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De la connerie par Georges Picard.
L'obsession de Flaubert, les virulences de Rimbaud, de Léon Bloy, de Dada dénonçant la bêtise bourgeoise font partie de l'histoire littéraire et de celle des mentalités? Mais la connerie ? Le sujet reste bizarrement sous-exploité. Par une sorte de fausse pudeur, on le cantonne dans les départements périphériques et bas de l'esprit. Réfléchir sur la connerie, peut-être, mais à condition de mettre des gants et de s'essuyer les pieds en sortant.
Pourtant la connerie est un sujet profond, multiforme et universel, indissociable de la condition tragique et dérisoire de l'espèce humaine. Il ne relève qu'accessoirement de la plaisanterie et de la polémique, que ce petit essai, du reste, ne cherche pas à éviter. Il y a ce qu'il faut de rire et de mauvaise foi dans ces pages pour dérouter les tâcherons du discours en trois points. Car, à l'encontre de ce qui st généralement admis, l'auteur soutient que la Raison n'est pas l'ennemie jusrée de la connerie, qu'il existe entre elles une connivence, que la Raison est conne, au moins dans un certain usage grossier de ses pouvoirs. Contrairement à la bêtise, cette marche loupée de l'intelligence, la connerie déborde notre pouvoir de lucidité. Monsieur Teste pouvait prétendre : la bêtise n'est pas mon fort ; il n'aurait pas pu en dire autant de la connerie.
J'écris sur la connerie, sans doute pour conjurer la mienne à travers l'évocation de celle des autres, admet l'auteur. Comme aurait pu dire Sartre : si je range l'impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Un con fait de tous les cons et qui les vaut tous et que vaut n'importe quel con.

La connerie est terriblement humaine. On n'a pas trop d'une vie pour s'en débarrasser. Rousseau disait : l'homme naît bon ; je dis : l'homme naît con. La première postulation n'est d'ailleurs pas contradictoire avec la seconde, encore qui'à mon avis, la bonté sous sa forme supérieure soit plutôt le signe d'une maturité souriante et apaisée. N'étais l'horrible hiatus, Rousseau aurait pu affirmer : l'homme naît niais. Il a préféré soutenir qu'il naissait innocent.

Dans un petit livre malicieux, emporté, érudit, l'auteur soutient que même la raison peut même cousiner avec la connerie, la seconde étant à coup sûr d'une manipulation plus aisée, garantie plus longtemps, toujours moderne et à peu près aussi riche en nuances qu'il existe d'individus sur cette bonne vieille terre.
L'Express, septembre 1994.

 
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