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Pasteur Ephraïm Magnus : une pièce de théâtre de Hans Henny Jahnn.
La lecture puis la mise en scène de Pasteur Ephraim Magnus suscitèrent, à travers toute l'Allemagne, une véritable polémique. "Le public fut stupéfait, révolté, des batailles s'ensuivirent", écrit Hans Erich Nossack, ami de Jahnn et l'un des rares à l'avoir soutenu, "et la critique quotidienne contribua, aussi bien par son manque de proportions habituel que par ses grossièretés hargneuses, à donner à Jahnn le cachet de l'auteur dévoyé, perverti, se vautrant dans la fange, auteur que le grand public n'avait point à tolérer."
Mais comment imaginer que ce théâtre profondément tragique fût destiné au grand public ? - et particulièrement cette première pièce dont Alfred Döblin disait, en 1923, que rien de plus fort, de plus vécu, à part les uvres de Strinberg, n'avait été formulé sur la scène contemporaine : "On ne peut comprendre Jahnn à partir d'un système dogmatique", écrivait encore H.E. Nossack. "Jahnn est le poète de cette réalité disharmonieuse. Il est le plus grand, peut-être le seul réaliste de cette époque. A ne pas confondre avec ceux qui se nomment réalistes et ne sont que des chronigueurs de l'actualité. Or rien n'est plus irréel que l'actuel, ni plus stérile, ni plus vénal." Car il ne semble pas que l'ambition de Jahnn ait été simplement de choquer un public bourgeois qu'auraient déconcerté sa franchise et ses audaces : "Jahnn a (...) atteint des strates qui n'avaient jamais auparavant trouvé leur expression imagée, verbale, dans la littérature allemande", ajoutait à son sujet Peter Huchel en 1960. "(...) Et il faut remonter aux anciens Egyptiens et Grecs pour trouver une telle conception mythique de la nature", et de l'homme dans l'Univers.
La pièce débute par un des plus grands monologues de la littérature dramatique selon Brecht : les lamentations désespérées du vieux Magnus, moribond. Hantés par cette mort, ses trois enfants, Jakob, Ephraim et Johanna entreprennent une quête frénétique, recherche d'un absolu et d'un sens de la vie, provoquant Dieu et les conventions sociales. L'un des frères se lance dans une jouissance effrénée, jusque dans le sadisme sanguinaire. L'autre dans une ascèse allant jusqu'à la castration, la mise en croix. Les thèmes principaux de cette pièce, écrite en 1919 par un très jeune homme sont l'horreur fascinante de la souffrance, la décomposition, la mort et les affres de la chair, éros et sexe, ressenties avec une acuité impitoyable qui fait songer à Georges Bataille et à Artaud.

Tu ne me comprends pas ? Devrais-je rire ou même prier et chanter des louanges ? - Mon corps se gonfle comme du cidre qui fermente. Couche après couche, les souffrances l'enveloppent, la peau est polie et vitreuse sous la tension. Et le commence à pourrir par le bas
Imagine, on se décompose tout en vivant - on est comme un cadavre en putréfaction et on vit ! Avec ses sentiments, on est logé dans cette chair rongée par la moisissure du cadavre. - Pourquoi ne comprends-tu rien ? Pourquoi m'apportes-tu ce déjeuner ? - Veux-tu engraisser la décomposition en moi ? Dois-je éclater de souffrances et d'excréments ?
Pourquoi ne crois-tu pas que le jour et le soleil me bafouent ? - Il y a un savoir qui porte en lui l'acte et le devenir. En vérité, si je devais subir cela sans en connaître le sens, je ferais s'écrouler le ciel - je forgerais, de mes poings, des anneaux pour y enchaîner l'enfer tout entier et le projeter contre cette éternité pleine de calme et de morgue. Oh, oh, oh - je te le dis, nous sommes abandonnés depuis que ni Dieu ni le diable ne nous approchent plus. Si seulement nous avions une pincée d'enfer Mais nous n'avons point d'âme que se disputent Dieu et le diable, ainsi, on ne nous a rien donné, rien - rien du tout ! Nous leur sommes indifférents, nous sommes des fumiers, pourrissant en eux, par eux-mêmes - des fosses à purin, des poches de pus en nous et sur nous-mêmes !

La pièce Pasteur Ephraïm Magnus (1919) est la quête désespérée dun moribond qui lance des imprécations contre les conventions sociales ou Dieu, avec un irrésistible attrait pour la morbidité, la souffrance, les avatars de lamour, ses affres, lobsédante idée de la décomposition des corps. On comprend que pareille création fascinait Brecht, qui remania luvre pour la scène.
Claude-Henry du Bord, Etudes, décembre 1994
La parution de sa première de théâtre.... provoqua un scandale. "Le public fut stupéfait, révolté, des batailles sensuivirent", écrit son ami Hans Erich Nossack. Il y eu tout de même dautres réactions. Celle dAlfred Döblin disant que rien de plus fort, à part les uvres de Strindberg, navait été formulé sur la scène contemporaine. Celle du poète Oskar Loerke qui lui fit attribuer le prix Kleist, la plus haute distinction littéraire de lépoque. Celle de Brecht, qui décida avec Bronnen de monter en 1923 à Berlin une version abrégée de la pièce.
Gérard Meudal, Libération, 4 novembre 1993
Pasteur Ephraïm Magnus est un mystère blasphématoire auprès duquel pâlissent les drames de Strindberg et de Wedekind. LAllemagne suffoqua dhorreur. Il y avait de quoi.
La pièce commence par le plus long et le plus désespéré des monologues dramatiques ; il est fait par le vieux Magnus sur son lit de mort. Ses trois enfants, épouvantés, décident de chercher le sens de la vie en provoquant Dieu et la société.
Marcel Schneider, le Figaro Littéraire, 12 novembre 1993

 
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