Marc Graciano | Liberté dans la montagne
Éditions Corti | Domaine français | Parution 3 janvier 13

« Depuis bien des jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivière. Quelquefois le vieux tenait la main de la petite mais, le plus souvent, il la laissait voyager seule autour de lui » :

telle est la première phrase de cette histoire puissamment envoûtante tant par la tension dramatique constante que Marc Graciano parvient à conserver tout au long de ce voyage initiatique, semé d’embûches, dans un temps très ancien, que par son style unique, fait de litanies.

 Dans leur périple vers l’amont de la rivière, le nord, le vieux et la petite traversent une nature à la fois splendide et sauvage, croisent des personnages inoubliables, comme le veneur.

 Vers où les conduira leur destin ?   


Marc Graciano

Marc Graciano est né le 14 février 1966.
Il vit au pied des montagnes aux confins de l’Ain et du Jura.

Liberté dans la montagne est son premier livre.

Rencontre avec Marc Graciano le jeudi 21 mars 2013 | 19
à la librairie
PTYX| Rue Lesbroussart, 39 1050 Bruxelles Belgique

Entretien Marc Graciano | Edith de la Héronnière




1
Depuis bien des jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivière. Quelquefois le vieux tenait la main de la petite mais, le plus souvent, il la laissait voyager seule autour de lui. À cette fin, le vieux veillait à libérer la petite de tout faix. Le vieux veillait aussi à toujours régler son pas sur celui de la petite. Le vieux marchait doucement et quand la petite découvrait une chose inconnue et qu’elle s’arrêtait pour l’observer et qu’elle s’accroupissait sur les talons et qu’en se grattant impudiquement les fesses elle questionnait le vieux, le vieux s’arrêtait aussi. Le vieux interrompait leur voyage et, chaque fois qu’il le pouvait, il nommait à la petite ce qu’elle voyait. Chaque fois qu’il le pouvait, le vieux enseignait la petite sur les êtres et sur les choses qu’ils rencontraient. Le vieux nommait à la petite toutes les choses qu’elle découvrait et, quand il le connaissait, il lui en décrivait l’usage. Souventefois aussi, la petite demandait au vieux l’origine des choses et le vieux faisait toujours l’effort de lui répondre le plus sérieusement et le plus complètement possible mais, quand il ignorait la réponse, le vieux l’avouait à la petite.

2
Presque toujours en fin de journée, parce qu’elle était fatiguée, la petite demandait à être portée. Le vieux prenait alors la petite dans ses bras ou bien il la laissait grimper sur son dos. La petite s’affourchait sur le dos du vieux en accrochant ses bras autour du cou du vieux mais inexorablement, à cause des cahots de la marche, son corps finissait par glisser vers le sol et, de ce fait, elle étranglait le vieux. Le vieux tançait alors la petite et il lui demandait de mieux se tenir et, d’un brusque mouvement de hanches, il la remettait droite sur son dos mais quand, malgré ses remontrances, la petite recommençait à mollement se laisser aller et à l’étrangler de nouveau, le vieux la reposait à terre. Le vieux savait alors qu’il était temps de faire étape.

3
La petite était sortie de l’infans. Elle avait les membres allongés et amincis par la croissance et elle était autonome dans ses déplacements et elle était capable d’un début de raisonnement et elle était capable de jugement et elle était aussi capable d’affirmer ses goûts naissants mais elle avait gardé cependant de la gaucherie et de la maladresse dans ses mouvements. Elle avait aussi conservé, comme une petite enfant, le besoin d’établir, à temps réguliers, un contact physique avec le vieux. Quelquefois aussi, la petite s’effrayait des choses et des êtres inconnus rencontrés sur le chemin et elle cherchait alors refuge dans les bras du vieux. Le vieux acceptait la petite dans ses bras chaque fois qu’elle le voulait.

4
La petite portait une robe chasuble de lin gris et elle portait des chausses de lin gris et elle portait des bottes de chanvre à lacets et elle avait, pour les temps froids, un gilet en peau de mouton que, lorsqu’elle ne l’utilisait pas, le vieux portait pour elle roulé en sautoir sur sa propre taille à l’aide de la longue cordelette de cuir qui était cousue au gilet en office de ceinture. La petite avait des cheveux très blonds, presque blancs à force de blondeur, qu’elle portait libres ou bien attachés par le vieux avec un lacet de cuir en une couette unique à l’arrière du crâne. Elle avait le nez retroussé avec beaucoup de taches de rousseur et elle avait les oreilles petites et décollées. Elle avait la peau très mate et elle avait des yeux gris et elle portait, autour de son frêle cou longiligne, un collier de coquillages marins dont les surfaces extérieures étaient parfaitement lisses ou bien naturellement sculptées de fines cannelures qui apparaissaient en relief mais dont la nacre des revêtements intérieurs était toujours brillante et grise.






