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Michel Fardoulis-Lagrange : Apologie de Médée.
Michel Fardoulis-Lagrange reprend les mythes à leur naissance, dans le palais dédalique du langage, pour leur insuffler toute la nuit du sens que les grands écrivains complotent loin dun jour pauvre. Médée la magicienne aux passions dévorantes tient des dieux le pouvoir de sonder les Mystères. Elle est femme et prêtresse du destin, cette tragique consumation entre lumières et ténèbres, Hélios et les puissances chthoniennes. Son chant incendiaire illumine dun feu sombre le labyrinthe quelque peu obstrué du mythe de la Toison dor.
Michel Fardoulis-Lagrange une fois de plus, retrouve la grande voix perdue des anciens Grecs. La splendeur incantatoire dun pareil texte, comme embarrassé de sa propre force, procède tout entière dun drame poétique majeur : la dualité, lambivalence opposant le langage humain et la parole divine créatrice des mythes.
Hubert Haddad

Si je m'appliquais à dénouer tous ces fils, je me dévoilerais sans doute impudemment, et que resterait-il ? L'aspect d'une louve que choisissait parfois Hécate, et son cri antérieur à la parole. Il est vrai que l'imagerie du ciel se prête à de telles implications animales.
Errante je suis, prise dans le clivage du clair-obscur et dans celui de mes rêves nocturnes où, la lumière elle-même se voilant, l'énigme est préservée. Souvent aussi les instants se heurtent et s'allument plus intensément et plus brièvement au sein de cet élément enclin à s'identifier déjà à son fond apaisant et stabilisateur. Hélios est ainsi vu en réfraction évoluant dans l'empire chthonien.
Dès ma prime enfance les voies se sont ouvertes sous des signes célébrant ma lignée dans l'éblouissance puis sous les retombées d'une journée. Je me demande quel serait le monde si ce procès s'achevait, si les méandres matinaux étaient emmurés dès avant d'atteindre le seuil d'une entité éternelle et impalpable.
J'exerce un art qui s'excède comme l'écume, pareil aussi à mes dons de me répandre partout et de relever des mesures océaniques tandis que je suis tranquillement assise sur le rivage de Colchos, ma patrie. D'où j'assiste à la noyade de ceux qui s'efforcent de prendre pied sur mon sol mais sont repoussés par mon père Aétès, et au sauvetage des autres par des vagues ne ménageant pas leurs efforts, mariant ciel et eau pour ramener les naufragés vers des courantsd'amarrage.
Bienvenue, fantômes à renommée héroïque, Argonautes au long cours, étrangers etpartenaires de mes jeux oculaires dans le grand matin!
Deux scènes en présence donc sur l'écran du jour : la noyade, le poids d'un passé déjà immergé (où retrouver cependant ces âmes perdues livrées à un mouvement centrifuge ?) ; et le sauvetage, sous la poussée de ma résolution afin de gagner une approche, une compagnie lors de mes solitudes riveraines. Et tout cela va à perte de vue au gré des résonances pélagiennes. J'appelle Hélios à l'aide, finissant par ramener tout à l'unité de son éclat. Rien d'improprene subsiste alors au delà des consumations, des métamorphoses de l'heure auguste. On ne peutremplacer ce qui est immédiatement accessible bien qu'évanescent, non plus lâcher le fil qui merelie aux dynasties de migrateurs venant d'horizons lointains pour conquérir la toison d'or d'unbélier, matière thaumaturge pour mes propres sens.
Des paillettes d'or parsèment le fond de ma vue ; l'obscurité du labyrinthe menant à la toison, par son orifice leur octroie une brillance inaltérable et de portée mantique. Mais à quelles fins ? En quelles contrées encore archaïques et sous régence solaire vout-elles se perdre, illuminant les saisons de l'il unique de Polyphème ? Pure vision de l'ensemble spirituel qu'aucune incidence ne désagrège.

Il faut entrer dans ce livre comme on entre dans le mythe, en acceptant le risque de se laisser fasciner par l'offrande pure d'une parole celle qui, à l'onde de magie propre à l'Orient des origines, ajoute cette forme d'envoûtement liée aux parfums de l'inavouable et au plaisir de la transgression. De cette parole première où l'ombre des mystères préserve la sérénité des figures du secret, Michel Fardoulis-Lagrange a voulu retrouver le souffle, la respiration primordiale, et la langue jaillissant nue des grands fonds de l'être. Et qui mieux que Médée, née sous les signes de l'éblouissance et de l'obscur, pouvait incarner l'amplitude de cette parole.
Richard Blin, Le Mensuel littéraire et poétique, n°276.
Ici, points d'états d'âme ou de circonvolutions psychanalytiques. Tandis que des flots débonnaires ou furieux ballottent des cadavres et qu'un char fait route vers Athènes, "ville des scoliastes et des devins", des enchanteresses se penchent sur les origines de la parole. Si ce texte se déroule hors littérature, il s'inscrit cependant selon la dimension élémentaire de toute poésie.
Jehan Van Langhenhoven, Critique, N°538, mars 1992.

 
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