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Blesse, ronce noire : récit de Claude Louis-Combet.
Éditions Corti, 1995, réédition en semi-poche en 2002
Blesse, ronce noire. Ce sont les derniers mots que Georg Trakl fait prononcer à sa sœur, Gretl, dans le poème Révélation et anéantissement, écrit peu avant la bataille de Grodek (1914) d'où, la drogue aidant, il ne devait pas revenir.
Lorsqu'on considère, par-delà le minimum d'informations biographiques dont dispose l'historien, les photographies conjointes du frère et de la sœur, on peut se demander qui fut le premier à dire les mots de la douleur, de l'amour et de la faute et dans quelle secrète complicité naquirent les poèmes. Dans l'espace de la proximité ouvert entre ces deux faces d'amants et d'artistes, on peut rêver abondamment sur le sens de la dilection, de l'écriture et de la déréliction.
Blesse, ronce noire est, ici, une de ces rêveries possibles, sans souci d'histoire historienne, d'interprétation psychologique ni d'exégèse métaphysique. Une fiction, rien de plus, née de la contemplation des visages sachant que l'on ne peut connaître que là où l'on se reconnaît. D'une infime et quelquefois hypothétique objectivité dans l'espace et dans le temps, l'écart d'un récit, où le cœur prend ses aises à se rejoindre.
"Nous n'avons ensemble qu'une seule âme (...) ; elle s'est reconnue dans ton corps comme dans le mien…"
Réédition en 2002


Dans le grenier de la vieille maison, c'est un capharnaüm de malles remplies de livres, de lettres, de papiers de famille, mais aussi de vêtements périmés, de rideaux, de dentelles, de coussins à franges et à ramages. Il y traîne des jouets comme fracassés par le temps : une poupée qui a perdu une jambe, une autre dont le crâne de porcelaine s'est brisé et laisse apparaître le délicat appareil de contrepoids qui fait mouvoir les yeux, petits globes de verre bleus se haussant et s'abaissant sous des paupières immobiles ornées de très longs cils. Les poupées portent des robes à l'image de celles des petites filles et, là-dessous, de précieux petits pantalons blancs serrés contre les cuisses. Un jeu de quilles est étalé sur le plancher. Un cheval de bois éreinté est encore attelé à sa charrette, mais celle-ci n'a plus de roues. Des soldats de plomb fauchés dans leur élan viril gisent dans une boîte de carton. De nombreux couvre-chefs, masculins ou féminins, sont accrochés à des patères ou traînent dans la poussière : des casquettes, des gibus, des canotiers, des chapeaux extravagants ornés d'oiseaux, de fleurs, de plumes, et garnis de rubans, de voiles noirs ou de voilettes.