Un vieil homme et une petite fille marchent dans les montagnes, remontant le cours d’une rivière jusqu’à sa source, objectif mystérieux d’une fugue qui se confond avec leur vie. L’époque, sorte de Moyen Âge de conte, reste indéfinie. Leur passé aussi. Ils ne sont que leur marche à travers une nature et une humanité dangereuses qu’ils traversent et observent. 

Liberté dans la montagne, le premier roman de Marc Graciano, est a cet égard d’une radicalité incomparable. Guère plus dessinés que le nom que l’auteur leur donne, « le vieux » et « la petite » sont un condensé d’humanité pure, réduite à ses données élémentaires. De même, l’action du roman, marche continue à travers la montagne, fuite qui a oublié ce qu’il s’agissait de fuir, est une épure de récit d’aventures, que la langue de l’auteur, à la fois impie, symphonique et un peu heurtée, secouée par de savantes dissonances, trouble comme une main trouble l’eau, créant une complexité inquiétante, face à la simplicité de tout le reste. Ce livre est un tour de force formel impressionnant, surtout chez un débutant. Il l’est aussi de tenir son  lecteur de bout en bout, avec peu. Ou, mieux encore, d’élever ce peu, par cette  sorte de « kärchérisation » au carré, à la  hauteur d’un mythe, dont le lecteur s’imprègne et qu’il n’oublie pas. 

Le vieux, en marchant, parle à la petite (qui, elle, se tait, témoin silencieux qu’un bavard emmène sur les chemins). « II lui dit qu’ils possédaient le ciel et il lui dit qu’ils possédaient la forêt et il lui dit qu’ils possédaient l’enchantement chaque jour renouvelé du chemin que tous deux suivaient. » L’enchantement est là en effet, dans une nature éblouissante, mais il ne serait rien s’il n’était dit, et c’est ce à quoi se consacre l’auteur, confrontant ces humains élémentaires aux éléments naturels, et les fondant en eux, mais les en rendant maîtres par leur capacité de le nommer. Maîtres de faible puissance, il est vrai. De puissance brève surtout, tant, chez Marc Graciano, l’horizon paraît se rapprocher sans cesse, et la disparition de ses deux pèlerins dans la montagne n’être qu’une initiation à la disparition définitive, à l’effacement et au à son silence. 

Chacun de ces livres paraît en somme, à qui la lumière du somptueux Liberté dans la montagne, raconter à sa mesure le destin le plus universel des hommes : ce face-à-face avec ce qui n’est pas eux, qu’ils veuillent l’abolir, comme le protagoniste de Roi mon père, s’en prémunir, persister autant que possible dans son être, comme la Bernadette de Maria Semple, ou qu’ils l’acceptent et le contemplent émerveillés, comme chez Marc Graciano. L’homme qui abandonne ce qui faisait sa vie est un homme sans masque, et donc davantage humain. Un être fantastique, a-t-on dit. Ce  serait ainsi, à en croire nos auteurs, une définition possible de tout homme, tel que la littérature le rend parfois à lui-même.

Florent Georgesco | Le Monde | vendredi 10 mai 2013




Dans l'emission "Entre les lignes",
Marc graciano répond à Anik Schuin & Jean-Marie Félix.



A la première page, c’est un émerveillement, une gravure sur bois. A peine quelques traits et toute l’histoire est là: le vieux et la petite sur le chemin qui longe la rivière. Ils vont au rythme de l’enfant qui s’étonne à chaque pas, et le vieux lui dit le nom des choses. Puis vient la surprise devant la langue adoptée par Marc Graciano pour ce premier roman. Des vocables oubliés, des mots inconnus qu’on devine précis et qui ne sont pas là pour décorer. Des phrases brèves mais qui s’enchaînent les unes aux autres par des «Et», des «Comme», des «Aussi», formant des litanies qui donnent au récit un rythme étrange, prenant. Un goût de la répétition, comme la marche, un pas devant l’autre. Un vieux, donc, et une petite fille. On ne sait d’où ils viennent. On apprendra plus tard qu’ils se dirigent vers le nord, là où la rivière prend sa source, dans les montagnes, mais jamais on ne saura pourquoi. Pour le moment, ils cheminent et, le soir venu, installent leur campement pour la nuit. La petite a le droit d’inspecter le contenu de la lourde besace du vieux, et c’est toute une stratégie de survie qui s’étale sur la couverture, devant le feu qui pétille, un concentré d’expérience et de savoir-faire.

