Paul Celan, Poèmes, traduits et présentés par John E. Jackson,
     suivis d'un essai sur la poésie de Paul Celan.
     éditions Corti, 2004, .



    La place de Paul Celan en France aujourd’hui n’a rien de commun avec celle qui était la sienne à sa mort en 1970. Pourtant, malgré l’existence de traductions de plus en plus nombreuses, il m’a semblé qu’un peu à la manière de ce qui se passait pour Hölderlin, le nom de Celan, ou si l’on préfère l’aura qui entoure ce nom tendait à prendre la place d’une connaissance plus précise de sa poésie.
     C’est pourquoi, outre un choix de textes assez large, j’ai voulu cette fois offrir au lecteur une documentation suffisante pour qu’il puisse comprendre le contexte dans lequel cette œuvre a vu le jour.
     De Czernowitz à Paris en passant par Vienne, de l’amour pour l’allemand transmis par la mère à la réappropriation juive de cette langue, devenue entre-temps la langue de ses bourreaux, les poèmes de Celan retracent le chemin de l’une des œuvres poétiques majeures de l’après-guerre en Europe.
      John E. Jackson 


   
    De Paul Celan aux éditions Corti : La Rose de personne.
    Né à Czernowitz (en Bucovine, province actuelle de l’Ukraine), sa vie et son œuvre sont à jamais marquées par la persécution des Juifs : ses parents meurent dans un camp nazi, il est lui-même l’un des survivants d’un camp en Moldavie. Il épouse Gisèle de Lestrange, graveur, en 1952 et enseigne à partir de 1959 la littérature allemande à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Il se donne la mort à 50 ans en 1970 en se jetant dans la Seine.
  





     MATIERE DE BRETAGNE

Lumière de genêt, jaune, les pentes
suppurent vers le ciel, l'épine
courtise la plaie, cela
sonne là-dedans, c'est le soir, le néant
roule ses mers à la prière,
la voile de sang fait route vers toi.

Sec, envasé,
le lit derrière toi, enjonque
son heure, en haut,
près de l'étoile, les ruisselets
laiteux babillent dans la boue, datte de pierre
en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu,
un arbrisseau d'éphémère, superbe,
salue ta mémoire.

(Me connaissiez-vous,
mains ? J'allai
le chemin fourchu que vous marquiez, ma
bouche crachait ses galets, j'allai,
mon temps, surplomb neigeux en marche,
jetait son ombre – me connaissez-vous ?)

Mains, la plaie
courtisée par l'épine, cela sonne,
mains, le néant, ses mers,
mains, dans la lumière de genêt, la
voile de sang
fait route vers toi.




     Pour aborder ou appronfondir l'œuvre aussi essentielle que difficile de Paul Celan, il est utile de disposer de guides critiques avisés. La question de la langue – cet allemand revisité, repensé et reconstruit par le poète – ne faisait évidemment qu'accroître la difficulté. John E. Jackson a commencé son travail sur Celan au début des années 1970, après le suicide de l'écrivain. Il rassemble ici un choix de poèmes tirés des différents recuils. Deux études très éclairantes et informées (notamment par les travaux en Allemange sur Celan) accompagnent cette anthologie.
     Patrick Kéchichian, Le Monde, 26 mars 2004.

     Au classement par livres (...) s'ajoute au volume le fameux Discours de Brême ainsi que deux études de John E. Jackson, toutes deux remarquables, dont celle sobrement titrée "Paul Celan, 1920-1970", relatant les principaux événements de la vie du poète, sa volonté de "redresser" par la poésie la langue allemande, langue des crimes nazis, et d'y créer une "contre-langue allemande" face à l'avènement de l'après-Auschwitz. D'abord publiées en 1972 dans la Revue de Belles Lettres, puis reprises chez Unes, ces traductions ont été à nouveau révisées pour cette édition. Désormais de référence.
     Emmanuel Laugier, Le Matricule des Anges N°53.

     Un article en ligne de Jean-Marie Barnaud, Remue.net


















Paul Celan,
Poèmes,
Corti, 2004
248 pages
ISBN : 2-7143-0847-3
20 €