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Robert Alexis, Flowerbone,
éditions Corti, 2008.
Les cyborgs ont fini par succéder aux hommes.
V. Dee a succédé aux cyborgs... un Grand Ordinateur, une entité riche de toute l’évolution. Mais l’univers n’en demeure pas moins une énigme. Il n’y a pas de « savoir absolu ».
Quand a-t-on fait fausse route ? Ne faut-il pas tout recommencer à partir des humains, de leur sensibilité, de leurs intuitions ?
Le « Programme » choisit dans le passé une femme capable d’endosser le rôle d’une Ève nouvelle. Le cyborg dans lequel celle-ci réapparaît découvre les fonctions de la chair, de la sensualité, de l’amitié, de l’amour.
L’humain est composé à part égale d’un désir d’anéantissement, de fusion dans l’universel. Un as de l’aviation servira de support, un héros mort en 1917 après plus de 50 duels à son avantage, le prochain « Adam », un homme qui refuse les limites attachées au corps.
Le couple s’unit après maintes péripéties les conduisant de New-York au Kenya, d’un gangster de Harlem aux chamans masaïs.
Un enfant naîtra, un point de lumière dans la nuit infinie. R.A.
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Après La Robe, très bien reçu du public et de la critique, déjà traduit en Italie et en Espagne, après La Véranda, choisi dans le cadre de l'opération l'Été des libraires 2007, Robert Alexis publie son troisième roman. Il ne nous avait donné de sa biographie qu’un lieu : il vit à Lyon, et deux repères : a été l’élève du philosophe François Dagognet, apprécie la discrétion de B. Traven. Nous respecterons encore la sienne.
Portrait de Robert Alexis, par lui-même. |

Il fallut d’abord abandonner le modèle des cartes marines. L’espace agit sur un vaisseau comme une main pétrit de la glaise. Chaque pression étire la matière, augmente sa vitesse à l’infini sur une route imprévisible.
Il fallut ensuite modifier notre nature. Au cours d’un pétrissage, deux points finissent toujours par se rejoindre. Nous n’avions pas même à attendre que cela se produisît, puisque attendre n’a de sens que pour un corps. Nous n’avions pas non plus à nous préoccuper de nous, parce qu’il n’est d’identité que pour un corps. Sans
hiérarchie, sans sexualité, ni rien qui puisse causer un obstacle, nous imitions les animaux pélagiques. À cinq ou six mètres sous la surface, d’un bord à l’autre des
océans, les grands requins glissent nuit et jour dans l’eau tiède, en parfaite harmonie avec leur élément. Garant de cet équilibre, centre de calcul, agent de maintenance, V. Dee proposait à l’équipage ses multiples services.
Dernier cri de la techno-évolution, l’artefact directement couplé au cerveau multipliait la capacité d’intellection et celle des autres facultés psychiques.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Dans un futur immédiat, Robert Alexis nous conte le destin d’une jeune femme programmée par ordinateur pour incarner la nouvelle Ève.
Après le succès de ses deux premiers romans (La Robe et La Véranda, chez Corti), Robert Alexis revient en grande forme, doué d'une imagination plus fertile que jamais avec cette histoire de cyborg décliné au féminin. Les indications temporelles sont lacunaires, comme pour suggérer que ça pourrait être aujourd'hui. Pour le lieu, Alexis a choisi la Grosse Pomme, mégapole hallucinée, symbole d'une modernité à bout de nerfs. Quant à la trame, elle repose sur le parcours d'Yvonne Darnell, 22 ans au compteur, et entièrement formatée par le V.dee, un ordinateur ultra performant dont le programme est sans failles. Le V.dee sait tout sur tout, il est omniscient et a choisi Yvonne pour planter le rôle de l'Ève future au sein d'une humanité à la dérive.