Dans quel pays, à quelle époque ces deux-là poursuivent-ils leur cheminement? En France, probablement (quelqu’un y parle une langue d’oïl), à une époque très reculée, au Moyen Age ou peut-être encore avant. Liberté dans la montagne n’est pas un roman historique. Les très nombreux mots anciens qui désignent les outils, les bêtes, les plantes, les gestes, ancrent le récit dans une vie très concrète, pratique. Ainsi on saura par le détail comment se concoctent les repas, et c’est passionnant. Mais il n’y a aucune indication qui permette de dater ces quelques jours de marche, de les situer dans un contexte, et l’auteur ne se soucie pas des anachronismes.

Cercle de tendresse

Au bout de quelques pages, quand on s’est habitué à la scansion, à la musique des mots inconnus, on est pris dans la progression de ces deux, à travers les dangers et les moments de répit, le pur bonheur de certains matins et la terreur qui menace au coin du bois. On est pris dans le cercle de tendresse que le regard du vieux trace autour de l’enfant, et dans le plaisir, l’intérêt et parfois la peur qu’elle manifeste par bonds et gesticulations, petit animal en éveil.

D’elle, on saura qu’elle est une orpheline confiée au vieux par sa grand-mère mourante. Lui a été soldat. Son corps entièrement tatoué est encore vigoureux. Il sait se battre et aussi tuer, s’il le faut, sans plaisir ni hésitation. Parfois, leur chemin croise un village, un individu en marge. Ils passent quelques jours à la ville lors d’une grande foire. Là, ils voient pendre trois individus, assistent à des joutes de chevaliers. Les putains copulent dans les rues, les ivrognes pissent, on se bat. C’est un monde violent, qui résonne de cris et de fracas. La puanteur, la pourriture voisinent avec la pure beauté. La petite fille observe le spectacle du monde avec intérêt, protégée par le rempart que lui fait le vieux, cet homme-mère qui la tient à l’abri de sa cape, éloignée du danger, comme sur les images de saints.

Montreurs d’ours

Ils connaissent quelques haltes, rencontrent d’étranges personnages, un géant nourricier, un abbé qui ne croit pas en Dieu, des montreurs d’ours. Mais toujours ils repartent, comme appelés par un devoir ou par la route. Dans un village de proscrits, ils semblent trouver un asile plus stable auprès d’un veneur, un fou, un philosophe, un peu chaman aussi, qui procure au vieux un voyage initiatique. Mais leur seule présence rompt le fragile équilibre, et à partir de ce moment, tout se détraque et va vers sa fin, dans un déclenchement de violences inéluctables. Agressions, meurtres, maladie, folie: le livre s’achève sur une description minutieuse et finalement apaisée du destin des corps et des choses qui se défont et se recomposent dans la mort.

Liberté dans la montagne est un texte tout à fait singulier, d’une force étrange. Par moments, les tableaux de la ville en liesse, les histoires enchâssées étouffent par pléthore de détails. Ces tableaux de genre à la Bruegel qui montrent la brutalité du contraste entre riches et pauvres, la misère, l’arbitraire de la justice, sont un peu trop documentaires. Les pages qui disent la vie de la forêt et du marais sont les plus réussies. Sans psychologie ni sentimentalité, elles font vivre les gestes du quotidien, les rites de la chasse, de la pêche, de la cueillette, les soins et les besoins du corps, le mystère des nuits, le monde parallèle des animaux.

Le Temps | Genève | Isabelle Rüf | 13 avril 2013


Ils s'en vont sur les routes et l'on ne sait ni d'où ils viennent, ni où ils vont. Le « vieux » et la « petite » suivent le cours d'une rivière. Autour d'eux la nature déploie ses splendeurs et ses mystères. Tantôt il la prend sur ses épaules, tantôt elle marche sur cette route sans fin. Ils traversent une ville où l'on pend des voleurs, où des cavaliers s'affrontent dans des joutes, où un ours danse pour le bonheur de la foule. La petite s'émerveille. Un veneur les a accueillis. Mais le meurtre d'une jeune fille, dont sans doute on accusera le vieux, les oblige à s'enfuir. Ils reprennent la route. Une nuit, alors qu'une chouette hulule, le vieux se dit qu'il lui faudra marcher sans s'arrêter sur cette terre pour ne pas mourir. Une fatalité inexplicable l'oblige à traverser bois et rivières, plaines et montagnes, portant la petite que cet exode sans fin épuise... Cette histoire — et ce remarquable premier roman — se passait sans doute il y a des siècles... Marc Graciano, 47 ans, y conduit le lecteur avec autant de réalisme que de poésie, donnant vie à ce couple d'innocents qui incarnent si fortement le titre : Liberté dans la montagne. Et la nature est elle aussi vivante, vibrante, où se fond le lecteur, tous ses sens en éveil ; attisé par un texte envoûtant comme une hypnotique litanie, toute de mots rares et vieux, de répétitions et d'énigmes, de merveilleux et d'effroi.

