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Pierre Chappuis, À portée de la voix,
éditions Corti, mai 2002.
Il est devenu banal dassocier luvre de Pierre Chappuis à la marche, comme en témoigne maint article de la Revue des Belles-Lettres qui lui a été consacrée en 1999. Avec son nouveau recueil, il sagit encore, en effet dun marcheur qui aurait consigné ses étonnements à toute épreuve, de brèves sensations, des fragments de réalité brute, taillés dans le vif, touchés par le regard et lallumant en tracés de neige pour linstant.
Pierre Chappuis nous invite à voir clair, en passant sous le microscope de son écriture précise (toujours le mot juste, jusquaux connotations les plus subtiles) un peu de poussière lumineuse quand le Même souvre pour nous à travers ses variations infinies. Comme sil fallait toujours sauver le moindre, linfiniment ténu, du désastre, de la perte, de la rage destructrice des hommes ou du temps. Tel ce petit cerisier saxifrage, surgi du mur à hauteur dil, entre deux pierres faîtières, échappé jusquici aux débroussailleurs.
À portée de voix fait entendre un rythme unique, une prose souple, ponctuée, ou plutôt piquée de parenthèses en italiques, déjà présentes dans Distance aveugle et Dun pas suspendu, recueil dont le titre est à lui seul tout un art poétique. Suspendu, pour linstant, le pas laisse le paysage suggérer par quels liens secrets il nous tient sous sa coupe.
« Là-bas brille
peut-être à labandon
sans attrait
Ton regard, vite, fixe-le
» Cette injonction condense la démarche poétique de Pierre Chappuis. Entre la précision voulue et le flou inévitable se tient la parole, en quête dun impossible équilibre. La voix du poète est ici, incomparablement, la vibration même du regard, et le poème sa métabole, plus que sa métaphore. Le poème ? ce qui peut-être neut pas lieu, ou seulement dans une mémoire à mesure effacée, splendide.
Et toujours au gré de la marche.
P. Romnée

UN PAS INÉGAL
La bordure de lombre suivie de ce côté-ci où le froid a creusé ses ornières, dun pas inégal comme qui craindrait de se prendre dans les franges. Presque à portée de la main, le soleil, de lautre côté, vient ébouriffer la lisière.
Là où, lèvres desserrées, nulle voix...
Entre deux, dans la clairière, la terre à nu est comme de la lumière aux éclats étouffés, grumeleuse à force de sécheresse, infranchissable.


 
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