Écrivain de l'expérience intérieure, Claude Louis-Combet voit dans la littérature comme le questionnement d'une quête spirituelle. Son nouveau roman Blesse, ronce noire possède la beauté d'un oratorio. [Il] marie magistralement une écriture onctueuse à un thème violent, obscur, récurrent. À travers la poésie, à travers l'inceste, la création, Claude Louis-Combet poursuit une quête infinie.
Les sources profondes et mystérieuses du désir, la force de l'interdit, la fascination pour le corps dans toutes ses manisfestations, les thèmes de la déchéance de l'homme, de sa culpabilité, et l'espoir sans cesse pousuivi d'élucidation et de rédemption que procure la pratique de l'écriture, illustrés ici par le tragique exemple de Trakl, son aussi les ressorts de [son] œuvre.
Thierry Guichard, Le Matricule des Anges, N°19.
Claude Louis-Combet parvient à restituer la nature ingénue et envoûtante de cette possession incestueuse sans en nier la vorace réalité charnelle. Parce qu'il cueille le mal à la racine, à la préhistoire des sentiments, il touche juste et peut tout dire. Ce n'est pas une histoire d'inceste. C'est une histoire archaïque, une histoire du début du monde.
Anne-Lise David, Télérama, 19 juillet 1995.
Les sources profondes et mystérieuses du désir, la force de l'interdit, la fascination pour le corps dans toutes ses manifestations, les thèmes de la déchéance de l'homme, de sa culpabilité, et l'espoir sans cesse poursuivi d'élucidation et de rédemption que procure la pratique de l'écriture, illustrés ici par le tragique exemple de Trakl, sont aussi les ressorts de l'œuvre de Claude Louis-Combet lui-même.
Jean-Patrice Dupin, La Quinzaine littéraire, 1/15 février 1995.
Une commune appréhension du temps et de son mystère, le même goût du sacre et de l'excès, deux corps, deux vies que le fouet des foudres fait danser au bord de l'abîme, un frère et une sœur que la quête du même conduit à connaître la chair du double malgré un sentiment suraigu du mal et à travers la transgression de l'interdit majeur c'est-à-dire la déchirure mortelle de ce qui est principe et fondement. Deux être happés par la spirale du sang, des sens et du destin, deux amants fraternels, qu'un désir antérieur à tout désir rassemblera, sacrera, séparera, anéantira…[...]
Hymne aux puissances nocturnes de l'amour, à l'obscur rayonnement de notre mémoire de la chair d'avant la chute, ce récit, qui exalte l'attrait toujours virginal des floraisons mystiques du sexe, est aussi une magnifique méditation sur les images qui peuplent la grande nuit intérieure d'où nous venons, et d'où viennent les mots de la très longue phrase qu'a commencé d'écrire, il y a plus de vingt ans maintenant, Claude Louis-Combet.
Richard Blin, Le Mensuel littéraire et poétique, N°242.
Claude Louis-Combet écrit la vie du frère et de la sœur, tout uniment inspirés et aspirés par une sombre clarté, une poignante beauté qui les unissent incestueusement. Pourrait-il en être autrement pour ceux qui dès l'enfance se miraient dans l'image du double ?
Josiane Bataillard, le Quotidien Jurassien, 8 février 1995.
À travers l'inceste, Louis-Combet interrroge des thèmes que l'on retrouve dans tous ses livres, la force de l'interdit, la puisance du désir, la culpabilité, la déchéance, l'espoir d'une rédemption par l'écriture.
François Poirié, Art Press, avril 1995.
Les livres auxquels on s’attache tout particulièrement sont souvent ceux dont l’énigme clairement formulée demeure jusqu’à la fin entière. Ils ressemblent à la vie dont on use et abuse sans jamais en percer le mystère, ils fixent dans leur page le flamboiement d’une passion. Il n’est pas à la mode que cette passion s’exprime avec pudeur et moins encore qu’avec un aplomb tranquille, un auteur s’applique par de courts essais à en explorer la zone obscure. Claude Louis-Combet ne s’est jamais beaucoup soucié des modes. Il en a donc évité les turbulences et ajoute avec son dernier livre une pièce supplémentaire à une œuvre abondante dont l’unité aujourd’hui flagrante fait de lui un auteur phare de sa génération. Avec Blesse, Ronce noire, Claude Louis-Combet signe un nouveau roman biographique assez bref dont le thème est l’amour incestueux que vécut le grand poète allemand Georg Trakl avec sa sœur. Après maints détours exigés par une quête dont le projet dépasse le seul objet littéraire, Claude Louis-Combet revient à la source même de la longue méditation mystique dont il ne s’est jamais écarté. Le transfert « en écriture » de l’impossible androgynat illumine ici une conscience charnelle dont l’extension avait antérieurement produit le très beau Mémoire de bouche publié en 1977 à la Différence. Mais alors que dans ce précédent livre la fusion mystique semblait atteinte par immersion de la conscience dans le tout féminin et rendre à l’oubli la tragédie de l’unité rompue, Blesse, Ronce noire en réinstaure le drame. L’approche, par le souffle, du mal d’écriture aboutit donc dans la vision de ce roman. Sans doute ne rejoint-on jamais mieux autrui qu’en écrivant selon son cœur, dans le recueillement de sa propre intimité dévoilée. Une prose dont les lecteurs du prochain siècle ne pourront faire l’économie.
Claude Margat, La République des Lettres, février 1995.
Une fois encore, Claude Louis-Combet a exploré le fond nocturne et charnel de l'amour. Chacun de ses livres est un rituel radical écrit dans une langue envoûtante.
Patrick Grainville, Le Figaro, 9 février 1995.
En quelques pages d'une prodigieuse beauté, Louis-Combet nous emporte dans un paysage mental bouleversant. Il ne faut pas voir dans ces pages une recherche historique, mais bien plutôt un récit secret où chaque étape rend la communication moins vaine : "N'être que ce peu si proche du non-être, c'était, en soi, une immensité."
Claude-Henry du Bord, Études, mai 1995.
Refaisant le cheminement de la passion adolescente, Claude Louis-Combet cherche à rejoindre le mystère de l'écriture poétique, dans une langue sensuelle et chargée d'émotion. Il ne fait ni une étude critique et glacée de l'inceste, ni une apologie complaisante d'un poète maudit: ce serait plutôt un livre initiatique, à travers l'étonnant parcours de Trakl.
Corinne Hubner-Bayle, Le Nouveau recueil N°35, été 1995.

 
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