Fabienne Pascaud | Télérama | 30 mars 2013



Au gré d’une fable mystérieuse, le premier roman de Marc Graciano arpente des terres roussies par l’ordre des choses. 

Empreint de poésie et de fureur, le premier opus de Marc Graciano est aussi la scène d’un entremêlement des genres romanesques et des strates de réalité. Une terre où il n’est pas davantage question de chanter l’ici-bas, pour paraphraser l’aède, que de s’en référer à un ailleurs idéalisé. L’écrivain, dont on sait seulement qu’il vit au pied des sommets jurassiens, raconte les péripéties d’un improbable couple d’errants, constitué d’un pauvre vieillard et d’une petite fille. Une relation dont le lecteur comprend vite qu’elle trouve ses racines dans les palus d’une solitude réciproque. Face à l’orpheline, l’homme est confronté à l’évidence du devoir moral. Il fait d’elle son épicentre, le commencement et la fin de toute chose, le sujet d’une prière éternellement renouvelée. Auprès d’elle, il est tout à la fois celui qui enseigne et avoue son ignorance – une figure philosophique, un « sage », un « fou » dont la vie semble se réduire aux simples gestes de la vie quotidienne, en son expression la plus élémentaire. 

On ne sait rien de l’époque, pas plus que du lieu, dont les contours restent incertains. Il n’est d’ailleurs pas tant sujet d’une montagne que d’un relief, métaphorique et propice à voir vivre une mythologie personnelle, au cœur de laquelle figurent forêts et belvédères, rivières et vallons. Un espace archaïque donc, auquel Graciano concède une part d’hostilité. Et la forêt d’abriter le seigneur de la localité, ses pages et ses chasseurs, en un discours politique sur la prédation qui trouvera maints échos narratifs. Théâtre du déchaînement des passions humaines, le bois peut également se mouvoir en pur espace épiphanique. Ainsi du départ des chasseurs, coïncidant avec l’apparition de phénomènes naturels étranges : car « une pluie de pollen jaune comme du soufre était tombée de cônes desséchés dans un bois de pain et elle était venue vers eux, portée pour un souffle de vent tiède ». 

Tout l’art du récit tient dans sa propension à la diffraction. Il se dilate, éclate, se reconstruit telle une mosaïque renouvelée. S’il lorgne sur l’organisation du Decameron (les devisants mis à part), la rigidité du cadre permet à Graciano de mettre en place une écriture qui procède par variations, glissements et échos. Chacune des pérégrinations s’impose, dès lors, comme un nouveau prétexte à d’ébouriffantes rencontres, toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Une galerie de personnages bariolés (des elfes sensuels côtoient des dévots tyranniques), dont l’auteur s’attache à rendre toutes les nuances avec un sens de la description remarquable. Si l’incipit de l’œuvre engage l’affiliation stifterienne, les circonstances topographiques favorisent l’introduction de nouveaux genres au regard du génie du lieu. C’est que l’auteur congédie l’idylle réactionnaire, tandis qu’autour des personnages « les poitrails des chevaux » apparaissent « constellés de pétales de baves ». Avec habileté, Graciano mêle récit de conversion et réflexions naturalistes, soubresauts romantiques et références cachées au Quichotte de Cervantès. Par le biais des villageois croisés sur sa route, le vieux se voit ainsi invité à assister aux joutes locales. Un épisode où la tradition héroïque et guerrière du récit de chevalerie est parasitée par la farce tragi-comique des vanités humaines. 

À ce dernier thème, situé dans la tradition de Montaigne, l’auteur accorde un sort narratif décomplexé par la proximité de la fable. Car en avançant dans la montagne, le vieux fait l’expérience d’un questionnement transcendantal, teinté d’animisme et de pensée chrétienne. Un cheminement qui est avant tout pensée de la mort. L’apprentissage sublime, parmi les oiseaux, d’un trajet retour délivré du désir et de l’attente, en une transe animale dont seuls les volatiles semblent connaître l’insondable toi physique. Ainsi qu’un éblouissement, en un ultime chant d’amour, à la fois grave et éprouvant. 

Benoît Legemble | Le Matricule des Anges | n° 141, mars 2013


Le premier roman de Marc Graciano, Liberté dans la montagne, est le récit de la longue marche d’un « vieux » et d’une « petite » dans un temps ancien. Avec une écriture poétique et de longues litanies, il reveille, à travers leur quotidien, une sensibilité engourdie au monde qui nous entoure.