Tel est le point de départ de Flowerbone, roman bigarré situé à la croisée des genres. Car le récit reprend les codes de la science-fiction. Il explore le sort d'un monde dans lequel le savoir des machines prive les hommes de leur intuition. Un monde en proie à l'absolutisation, en somme. Il faudra tout réapprendre, jusqu'aux gestes les plus simples. Robert Alexis anticipe sur l'avenir de nos sociétés avides d'assurance. Dans Ecce Homo, Nietzsche affirme : « Ce n'est pas le doute mais la certitude qui rend fou. ») Il en va de même ici. Alexis ausculte le cadavre, prend la température du malade et entremêle les différentes catégories de récits comme pour mieux barrer la route aux idées reçues. Alors qu'on entre dans l'univers du fantastique, l'auteur change de cap et prend la direction du récit d'aventure à travers la rencontre du personnage d'Andréas, un aviateur sur le retour qui vit désormais des conférences au cours desquelles il raconte ses exploits d'antan. On plonge alors dans l'univers fabuleux des batailles aériennes de la Grande Guerre, « comme aux jours héroïques des pionniers », avec en arrière-plan le vrombissement des moteurs et le code de l'honneur de ces chevaliers des temps modernes. Andréas était chez les chasseurs. Une sorte de tête brûlée dont les faits d'armes ravissaient jadis les auditoires. Seulement aujourd'hui, il n'y a plus personne pour écouter, excepté peut-être Yvonne, qui est tombée sous le charme de ce défi vivant. Mais avant l'idylle entre ces deux rêveurs, il faudra plonger dans les bas-fonds de New York, à la lisière des cloaques immondes, au gré des parrains de la mafia qui mettront Yvonne sur le trottoir et des clients douteux, « peuple entier poussé par le désir, loin du bureau et du foyer conjugal, semé dans la nuit comme une flore tropicale toujours renaissante. »
Ainsi défilent les genres dans le paysage d'Alexis. À toute vitesse. Dans le rétroviseur subsiste une sorte de melting pot de ce qui fait la vie humaine, avec ses hauts et ses bas, mais à chaque fois servi par cet incomparable don de la description qui caractérise une écriture située dans l'intransigeance du verbe. Une simple chambre d'hôtel devient chez Alexis le vestige d'un monde qui peu à peu se délite, à travers « le cercle blanc des nappes sur les tables de chêne, les chandeliers, les vases munis d'une rose immatérielle, les colonnes de faux marbre dont l'abaque se perdait dans la nuit poussiéreuse du plafond. »
Reste alors à réfléchir sur l'avenir d'un monde qui ne pourra subsister sans réapprendre la danse des temps primitifs. À travers Yvonne, il s'agit de dire la nécessité de recouvrer une part d'humanité, au‑delà des acquis du Programme. Elle qui connaîtra l'enfer de la rue et du viol y verra le signe inaltérable d'une remembrance des sensations féminines : « les poignets meurtris par les liens, le cou mordu, le ventre déchiré. Pour la première fois, je me savais, je me sentais, j'étais nue. »Au contact d'Andréas, qu'elle perdra puis retrouvera, elle connaîtra l'élévation suprême, le « douloureux plaisir d'aimer » qui fait de nous ce que nous sommes, avec nos faiblesses et notre fragilité, mais au‑delà de la froideur marmoréenne des machines.
Benoît Legemble, Matricule des Anges, février 2008.
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ALEXIS par PÉjU.
J’ai d’abord été intrigué par cette femme fatale, en robe fourreau, la cuisse provocante : une photo de couverture plutôt inattendue de la part des éditions José Corti. Le livre, perdu parmi les autres livres de la librairie où je flânais, m’en a paru d’autant plus énigmatique. Je me suis demandé qui pouvait bien être Robert Alexis, auteur de deux autres romans remarqués (La Robe ; La Véranda). J’avais lu quelque part que cet écrivain admire la discrétion, voire le sens du secret d’un B. Traven, l’auteur du Trésor de la Sierra Madre et du Vaisseau des morts. Ces deux prénoms étaient-ils un pseudonyme ? Qu’importe ! Car, avec Flowerbone, j’ai découvert un objet textuel vraiment insolite. Une histoire qui se dérobe à toute tentative de la résumer.
