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Théophile Gautier, Contes fantastiques, éditions Corti, 2004, réédition dans la collection "les Massicotés"
du volume paru en 1962.
Théophile Gautier na pas encore accompli sa vingtième année, lorsquil rédige, en 1830, un article à la gloire dHoffmann, tout fraîchement révélé au public français par les traductions de Loève-Veimars. Lannée suivante, il publie son premier récit, La Cafetière où éclate linfluence du conteur berlinois. Mais il est trop lucide pour sabandonner sans contrôle à son enthousiasme. Bientôt, il décrit les « vexations » dun Jeune-France égaré par la passion du fantastique : Onuphrius est sa caricature, dessinée avec une ironie fraternelle.
Tel est-il toujours demeuré : vigilant quoique exalté ; attentif à voiler ses préoccupations sous une nonchalance étudiée. Omphale, La Pipe dopium, Le Pied de momie effleurent comme par jeu les réalités invisibles. Le lecteur sourit à son tour et goûte la saveur dune fantaisie chatoyante, disciplinée par un langage strict.
Pourtant, des accents plus graves se laissent percevoir quelquefois. Ce dilettante avait des hantises, dont ses proches ont été les témoins ; ce poète des apparences possédait, comme Baudelaire a su sen apercevoir, une « intelligence innée de la correspondance et symbolisme universel ». Presque tous ses contes, plus particulièrement La Morte amoureuse, Arria Marcella, Le Club des Hachichins, manifestent son regret de ne pouvoir échapper aux limites de la condition humaine et son besoin dune évasion imaginaire au-delà du Temps et de la Mort.
Vers la fin de sa carrière, Théophile Gautier a composé dans la même veine de petits romans (Avatar, Jettatura) et une longue nouvelle (Spirite). Nous nous bornons, dans le présent volume à reproduire celles des ses uvres fantastiques dont brièveté paraît justifier létiquette de « contes ». Nous les présentons selon lordre chronologique où elles ont paru pour la première fois dans les revues et périodiques de lépoque. (P.G. Castex)
Théophile Gautier par lui-même, extrait de la correspondance.

« Je ne sais pas grand'chose sur ma propre vie et je serais fort embarrassé de faire ma biographie. Les dates ne sont pas mon fort. En voici quelques-unes cependant.
Je suis né à Tarbes, département des Hautes-Pyrennées, le 31 août 1811. J'ai parlé basque jusqu'à l'âge de trois ou quatre ans, où l'on m'a amené à Paris, ce qui me causa une telle tristesse qu'après avoir jeté mes joujoux, soldats, violon, polichinelle, par la fenêtre, j'allais me lancer moi-même, si l'on ne m'avait retenu par le pan de ma jaquette.
Ensuite, j'ai suivi en externe libre les cours du collège Charlemagne, occupant mes récréations à construire des vaisseaux et des théâtres. J'ai été assez bon élève, laborieux quoique indiscipliné. (...). Mon intention était d'être peintre, et j'ai travaillé trois ans dans ce but. Mais ayant connu Victor Hugo par Gérard et Pétrus Borel, je me tournai à la poésie, et je fis un petit volume de vers, qui parut le 28 juillet 1830. Plus tard, j'ajoutai à ces vers le poème d'Albertus, et le tout parut ensemble, en 1833, avec une vignette abracadabrante de Nanteuil.
(...) J'habitais alors, avec ma famille, la Place Royale, pour laquelle Hugo avait quitté la rue Jean-Goujon. Je fis, en ce temps-là, la Larme du Diable, qui ne parut que plus tard avec d'autres contes, (...), puis Mademoiselle de Maupin, que je mis assez longtemps à faire, la laissant et la reprenant, et qui parut en 1834 ou 1835.
Le second volume de la Maupin fut fait dans une petite chambre de la rue du Doyenné où nous vivions, avec quelques amis, dans une espèce de Bohème. (...)A dater de cette époque, j'ai toujours vécu de ma plume, sans autre ressource ni secours.
C'est là que Balzac, qui daignait me trouver du talent et le dire, m'envoya chercher par Jules Sandeau, et me fit travailler à la Chronique de Paris, où je mis la Morte amoureuse, la Chaîne d'or, etc.; et des articles de critique.
Je travaillai ensuite au Figaro, avec Karr et Gérard. Puis la Presse se fonda. J'y débutai par un article sur les Peintures de la Chambre des Députés, de Delacroix; J'y fis le Salon et, entre autres, un article sur le Cromwell de Delaroche, qui fit grand bruit. J'attaquai avec une férocité romantique ce peintre bourgeois, alors au comble de la popularité bête. Je lui portai un coup dont il ne s'est jamais bien guéri.
(...) En 1840 je partis pour l'Espagne, le 5 mai. La guerre de Don Carlos était à peine terminée et des bandes de soldats, transformés en voleurs, rendaient l'excursion dangereuse. Depuis sept ou huit ans la Péninsule était presque fermée, et j'étais le premier voyageur qui s'y risquait. J'y restai cinq ou six mois, et je revins à Paris à l'entrée de l'hiver. Tra-los-Montès fut le fruit de ce tour, mon premier grand voyage, car je ne compte pas une Excursion en Belgique faite avec Gérard, et dont la relation burlesque a été recueillie dans les Zigzags.
Je fus décoré à l'occasion d'un Rapport sur le monument de Napoléon; j'étais secrétaire de la commission.
Je n'avais encore rien fait pour le théâtre, et, pour qu'on ne m'accusât pas d'abuser des effets de style, je débutai par un ballet: Giselle, où Carlotta parut pour la première fois. Ce ballet, chose bizarre, a eu un succès immense; il s'est joué et se joue encore dans toutes les parties du monde. Pour un poète, ce succès chorégraphique ne laisse pas que d'être humiliant... »
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