« Depuis bien des jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivière. » La petite n’a pas d’âge – tout juste sortie de l’état d’infans si l’on s’en tient à la description de sa nudité –, pas de souvenir, ni de prénom. Le vieux qui l’accompagne pourrait être son père ou son aïeul. « Depuis longtemps déjà il lui servait de père et de mère », il la protège, la nourrit, lui apprend à survivre, à se tenir propre. Il est un sage, un sorcier, « un vieux ruffian, un vieux lansquenet », au corps noueux, tatoué, rehaussé d’amulettes et de bagues, plein des stigmates d’un monde et d’une époque que l’on devine guerriers. Ils semblent cheminer ainsi depuis un temps indéfini, vers un but qui, s’il leur semble clair, nous échappe tout à fait. De leur histoire passée nous ne saurons rien. Là n’est pas l’essentiel. Ils n’errent pas, ni ne fuient. Ils marchent et jouissent de cette liberté en cette époque ancienne, le Moyen Âge peut-être, ainsi que le suggèrent les joutes, les pendaisons et la vie de villages traversés. Chaque rencontre est une hallucination. Au détour des vallées, enserrées dans une temporalité suspendue, surgissent un géant, un vieux veneur chaman, un peuple misérable et beau. Le vieux et la petite observent, partagent et passent. Marc Graciano détaille leur présent, fait naître leur quotidien, simple et violent. 

Articulé autour d’étapes, de rencontres effectuées par le vieux et la petite, le récit de cette marche n’est pourtant pas celui de leurs aventures.

Chaque confrontation à une forme de société, ou de solitude, donne l’impression d’une entrée dans un monde qui n’est pas, ou plus, le leur. La méfiance du vieux comme la curiosité de la petite apparaissent comme le miroir des désirs et du potentiel néfaste des hommes. Seuls les solitaires partagent leur liberté. Le vieux et la petite sont comme extérieurs, en dehors, pris dans une nécessité qui nous échappe. La complexité de ces relations semble alors être le moteur de leur errance. Leur monde est à la fois l’espace et le mouvement dans lesquels s’inscrivent une foule d’actes nécessaires qui, conjugués à la rencontre des hommes, rappellent ce que vivre veut dire. Ils entretiennent un autre rapport à la liberté, survivent adroitement, non seulement en puisant chez l’homme et la nature le meilleur et en se protégeant de leur violence, mais surtout par leur connaissance du monde. Ils traversent les biefs, les marais, les montagnes et les champs de roseaux. Ils dorment dehors, la petite se réchauffant sur la poitrine du vieux. Se nourrir, se laver, se chauffer, se protéger, avancer toujours. Marc Graciano fait de l’ensemble de ces actes nécessares, quotidiens, indissociables de leur liberté, une célébration de la simplicité et de la violence du rapport au corps et à la nature. 

Tout au long de cette marche, Graciano fait maître le langage, exhume des mots, leur restitue leur sens premier. De leur précision, il tire une poésie du quotidien, presque exotique tant cette langue évoque des temps anciens. Les mots ne disparaissent pas mais les actes, comme la perception de ce qui nous entoure, se simplifient, se raréfient. Aussi les verbes – vousser, bouffeter, forlonger, cabarer –, comme les noms qui les désignent, nous semblent-ils irréels. L’écriture de Graciano provoque un sentiment d’hypersensibilité, elle donne la sensation de reconnaître chaque chose nommée. Le plus élémentaire des actes, la plus simple des descrip-tions, prennent une ampleur poétique rare, envoûtante. Les mots envahissent les moindres faits et s’écoulent en phrases torrentielles. Leur rythme et leur richesse densifient chacun des instants, chacune des descriptions qui émaillent le récit de cette grande marche. Il en résulte une tension magnifique, inutile – puisqu’il n’y a pas de but à ce cheminement – et terrible au regard de l’épilogue de leur errance. 

Leur cheminement prend forme au travers de long processus de nomination. À la petite qui s’émerveille devant le trésor que composent leurs maigres bagages, et s’inquiète de sa fragilité, le vieux apprend le pouvoir de nommer. Il lui dit que « par-dessus tout, ils possédaient un nom pour l’attribuer à chacune de ces choses et il affirma que même s’ils ne possédaient pas le nom, ils auraient la possibilité de l’inventer ». Ce simple pouvoir les rendait riches de tout ce qu’ils voyaient. Rien ne peut sembler plus simple que cet acte mais Marc Graciano en rappelle le caractère essentiel et complexe. Plus que nommer les choses, décrire ce qui compose leur paysage, il nomme leur corps, la matière des objets et l’essence de ce qui les lie aux sensations. Par cet acte, il ne célèbre pas tant la liberté, il révèle la beauté et la fragilité de ce monde qu’il sublime au sens physique du terme. De ces pages folles, Marc Graciano fait surgir une réalité qui nous habite, celle d’une relation intemporelle à ce qui compose le monde. Liberté dans la montagne n’est pas un conte romantique, c’est un roman tragique et superbe.