Affect. Cette fiction à la fois transparente et dense évoque une sorte de «cristal narratif» parfaitement ciselé. Sa transparence est due à la limpidité, à la subtilité de l’écriture ; à ce style singulier qui s’impose dès les premières lignes. «Sans hiérarchie, sans sexualité, ni rien qui puisse causer un obstacle, nous imitions les animaux pélagiques. A cinq ou six mètres sous la surface, d’un bord à l’autre des océans, les grands requins glissent nuit et jour dans l’eau tiède, en parfaite harmonie avec leur élément.»
Sa densité est moins due aux questions métaphysiques ou anthropologiques soulevées avec ironie et élégance qu’au nombre impressionnant des genres littéraires auxquels elle fait implicitement ou explicitement référence : science-fiction, roman noir, récit d’aventure, conte, mythe, et même, si l’on veut, carnet de voyage. Cent cinquante pages aériennes et denses qui sont autant de facettes de ce cristal.
De quoi s’agit-il ? En mettant en avant, d’entrée de jeu, comme le fait la quatrième de couverture, une histoire de cyborgs, de Grand Ordinateur organisant la posthumanité et se trouvant soudain confronté à une sorte de déficience de son propre système, on risque de mettre les lecteurs sur une fausse piste. En laissant supposer quelque élucubration futuriste, on donne une idée déformée mais surtout très réductrice de ce texte.
Le tout début du livre évoque bien un lointain futur puis la «déroute» de notre espèce (ou de ce qu’elle est devenue) : une crise de l’hyperrationalité déclenchée par la perte de tout affect et de toute sensation. Un ordre idéal paradoxalement «dérangé» par l’évacuation de ces minuscules chaos que sont les émotions, les attirances, bref… la sentimentalité humaine ! Il est bel et bien question d’un ordinateur ultraperformant qui comprend (ou plutôt qui calcule) qu’il faut organiser, d’urgence, une sorte de régénérescence salvatrice, en réapprenant aux cyborgs à sentir, à désirer, à aimer. Enfin, on assiste, dès les premières pages, à l’«éveil» lent et progressif d’un de ces cyborgs, asexué et insensible comme tous les cyborgs, à l’intérieur du corps d’une très belle femme des années 30, dans un hôtel sordide. «La pénombre creusait la profondeur de l’établissement déserté. Mieux que d’autres détails, certains chiffres arrachés sur les portes témoignaient de son abandon.»
Mais l’essentiel de ce roman est ailleurs : il tient moins aux faits évoqués, aux lieux décrits et aux péripéties qu’à un système particulièrement habile de basculements et de glissements narratifs. Instantanément, nous passons de l’hôtel fantomatique à un music-hall new-yorkais sur la scène duquel un étrange conférencier évoque les batailles aériennes de la Première Guerre mondiale. Puis l’héroïne découvre la vie quotidienne dans l’univers de la pègre américaine des années 30, avant de subir une punition sexuelle terrible, puis de se lier d’amitié avec une prostituée sur le retour, amoureuse d’un étonnant Irlandais. Et ce n’est que le début de toute une série de «saccades» romanesques qui nous entraînent, entre peur, surprise, amitié et amour, vers quelques bribes de mythologie égyptienne donnant la clef du titre. Ce qui est extraordinaire, c’est que les situations les plus absurdes ou les plus burlesques nous semblent naturelles et même pleines de charme.
Comme c’est le cas pour les grands livres, l’important n’est pas ce qui est raconté dans Flowerbone mais la «machine narrative» qui le fait fonctionner. Il est d’ailleurs lui-même cette singulière machine à raconter capable de nous emporter dans n’importe quelle direction, comme si le style très personnel de Robert Alexis permettait, à lui seul, qu’opère la magie du récit.
