inédite.

Jean-Claude Perrier | LivresHebdo |17 février 2012


Le secret de l’autre côté du mur

Un recueil d’histoires dont les héros cherchent quelque chose d’indéfini et d’infini qui se dérobe.

Sans se soucier des modes ni des questions qui agitent notre siècle, Éric Faye poursuit, telle la tortue de la fable, son chemin littéraire, cherchant il ne sait quoi mais le cherchant obstinément. Depuis quelques livres, et c’est flagrant dans son dernier recueil de nouvelles, publié par José Corti, il bute sur quelque chose : comme un haut mur dont il ne trouve pas la porte, et derrière lequel il imagine que se trouve le code secret de la vie. Écrivain, empereur ou physicien, les trois héros de Devenir immortel sont aux prises avec le même désir d’absolu qui se cherche un objet.

Le premier de ces hommes file en apparence une vie parfaitement banale. Il est rond-de-cuir dans une société lambda et heureux en ménage. En fait, c’est un romancier exigeant et torturé qui se lève chaque jour à l’aube pour aller à la pêche aux mots dans ses profondeurs intérieures. L’un de ces matins, il entend, frappés contre le mur de sa chambre, mitoyenne d’une appartement vide, de tout petits coups. Le lendemain et le surlendemain, rebelote. Au fils des jours, son attention est tout entière accaparée par cette présence, à peine perceptible mais insistante. « Tends l’oreille, écoute mieux », se sermonne-t-il. Convaincu que ces messages le mettent en communication avec le monde caché d’où surgissent le sens et peut-être le salut, il s’est arrêté d’écrire. De toute façon, son médecin lui a commandé de suspendre son travail de romancier qui lui ruine la santé. Il ne pense plus qu’à une chose : découvrir qui lui fait signe par-delà le mur.

Le héros de la deuxième nouvelle de ce recueil est le premier empereur de Chine – celui qui se fit enterrer avec une armée en terre cuite au IIIe siècle avant Jésus-Christ : « Il avait tout sauf l’essentiel : le pouvoir de faire en sorte que ça ne finisse pas. » Qin Shi Huangdi envoie une expédition chercher l’élixir d’immortalité dans les îles du Levant. Pendant toute sa vie, qui s’étirera en longueur, comme on le verra, il espérera son retour. En attendant, il se morfond…

Réel mais invisible


Le troisième homme est un physicien français qui travaille sur l’infiniment petit, ce qu’on ne peut même pas voir au microscope, ce qui est réel mais invisible. Il se rend au Japon, invité à un colloque, pour faire une communication sur les premiers milliardièmes de seconde de l’univers. Cette fraction de seconde originelle reste un mystère pour les scientifiques qui butent sur ce qu’ils appellent « le mur de Planck » : « Nous en sommes à frapper à une porte qui refuse de s’ouvrir et aucun des outils dont nous disposons ne permet de la forcer. Plus nous nous échinons, plus nous échouons. Et plus nous rêvons à la chambre secrète qu’il y aurait derrière, avec ses trésors insensés.» Mais notre physicien a une autre marotte, le mont Fuji. Rallongeant son voyage, il prend le train pour tenter de l’apercevoir, mais une nuée épaisse l’enveloppe. Chaque fois qu’il retournera au Japon, il cherchera à le voir. Mais le volcan sacré rechigne à se dévoiler.


À force de chercher à voir plus loin que le bout de leur nez, ces trois hommes finissent par ne plus avoir aucun goût ni considération pour ce qui les entoure. Et si ce qu’ils cherchaient se trouvait sous leurs yeux, comme la fameuse lettre d’Edgar Poe ?


Astrid de Larminat |
Le Figaro | le 23 mars 2012


Eric Faye a déjà fait appel au cinéma en un clin d’œil métaphorique, souvenez-vous de Nous aurons toujours Paris inspiré de Casablanca avec Humphrey Bogart. Il récidive avec cette merveilleuse réplique de Melville à Jean Seberg dans A bout de souffle de Godard : Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ? Devenir immortel, et puis mourir. Réponse magique, très beau titre pour ce recueil de nouvelles, forme courte dans laquelle Eric Faye excelle.

Pascale Arguedas | La suite sur Calou l'ivre de lecture






Éric Faye,
Devenir immortel et puis mourir

Corti, 2012
208 pages
978- 2-7143-1074-3
17 Euros