« …Avec leur vêture de lin grise et claire, dans la luminosité qui faiblissait, la petite et le vieux auraient semblé, pour qui les aurait vus passer posté sur l’autre rive, deux masses étirées et diaphanes qui vibrionnaient sur le chemin. Ils auraient semblé deux lignes verticales et pâles qui ondulaient à la lisière. Deux impondérables filaments d’une lumière chétive et palpitante. Ils auraient semblé deux torches fragiles et impermanentes tremblotant devant l’ombre de la forêt ou, grâce à de minces accrocs sur son opaque surface, la vue rapide et volée de l’invisible structure qui organisait le monde. La vue rapide et volée de l’intangible et lumineuse matrice façonnant le monde. »

Benoît Laureau | Quinzaine littéraire |Mars 2013


"Liberté dans la montagne", récit puissant, force et beauté de la langue, un article sur le site de François Bon, le Tiers livre.



Ecoutez Marc Graciano sur France Culture | Du jour au lendemain, Alain Veinstein.



Par monts médiévaux

Qu’est-ce qu’un premier roman, sinon la découverte d’une voix ? Celle de Marc Graciano semble venir de très loin, invitant d’emblée son auditeur à un voyage en forme d’ascèse. « Depuis bien des jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivière. » Première phrase qui, dans un souffle, pose temps, personnages, action, décor, et résume en elle-même l’argument du livre. Nous ne saurons guère plus que ce qui vient d’être établi. Ils marchent « vers l’amont de la rivière », traversent les paysages, rencontrent adjuvants et opposants, s’arrêtent, repartent, attendent peut-être quelque chose, mais quoi ? où ? quand ? Liberté dans la montagne a l’évidence du pronom défini, à l’instar du conte, ou du rêve. Nous sommes à l’époque médiévale, dans un monde archaïque où s’entendent les mots « haubert », «harnois », « camail », inutile de mieux situer.

Sur Marc Graciano. Google n’a rien à raconter. On s’en tiendra à la quatrième de couverture : il est né « le 14 février 1966 » et « vit au pied des montagnes aux confins de l’Ain et du Jura ». L’image est séduisante, en accord avec un texte qui résonne comme un appel à la nature, où « les objets n’[ont] ni âme ni valeur », ainsi que le soutient le vieux à la petite fille. Les richesses sont ici, maintenant : « Il lui dit qu’ils possédaient le ciel et il lui dit qu’ils possédaient la forêt et il lui dit qu’ils possédaient l’enchantement chaque jour renouvelé du chemin que tous deux suivaient. « Il lui dit qu’ils possédaient le ciel et il lui dit qu’ils possédaient la forêt et il lui dit qu’ils possédaient les poissons dedans la rivière et aussi les animaux de la forêt. Il lui dit qu’ils possédaient les plantes et il lui redit qu’ils possédaient le ciel et aussi les oiseaux dedans le ciel puis il lui dit qu’ils possédaient ces choses chaque fois qu’ils savaient les capter. » Leur trajet, pourtant, n’exclut pas la civilisation et l’agression qu’elle engendre. Les voilà « au cœur d’une ville », face à des joutes entre cavaliers. Les hommes tombent, jusqu’à ce dernier qui, sur la civière, agite encore un bras. « Comme une matérialisation furtive de la secrète scansion du rythme du monde. »

Cette « secrète scansion » est, semble-t-il, ce que Marc Graciano cherche à rendre, par le truchement d’une langue faite de répétitions et de circonvolutions, une litanie enveloppante, presque une hypnose. Il avance par courts chapitres, comme autant de poèmes, autant d’énigmes. C’est un flot saccadé, à l’image de l’affluent poursuivi, noueux, trouble, semé d’embûches pour le lecteur. Car Liberté dans la montagne n’est pas un livre commode considérant la densité du volume. L’instance narrative emploie des termes vieillis, ou rares ; plutôt que « souvent », elle préfère « souvente fois » ou « moult fois ». Aucune pose pour autant, car la forme a du sens, en tant que reflet d’une manière de vivre et de parler. Si elle n’est pas précisément datée, l’esthétique renvoie à un imaginaire en lettres gothiques, celui des dangers, des combats, du merveilleux (quand, par exemple, un pêcheur « grand et large » rencontré en chemin devient pour tous « le géant » ou lors de la belle séquence du « village » en compagnie du « veneur »). Cet imaginaire est encore présent dans la direction même du récit, où des aventures apparemment fortuites ont un sens et un agencement cachés. Suivre le couple formé par un homme âgé et une petite fille, c’est suivre l’humanité tout entière masculine et féminine, vieille et jeune. Ensemble, ils parcourent les grandes étapes de l’existence, ses bonheurs, ses épreuves surtout.