Son style ? Une langue d’une grande clarté, opérant par petites touches très évocatrices mais sachant préserver, dans le pli de certaines phrases, une dose variable d’énigme. Ce style m’a plongé dans une légère hypnose. Il m’a procuré une vague excitation, car il me rendait évidents les renversements de situation les plus audacieux. En lisant Flowerbone, je devenais ce cyborg perplexe qui cherche à se confondre avec le corps d’une aventurière de 22 ans nommée Yvonne Darnell. Mais c’était l’écriture, et l’écriture seule, qui m’offrait des perceptions inconnues, qui me confrontait à des sensations orphelines. C’est l’écriture qui suscitait toute cette variété sensorielle, sensible et parfois sensuelle. Or la fonction de la littérature n’est-elle pas précisément de nous procurer ce genre de plaisir, en nous installant mentalement par-delà le plausible et l’invraisemblable.
Exactitude.Cependant, les rebondissements et les coïncidences qui émaillent toute l’histoire de Flowerbone ne sont pas uniquement l’occasion d’un «exercice de style». Ils permettent bien sûr à l’écriture de se creuser ou de s’explorer elle-même, mais il ne s’agit jamais de pure virtuosité. Si ce court récit échappe à la gratuité, cela tient moins à sa problématique, initiale et finale, parodiquement messianique, qu’à son indéniable beauté. Beauté de la tonalité générale de ce roman. Beauté d’une voix ou d’une musique. Beauté inséparable de cette souveraineté joyeuse du narrateur. Beauté chromatique aussi, car cette fiction en noir et blanc, cette fiction en gris, brun et sépia, nous offre, par moments, les couleurs éclatantes de quelques courtes scènes pleines d’un charme nostalgique ou exotique.
Par exemple, lorsque leurs tribulations conduisent finalement les personnages, de New York au Kenya en passant par Madrid ou Le Caire, il nous semble partager avec eux la saveur unique de certains lieux que la langue de Robert Alexis sait faire exister en quelques mots, mais avec exactitude. A Madrid : «Un mélange de safran et de soies grillées panachait des arômes plus discrets, l’ocre des bâtiments, les oliviers, le sable des arènes de Las Ventas. On s’habillait de façon austère, les avenues étaient plus étroites, dans lesquelles s’engouffraient les femmes vêtues de noir…»
Au Caire : «Le khamsin, chargé de grains rouges et de peaux d’aloès, enveloppait les choses d’un linge délétère.»
Lorsque je l’ai refermé, ce roman singulier m’a semblé exiger une relecture. Mince, mais bien compact, il ressemblait à l’énigmatique vaisseau qui surgit aux premières lignes. Il filait toujours, plus loin, sans gravité, au-dessus des profondeurs, au-dessus de vastes obscurités.
Alexis par Péju, Le LIBÉ des écrivains, Libération, Pierre Péju, 13 mars 2007.
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Dans l’énigmatique notice biographique que Corti consacre à Robert Alexis, on apprend qu’il a été élève du philosophe François Dagognet et qu’il apprécie par-dessus tout la discrétion de B. Traven. Nous voilà prévenus : on a donc ici affaire à un auteur secret, exigeant.
Ses deux précédents romans, La Robe (2005) et La Véranda (2006), marquaient déjà par leur raffinement; délicieusement suranné et trouble. Avec Flowerbone, Alexis livre cette fois une curiosité SF fascinante. La thématique paraît très classique au premier abord : des cyborgs, contrôlés par une programme/ entité tout puissant, ont succédé à l’humanité. Mais la domination froide et rationnelle de la technique n’épuise pas la question de l’origine. Il faut tout reprendre depuis le début, c’est-à-dire repartir de la corporéité humaine : un cyborg se réincarne donc en une femme qui, dans le New York des années 1930, redécouvre les mystères de la chair, du désir et de l’amour.
