Conscience lumineuse, conscience picturale de Pierre Mabille. Les textes sont établis et présentés par Jacqueline Chénieux-Gendron et Rémy Laville.

   
" Il n'est pas simple de parler de la peinture, écrit Pierre Mabille, et il se peut même qu'il y ait un certain danger à le faire ".
     L'aveu de cette difficulté (distance, danger et mystère tout à la fois) situe les textes rassemblés ici. Le rapport que Pierre Mabille entretient avec l'art est complexe, variable. On a trouvé rarement dans ce livre la chaleur de ces écrivains qui, visuels avant tout, se confondent avec leur propre jubilation des formes et des couleurs. Certes, Mabille développe une admiration emphatique envers la création plastique ou poétique. Il est de ceux qui s'y sont essayés, qui ont échoué, qui savent quelque chose du geste inventif et de l'évidence d'une forme juste. Mais l'intention didactique et philosophique traverse cette émotion même. Une réflexion synthétisante et ambitieuse se nourrit de ses excursions dans le domaine de l'art. L'œuvre picturale est chez Pierre Mabille l'occasion d'une halte sur le chemin du merveilleux qui traverse la toile comme Alice le miroir.
     Cette halte, il faut la faire avec lui, non pas seulement parce que c'était là un projet relatif à " la Lumière " qui lui tenait à cœur – un dossier portant ce titre est demeuré dans ses papiers – mais aussi parce que l'ensemble des textes relatif à l'art rend compte d'une attitude phénoménologique trop peu connue et s'inscrit dans la sensibilité poétique d'une époque.

     Écrivain, essayiste, historien d'art, lié au groupe Surréaliste, Pierre Mabille est mort en 1952.

     Ce recueil comprend des textes consacrés à Seurat, Brauner, Wilfredo Lam, Paul Klee, Jacques Hérold, William Blake, la peinture haïtienne, Kurt Seligman, Matta et Jean Hélion.




      Mabille critique d'art n'est ni l'homme d'un seul peintre, ni celui d'une école. Surréalisant, il célèbre Brauner et Lam, pour dire ensuite son culte de Seurat et de Klee. Aussi peu dogmatique qu'André Breton le fut avec emphase dans le Surréalisme et la peinture, indifférent aux systèmes et aux chapelles Mabille ne professe qu'une règle : il veut que la peinture obéisse à ce qu'il nomme tantôt "nécessité intérieure", tantôt "expression", tantôt "vérité"
     Que cette vérité soit onirique - Brauner, - religieuse et archaïque, - Lam - ou " réaliste" – Hélion – peu importe tant que sa présence demeure sensible. Mabille ne connaît en art d'autre morale que celle du refus de l'effet et de la manière. Aussi fait-il de temps en temps de terribles ravages parmi ses contemporains accusés de futilité et de modernisme factice. Il y a plaisir et réconfort à découvrir un observateur de cette qualité-là.
     Philippe Dagen, Le Monde, octobre 1989.






1989
200 pages, illustrations
ISBN : 2-7143-0330-7
100 F