Dans cette mesure, le périple peut être apprécié en allégorie, dont la leçon première serait l’importance fondamentale de la liberté, liberté de se déplacer, de penser. « Quelquefois le vieux tenait la main de la petite mais, le plus souvent, il la laissait voyager seule autour de lui. À cette fin, le vieux veillait à libérer la petite de tout faix. » Encouragée à l’indépendance, elle s’interroge sur les choses du monde. Comme dans cette ville traversée où, après des spectacles de rue, ils assistent à l’exécution de trois hommes, sous les rires de la foule. Devant l’échafaud, elle lui prend la main, et lui demande ce qu’ils viennent de voir. Le vieux réfléchit, sans parvenir à trouver le mot qui convient. « Si bien qu’après un moment, le vieux dit à la petite qu’il n’existait pas de mot pour le décrire et il se tut en poursuivant sa marche puis, après un moment encore, le vieux reprit la parole et il dit à la petite fille que, de surcroît, il n’aurait servi à rien de l’inventer. »

Extrait : Chaque fois qu’il le pouvait, le vieux enseignait la petite sur les êtres et sur les choses qu’ils rencontraient. Le vieux nommait à la petite toutes les choses qu’elle découvrait et, quand il le connaissait, il lui en décrivait l’usage. Souventefois aussi, la petite demandait au vieux l’origine des choses et le vieux faisait toujours l’effort de lui répondre le plus sérieusement et le plus complètement possible mais, quand il ignorait la réponse, le vieux l’avouait à la petite.

Thomas Stélandre | Le Magazine Littéraire n° 528 | février 2013




ce que veut vivre veut dire.

Le vieux et la petite cheminent le long d’une rivière. Rien n’est dit d’où ils viennent, très peu de leur passé, encore moins d’un but ni même s’ils en ont un reconnaissable comme tel pour nous, une forme de climax vers lequel tendre. La première force de l’auteur est de nous les donner comme surgis, brusquement survenus aussitôt que lus. A la fois se détachant de la « réalité » du monde et s’y fondant, comme de la page.

la petite et le vieux auraient semblé, pour qui les aurait vu passer posté sur l’autre rive, deux masses étirées et diaphanes qui vibrionnaient sur le chemin. Ils auraient semblé deux lignes verticales et pâles qui ondulaient à la lisière. Deux impondérables filaments d’une lumière chétive et palpitante. Ils auraient semblé deux torches fragiles et impermanentes tremblotant devant l’ombre de la forêt ou, grâce à de minces accrocs sur son opaque surface, la vue rapide et volée de l’invisible structure qui organisait le monde. La vue rapide et volée de l’intangible et lumineuse matrice faonnant le monde.

Cette réalité, il s’agit d’abord de la nommer, la faire advenir sur la page.

et elle demanda au vieux comment il fallait nommer le spectacle qu’ils avaient vu [...] le vieux dit à la petite qu’il n’existait pas de mot pour le décrire et il se tu en poursuivant sa marche puis, après un moment encore, le vieux reprit la parole et il dit à la petite que, de surcroît, il n’aurait servi à rien de l’inventer.

Tout comme eux-mêmes (vieux et petite ne seraient-t’ils pas des noms?) ne sont pas nommés, d’autres réalités sensibles n’ont nul besoin d’un nom. Elles adviennent sans cela. Nommer certaines de celles-là (comme ici le spectacle affreux d’une triple pendaison) risque au mieux d’aboutir à la faillite de l’expression de leur horreur, au pire de la faire ré-advenir. Marc Graciano se situe ici entre la tentation d’y céder et celle d’en concéder l’inutilité. Dans cette tension entre ne pas croire du tout en la force propitiatoire du langage et y accorder une foi sans faille. Et quitte à nommer, autant nommer ce qui se cache sous l’apparence trop visible des choses et qui les lient. Et plutôt que d’inventer, pour dire l’immanence du monde au plus près, le rôle du poète est d’extirper du langage ces mots qui y gisent oubliés, cachés sous ceux des fausses évidences. Faonner, forlonger, brousser, eubage, canter, abalourdir, cabarer… La beauté du monde se dit aussi par ces mots ramenés du fond des âges auquel nous appartenons plus encore que nous n’y retournons.

cette nuit là, le ciel était clair et des milliards d’étoiles scintillaient et le vieux trouva que le monde était beau et il pensa qu’il disparaîtrait un jour. Il pensa que le monde disparaîtrait à l’exact moment où lui ne serait plus là pour le voir.

« Liberté dans la montagne » est un récit de liberté. Mais une liberté vraie, vidée de son idyllisme romantique, dépouillée des craintes que l’Histoire, les religions, ont fait peser sur elle. Une liberté où l’on mange, mais où l’on tue ce que l’on mange. Une liberté où l’on pisse et défèque. Une liberté non expurgée des corps. Qui se gagne aussi dans l’abandon de la raison.

