Contre Céline de Jean-Pierre Martin,
     éditions Corti, 1996.

  
  « Nous devons appartenir à une petite communauté de lecteurs trop sensibles. Nous sommes trop émus, sans doute, par des questions qui n'ont rien à voir avec la littérature, pour nous extasier sur un style sans nous soucier du sens, pour éprouver à toute page le sentiment pur de la beauté quand l'interprétation de l'histoire contemporaine est en jeu. Nous ne parvenons pas encore à rire tout à fait de tout - ce qui ne nous empêche nullement de rire parfois de ce dont les autres ne rient pas. »


     Attitude naïve d’un jeune gouroutisé ?
     Saint Céline n’a jamais caché de bons sentiments compensatoires. Il les met en scène. Il a les lecteurs qu’il mérite.
     N’avez-vous pas remarqué comme, au fil des livres, la bonté ostentatoire du médecin des pauvres se répartit avec constance ? Sucré-salé, Céline. Les enfants, les animaux, le petit chat, les petits vieux, il adore. Une petite fille par-ci, des enfants mongoliens par-là (dans un train allemand), il se porte à leur secours, jusqu’à la fin, jusque dans Rigodon. À condition que tous respectent le droit du sang.
     Éloge funèbre de Sollers à l’adresse de Céline, 1963 : "Lui, détestait les hommes, leur cruauté, leur fadeur (celle-là même du sang qu’ils font couler)."
     La méchanceté de Céline ne passerait pas la rampe sans cette dose de bien-pensance – présente chez tous les lepeniens amis des bêtes et des petits Franco-français.




     Jean-Pierre Martin montre implacablement comment Céline indiqua lui-même à ses lecteurs hypnotisés comment il fallait le défendre : au nom du style. Comment il ne cessa jamais de louanger sa propre "musique", son "art inimitable"... Comment, sous couvert de sacro-sainte esthétique littéraire, Céline ne cesse de créer entre lui et son lecteur un "espace restreint mais privilégié d'intimité-publicité [...] où le trafic des mots et des idées peut se faire en toute impunité". Et quels mots, quelles idées !
     Une fois mis à part le Voyage, Martin montre à quel point la quasi-totalité de l'œuvre est parfaitement étrangère au roman. Céline au fond, n'écrit pas de roman mais des pamphlets. Et la colonne vertébrale de cette accumulation d'imprécations, c'est le racisme biologique. Où est la musique, où est l'intention verbale ? demande Jean-Pierre Martin.
     Revenons au style, et aux fameux trois points. Martin déchire le voile une bonne fois pour toutes. Chez Céline, les trois points ne sont pas si importants que ça. Ce qui a le plus de sens, dans son œuvre, c'est le trait d'union.
     Le livre de Jean-Pierre Martin est précieux, passionnant et très instructif. Tous les pièges grossiers que Céline a tendus à la critique littéraire ont fonctionné.
     À lire d'urgence.
     Philippe Val, Charlie Hebdo, 19 mars 1997.

     Le Céline dont il s'agit ici n'est pas le Céline du romantisme noir, celui du Voyage au bout de la nuit (ou de Mort à crédit), auquel on a tendance à identifier toute l'œuvre. C'est plutôt l'auteur qui de l'Église, son premier texte antisémito-littéraire, à Rigodon, son testament xénophobo-romanesque, ne cesse de s'affirmer avec des flux et des reflux d'ostentation, comme un barde de la purification ethnique. C'est Céline tout entier écrivain raciste, polémiste et politique.
     Le Monde libertaire, 1997.

     On ne peut faire l'économie du sens et de la responsabilité de l'écrivain. Au-delà des pamphlets, interdits, l'oeuvre de Céline est traversée par l'histoire et nourrie d'une rhétorique de la haine plus ou moins visible... Souvent plus.
     Corinne Denailles, Politis, 29 mai 1997.
     








1997
192 pages
ISBN : 2-7143-0608-X
13,70 euros