Que les intégristes de la hard-science soient prévenus, nous voici dans le domaine de l’esthétisme le plus classieux et métaphorique : la trame science-fictionnelle est avant tout prétexte à une variation subtile, d’une rare élégance, autour d’une métaphysique de la sensualité. Résultat : un véritable bijou rétro-futuriste servi par une langue sublime, qui fait écho à L’Ève future de Villiers de L’Isle-Adam.
V.C., Chronic’art, Mars 2008
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« Un écrivain discret et intrigant »
C’est ainsi qu’Érik Fitoussi qualifie Robert Alexis, qui sort son troisième livre chez José Corti. Après La Robe et La Véranda, qui tous deux se déroulaient dans le monde finissant de l’Empire austro-hongrois, Robert Alexis change totalement de cadre. Et même d’univers, puisque Flowerbone débute dans l’habita cle d’une soucoupe volante…
Mais attention, prévient Érik Fitoussi, grand admirateur de la sensibilité et de l’écriture d’Alexis depuis ses débuts, « ceci n’est pas de la science-fiction ». Et pourtant… Un cyborg qui s’incarne dans le corps d’une femme afin d’avoir accès à l’irrationalité de l’espèce humaine, ce n’est pas forcément à cela que l’on s’attendait de la part d’un écrivain « qui se distingue par la qualité de son écriture très travaillée et un aspect volontairement désuet, loin de la production contemporaine. Le corps, la chair, l’identité sexuelle, la puissance des sens et des sentiments, tous les thèmes chers à Alexis sont pourtant bel et bien là, magnifiquement traités. »
Et le libraire lyonnais de conclure : « Robert Alexis est assurément un écrivain hors-norme ».
Livre & lire, mensuel du livre en Rhône-Alpes, n° 230 mars 2008
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Écrivain toujours aussi discret, Robert Alexis poursuit tranquillement son oeuvre et c’est toujours avec le même ravissement que nous le lisons. Après La Robe en 2006 et La Véranda l’année dernière, Flowerbone devrait à coup sûr dérouter le public, mais également l’envoûter.
Flowerbone, c’est la volonté d’une retour aux fondements de l’humanité dans un monde où les cyborgs ont remplacé les humains. Une Ève et un Adam nouveaux, choisis dans l’histoire pour leurs qualités par V. Dee, le Grand Ordinateur, vont redonner aux hommes la place qui fut la leur, pour, peut-être, offrir une nouvelle chance à cette espèce. En apportant une âme à des corps de cyborgs, Adam et Ève vont parvenir à recréer, après un temps de violence, l’amitié puis l’amour. Fable prophétique, Flowerbone est un roman ingénieux sur l’exploration des sentiments, que maîtrise d’un bout à l’autre V. Dee, un nouveau Big Brother, jouant avec le vivant jusqu’à ce qu’un élément lui échappe.
Page, Julie Labat, janvier-février 2008
Il est assez étrange d’entrer dans un roman, dans une histoire, du mystérieux Robert Alexis. Parce que s’il cultive le mystère entourant sa personne (on ne sait que deux trois choses qu’il a bien voulu dire à son éditeur José Corti et qu’il a écrit trois romans, dont les deux premiers ont pour titre, La robe et La véranda), les ambiances qu’il installe, les sujets qu’il aborde et les personnages qu’il met en scène sont tout autant troublants. Son écriture et son style ont un goût suranné qui peut parfois déranger mais se révèlent envoûtants à la lecture. On y décèle les senteurs et le charme désuet des grands empires, une noblesse d’âme héritée dont ne sait quelle lignée.
(...).
De New York jusqu’au Kenya, de la civilisation moderne à l’Afrique sauvage et originelle, Robert Alexis nous berce de son écriture enchanteresse qui agît sur nous comme un sortilège. Une vision pessimiste, à moins que ce ne soit juste de la lucidité, de l’avenir et de l’homme mais qui sait, grâce à la littérature, nous faire garder une once d’espoir.