Dans leurs rencontres avec le veneur, le géant, l’abbé, le chevalier, dans leur cheminement, dans leur relation entre eux et avec la nature qui les entourent et à laquelle ils retournent, le vieux et la petite réussissent à paraître à la fois allégories et parfaitement incarnés. Tout cela dans la beauté d’une écriture en litanies qui s’affirme comme une matérialisation furtive de la secrète scanssion du rythme du monde.



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Il est des livres qui vous happent et vous emmènent dès les premières pages. Ils vous prennent par les yeux d’abord, puis par la gorge et le cœur, puis par tous les pores de la peau : vous transpirez, vous avez peur, vous vivez avec les personnages. Ils ne vous lâchent plus et vous ne les lâchez plus. Même lorsqu’une pause s’impose et que la vie hors de l’acte de lecture reprend ses droits, les images persistent et vous hantent, elles s’impriment. Liberté dans la montagne, premier roman de Marc Graciano, publié aux éditions Corti fait partie de ceux-là, de ces grands livres à l’écriture tellement forte qu’une musique s’installe et que des images s’impriment.

A la lecture de cette lancinante musique, plein de mots manquent pourtant, des mots oubliés – faonner, abalourdir – mais on comprend, et si ces mots nous sont étrangers, ils existent, et ont alors cet étrange pouvoir de faire naître des images. Des images extrêmement puissantes et poétiques, des images vraies mais oniriques, des images qui mettent en appétit, d’autres terrifiantes ou touchantes, des images d’un temps très ancien où les hommes travaillaient avec leurs mains, chassaient, pêchaient, marchaient, tuaient. Un monde d’antan, moyenâgeux ou futuriste, un temps apocalyptique qui était, qui n’est plus ou qui adviendra. Un temps aussi qui révèle la part la plus sombre de l’homme, cet homme intemporel qui par amour, ou par manque d’amour peut alors se transformer en bête : « Deux êtres élevés dans un asile de charité. Dans les rigueurs d’une mauvaise religion. Deux êtres vils redressés dans un pace pour enfant. Le veneur dit dans un lieu sans aménité. Un lieu sombre et froid. Un lieu sans amour. Un lieu sans bonté. Un lieu âpre et glacé. Deux êtres qui s’en échappent à l’âge adulte raconta le veneur et qui se réfugient dans un village. Dans un marais. Un lieu oublié où ils sont accueillis. Où ils sont acceptés. Acceptés dit le veneur et il se tut un long moment en hochant la tête comme pour souligner son propos. Comme pour montrer à l’auditoire invisible qu’il s’était créé l’endroit primordial de son récit sur lequel l’attention devait porter. La chose étrange et rare qui était survenue. Deux frères quasi semblables, raconta le veneur, qui travaillent comme des acharnés dans ce village où ils ont été adoptés. Deux êtres farouches. Deux êtres obscurs. Deux êtres obscurs et disgracieux. Deux êtres disharmonieux et, à côté d’eux, une fille blonde. Une fille lumineuse et belle, dit le veneur. Comme possédant un bien qui jadis leur aurait été dérobé. »

Liberté dans la montagne, c’est cette langue folle, faite de litanies qui vous envoûtent, cette langue qui pousse l’expression, augmente, répète, précise, en revenant indéfiniment sur les mêmes mots, les mêmes sujets. Liberté dans la montagne c’est une langue mais c’est tout autant une tension dramatique forte, et c’est là que ce texte est un grand texte : une langue, une histoire, une intemporalité, des personnages, et un monde qui nous échappe, qui n’est pas le nôtre, qui n’est plus le nôtre mais qui pourtant nous est familier.

Dans leur inexorable marche vers l’amont de la rivière, le vieux et la petite traversent une nature à la fois riche et dangereuse, splendide et sauvage, ils croisent des personnages aussi terrifiants qu’inoubliables, l’abbé, le géant ou le veneur. On avance avec eux, au rythme de ce vieux vigoureux et attentif, de cette enfant encore frêle mais si pleine d’énergie, de peurs et de questionnements comme seule la tendre enfance le permet encore. « La petite était sortie de l’infans. Elle avait les membres allongés et amincis par la croissance et elle était autonome dans ses déplacements et elle était capable d’un début de raisonnement et elle était capable de jugement et elle était aussi capable d’affirmer ses goûts naissants mais elle avait gardé cependant de la gaucherie et de la maladresse dans ses mouvements. Elle avait aussi conservé, comme une petite enfant, le besoin d’établir, à temps réguliers, un contact physique avec le vieux. Quelques fois aussi, la petite s’effrayait des choses et des êtres inconnus rencontrés sur le chemin et elle cherchait alors refuge dans les bras du vieux.

Le vieux acceptait la petite dans ses bras chaque fois qu’elle le voulait. »

Le Monte-en-l’air







Marc Graciano,
Liberté dans la montagne

320 pages
2012
978-2-7143-1098-9
19,50 €

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