G. B. ou un ami présomptueux, un texte de Michel Fardoulis-Lagrange
     éditions José Corti.


     Robert Lebel, dans la première édition (Soleil Noir, 1969), présentait en ces termes ce témoignage si curieux de la rencontre de Georges Bataille et de la profonde amitié et complicité qui lia les deux écrivains à partir de 1942 :
     "Quelques rares personnages hors mesure dont eu si fortement le goût du secret qu'on peut difficilement se permettre de prononcer leur nom et encore moins d'en faire le titre d'un livre. Ainsi s'explique et se justifie la discrétion de Prosper Mérimée lorsqu'il publia son "H. B. " après la mort de Stendhal, ou de Baudemaire qui, dans "Le peintre de la Vie Moderne", se borne à désigner Constentin Guys d'un énigmatique M. G. , ou de Jean Paulhan qui intitula son étude sur Félix Fénéon "F. F. ou le critique". Qui mérite mieux que Georges Bataille le droit d'accéder à cette galerie de portraits anonymes ? Mais Michel Fardoulis-Lagrange, tout en se montrant plus allusif encore que les auteurs précités, réussit néanmoins à rendre son modèle physiquement reconnaissable et à restituer le climat de conjuration qu'il imposait autour de lui."
   A la fin du volume figure une brève chronolgie (1936-1951), établie par Philippe Blanc, des événements qui entourèrent cette rencontre.





     Les yeux étaient enfoncés, les dents proéminentes ; ainsi le rire lui dessinait pertinemment la bouche pendant que les autres traits du visage s’amollissaient. Sa peau marquée de rides devenait par endroits blême sur un fond rosé.
     Il faut ajouter que ce portrait est insuffisant. J’ignore par exemple ce qui l’avait précédé et modelé au cours des événements et ce que sa mobilité pouvait engendrer d’inattendu. Peut-être que la vérité était tout autre et qu’en présence de motifs obscurs, son visage se figeait sans appel. Mais en dépit d’imperfections comme la raideur excessive du cou et l’épaisseur des membres inférieurs, son maintien se modifiait, de sorte qu’il se mouvait à son aise et selon son caprice. Il entrait dans les grandes traditions et l’anonymat en marchant comme tout le monde avec autant de facilité qu’il en sortait en s’alourdissant et mettant un terme à ses hésitations. Du même point partait dans toutes les directions cette réceptivité de l’espace à laquelle il s’attaquait, lourd d’importance ou léger. Pour en savoir davantage sur lui, il eût fallu le pister au milieu des préparatifs permanents de la fête, répondant malgré tout à ses exigences les plus pressantes. Ainsi l’objectif lui-même était sans cesse dérobé et reconquis dans le détail changeant et privé de principes. Cependant on pouvait se demander s’il n’existait pas un registre naturel contenant un rituel ; mais le temps était à l’explosion le plus souvent et les ruines s’amoncelaient.



G.B., première édition au Soleil Noir










1996
96 pages
ISBN : 2-7143-0578-4
90 F