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| Caroline Sagot Duvauroux, Aa, journal d'un poème éditions Corti, 2007. "Aa Deuxième mot du Robert. À, c’est d’abord Aa 1, symbole alchimique de l’amalgame, origine grecque 2, symbole de la juste pesée des mélanges, pas d’origine. Sûr, le partage ! 3, le miracle Hawaïen : coulée de lave rugueuse à scories Mais en vieux germain Aa c’est l’eau du fleuve Dans tout le Bateau Ivre, il n’y a a que deux fois. Le motif c’est toujours embarquer. Caroline Sagot Duvauroux publie son cinquième volume chez Corti après Hourvari dans la lette, Atatao, Vol-ce-l'est et Köszönöm. Elle publie également chez Les Ennemis de paterne Berrichon. Beaucoup d’entre nous cherchions à cimenter quelques fragments pour cracher l’oeuvre magistrale / Le livre à venir l’impossible le beau / Question vitesse de fragmentation pas de problème / Magistrale / Pérenne / À venir / Creuse ton crâne pauvre Yorrick / Sirote ton humanité Mais la littérature ! Entrer là / Planquer sous les mots fouettés jusqu’à la lymphe / Pressés comme des furoncles / Sans le ciel délivré / Les outils des géomètres le compas la poudre bleue la patience et l’arpentage de l’apprentissage / La barque avant pulvérisation par abordage / Langue ouvre-toi qu’ouvrir claironne c’est pour toi / On risque l’oeil à peine hors la paupière jusqu’au mur de poussière / On rengaine / Instinctif / Dans la voix piaule une prière L’ALCHIMIE DU VERBE, Richard Blin, Le Matricule des Anges, n° 89 Avec Caroline Sagot Duvauroux la poésie n’est pas un long fleuve tranquille. Un cinquième livre écrit à la folle allure de ses dérives dans le sillage d’Héraclite. À l’extrême bord de l’être comme de la langue, la lumière aveugle et tend à effacer toute pensée. C’est une manière de fièvre blanche qui a des splendeurs d’éclipse et des relents d’échouage. Comment sortir alors de cette forme d’exil dans le blanc de la langue, redonner un ciel à ce qui a faim de naître ? C’est cette expérience que nous fait vivre Caroline Sagot Duvauroux. Avec l’obscur pour boussole, l’immémorial pour horizon et le vent de la mer grecque pour « outil syntaxique », elle nous embarque avec elle sur les radeaux d’Héraclite, ce philosophe d’Éphèse (540‑480 av. J.‑C.) qui a accompli « dans l’inachèvement ce que les postes ont tenté par la suite », et dont ne subsiste plus aujourd’hui que quelques fragments où se devine une sagesse qui faisait du monde une unité dépendant d’un équilibre entre forces opposées tout changement dans une direction amenant des changements dans l’autre. Navigation hasardeuse entre les sirènes du désir, l’appel des forêts et l’omniprésence du feu du ciel sur l’eau‑mère de tous les débuts. Dans cette arène aux dimensions du monde, l’objectif est de rendre organiquement perceptible le passage du rien au il y a. Processus qui suppose quelque chose comme le décryptage du morse de la pensée, ses errements, ses affleurements, son « effritement scintillant ». « Penser ne peut pas écrire en mots je me disais car les mots tuent ce qu’ils ne disent pas et penser veut aussi ce qui ne se dit pas ». D’où l’inconvenance et la force subversive d’une parole roulant sa syntaxe affolée et sa générosité euphonique, dans un état d’alerte constant. « Si penser écrivait serait en langue d’Héraclite exilée dans la pensée de Lao Tseu bougé par Bruce Lee difficile d’ailleurs c’est un peu ce qu’il fait Héraclite et c’est difficile à comprendre et à pratiquer une souplesse affolante de langue saisie dans la torsion ça prend avant que tu aies mis ton grain de sel... » Un mélange très personnel d’intuition, de possession, de passion. Un discours scandé par le point haut des Grecs, un texte qui arpente, digresse, ne cherche surtout pas à réduire la réalité ou la pensée à quelques intellections, mais tient à reproduire leur désordre, leur complexité, leurs rythmes de surface comme leurs pulsations profondes. Une soufflerie malaxant démesure et désordre dans une ivresse de savoir hésitant entre le jubilatoire, le