Gabriel
M’Lire - Laval, le 21 février 2008, [Article complet sur : Groupement Initiales]
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L’imaginaire fertile de Robert Alexis épate toujours et ravit encore. Voici qu’il nous convie à un curieux voyage cybernétique ! Le programme V. Dee a mis au point des cyborgs qui ont succédé aux hommes. Après de multiples incarnations, Yvonne Darnell, 22 ans, née en 1913, célibataire sans enfants, est dotée d’une silhouette harmonieuse aux formes aguichantes. Son corps robotisé plein de charme, qui ne connaît pas les délices de la chair, forme la base d’une conscience aliénée mais féconde. Elle apparaît dans un monde inconnu et dangereux, et doit agir en femina sapiens car une mystérieuse connaissance semble guider ses choix. Elle écoute, au Globe Theater de Manhattan, Andreas, un cyborg qui refuse les limites corporelles, un as de l’aviation, héros mort en 1917. Après de multiples péripéties où elle se frotte voluptueusement à la montée du désir et à ses côtés obscurs - subissant enlèvement, prostitution, mais découvrant aussi l’amitié et l’amour - elle partira, unie à Andreas, vers de lointaines contrées africaines. Ils seront baptisés Flower et Bone par de petits vendeurs de journaux dégustant des loukoums au Caire et donneront vie au Kenya à un enfant face auquel le programme sera totalement désemparé. Flowerbone, une version moderne d’Adam et Ève…
L’énigme des origines et de l’univers n’en finit pas de faire couler de l’encre. Toutes les questions restent ouvertes et la littérature y puise un matériau riche et dense pour tenter d'élucider cet extraordinaire besoin à vouloir cerner une raison universelle qui n’existe probablement pas pour comprendre à quel moment le monde a fait fausse route. Que pèse le choix des apparences dans un univers poussé par le désir, cette route marquée d’étapes fébriles, de brusques reprises, liant deux pôles embrasés par une foudre irrésistible ? Comment vivre un sentiment de plénitude entre proie et prédateur ? Est-il sage de vouloir surfer sur des frontières instables, d’équilibrer nos actes provisoires se situant à la confluence d’antagonismes ? Ne vaut-il pas mieux vivre une thébaïde sentimentale puisque « les illusions de la beauté finissent au bord géométrique de leur contenant » plutôt que de vouloir changer l’humanité ? Ne serait-il point avantageux de revenir sur l’idée d’une créature imprécise habitée simplement d’un cœur, d’intuitions, de sensibilité ? Robert Alexis a déjà évoqué avec finesse la transgression des limites, le voyage hors du temps et la flânerie mélancolique dans La Véranda ; la perversion du désir, la notion de double et la fuite pour renaître dans La Robe. Il se penche encore sur ces thèmes aujourd’hui par le biais d’une histoire affriolante et inquiétante, réunissant questionnements et doutes au centre de fonctions sensibles, de l’idée que l’on se fait du passé et de l’avenir, d’un monde globalisé et systématisé qui, coupé de ses sens élémentaires, court à sa perte. L’auteur explore intelligemment la cénesthésie, les troubles du désir, la confusion des temps et des sentiments dans un univers étrange, mystérieux et troublant, remarquablement mis en lumière par une langue léchée, précise et érudite qui demande concentration et ouverture pour en savourer pleinement la profondeur et l’ombre portée. À la fois roman d’anticipation et roman des origines, Flowerbone est un très beau conte des temps modernes servi par une plume élégante et châtiée. Robert Alexis n’en finit pas de séduire par l'originalité, la singulière gravité de ses thèmes et la force de son style unique. Le choix de l’illustration de couverture - Joan Bennett dans Rue Rouge du viennois Fritz Lang - est aussi un clin d’œil délicieux à une sphère cinématographique des années quarante, dans des tons noirs et vert de gris. Flowerbone est vraiment un ouvrage séduisant.Pascale Arguedas, du site Calou

 
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