désespérant et l’amoureux saisissement en face de la beauté et de la violence du monde. Un univers où « l’autre côté d’un des côtés de l’énigme / peut être l’évidence », et où « Dérision et Misère homogigotent dans les bras fertiles de la nuit ». Ce qui s’articule alors, entre la quotidienneté du vivre la lessive à faire, les amis, les lectures, les nouvelles du monde , les manigances d’Hypnos et de Thanatos et l’absolu des intuitions d’Héraclite, est une présence singulière au monde, une façon de rendre le poème à l’alphabet, de désorienter la pensée et d’inquiéter le sens. « Toute parole est‑elle oraculaire avant d’être sensée ? » Et Caroline Sagot Duvauroux de fouiller dans l’énigmatique, le non‑dit, l’indéfini. À la jointure du crime et du pardon comme à celle du jour et de la nuit, elle enfonce sa lame et sa lampe, en quête de secrets qui rendent faibles et forts à la fois. « Sans espérer nous n’atteindrons pas l’inespéré ». Avec des mots d’ici, des mots d’ailleurs, de mots qu’elle séduit, détourne ou réduit à merci, c’est la puissance de création de la poésie qu’elle célèbre. Sa capacité à arpenter ce qui se dérobe, à donner voix au perpétuel désir de métamorphose de la langue, et à cette part d’oracle qui, en toute parole, signe le frémissement d’un passage ou appelle à regarder vers d’autres horizons. Carnet intime ou boîte à outils de Caroline Sagot-Duvauroux ? Ou, sait-on jamais, les paroles non décodées d’une grande pythie, dont les énigmes nous empêchent de trouver le sommeil ? Suffirait-il de suivre le chemin d’Héraclite à Bruce Lee, de la clairière présocratique aux signes et mots cryptés, pour nous lover dans le sillage d’un livre que la seule présence suffit à occuper le temps et l’espace d’une île déserte : Dans toute parole, une part oraculaire ne dit pas, ne cache pas, fait signe. En se dévoilant, si peu dans Aa, Caroline Sagot-Duvauroux semble mieux nous connaître que nous nous connaissons nous-même. Où elle rejoint l’éphésien, l’obscur, nous en sommes toujours à nous poser la question de Hölderlin, wozu, et de répondre ce qu’elle nous souffle en catimini ; l’énigme (est) réponse autant qu’un pissenlit. L’ultime page de ce livre inépuisable nous montre un merveilleux bateau de papier plié voguant sur la mer des lettres et des mots. Ce journal d’un poème est une œuvre en soi, à ne pas vouloir « matérialiser » à tout prix : les mots sans l’interprétation sautaient en lice et c’était bien juteux bien allant, comme dit Lacan ça parlait ça jouissait ça savait rien. Il n’y a pas d’énigme, il n’y a que des questions émues et la foudre d’Héraclite et notre fabuleux Moby Dick, que je devine luttant au gué de Yabboq : Jacob y perd son nom, y gagne boiterie. (personnage surnuméraire, Moby Dick surgit, abusivement dans l’impossible récit de Caroline Sagot-Duvauroux. Qu’elle me pardonne ce sacrilège). J’ai lu à hue et dia ce carnet de bord, il me faudra le restant de mes jours, seul sur une île déserte, pour donner une suite sérieuse à une œuvre qui n’en finira jamais de finir et de m’interpeller : ///////////////////////////////////////////////////////c’était un soir //// // je rêvais fut un soir la forêt /// / /////// / / ////// /////// / / /// / / Quel plaisir de voyager avec Caroline Sagot-Duvauroux, de faire halte dans son monde de cailloux, fragments, éclats, bizarreries, monde parsemé de signes et points, comme pour attirer notre attention, mais sur quoi : « Marcel Broodthaers, plâtrait les derniers / exemplaires de Pense-Bête où nichait son poème / la moule, tiens tiens des livres dans du plâtre / se disait-on personne n’était curieux / du texte enfoui on achetait / le moule à valeur ajoutée d’art le poème offert / s’était dissout dans le marché » Enfin tout nous semble si clair, si transparent. Gaspard Hons, Le Mensuel littéraire et poétique n° 358
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![]() Caroline Sagot Duvauroux, Aa, Corti, 2007 224 pages 978-2-7143-0958-7 17 Euros |
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