Sebastian Brant, La Nef des fous
     éditions Corti. Première édition 1997.
     Réédition en poche collection

     Ce poème satirique eut un retentissement considérable dès sa parution durant la période de transition entre le Moyen âge et l’âge moderne : c’est en quelque sorte une encyclopédie des connaissances, des disciplines morales, de l’ensemble des classes sociales.
     Chaque chapitre atteint à un caractère universel et éternel en caricaturant un vice humain représenté par un fou. Tout le monde est embarqué sur le navire (clergé, noblesse, roture, magistrature, université, négoce, paysans, cuisiniers), et l’auteur ne s’oublie pas en se dépeignant dès l’ouverture comme un fou bibliomane, qui accumule les traités de sagesse sans pour autant devenir plus sage.
     Ce fut aussi une date dans l’histoire du livre, car A. Dürer, notamment, créa la majorité des planches pleines de verve qui illustrent chaque chapitre.
     Ce catalogue des folies du monde, répertoire quasi exhaustif des péchés, erreurs et travers où se fourvoie l’humanité, n’a malheureusement rien perdu de son actualité ; il suffit pour s’en convaincre de feuilleter au hasard et de choisir dans la table des matières : "des livres inutiles, de la cupidité, de la galanterie, de goinfrerie et beuverie, de tout remettre au lendemain, de la luxure, de l’envie et de la haine, de la fin des empires, de nier qu’on est fou, du jeu, des fraudeurs et frelateurs."


     Dans La Nef des Fous, le Moyen åge délivre ses trésors et autres délices.
     Paru à Bâle en 1494 un jour de carnaval, ce long poème écrit en allemand devint l’œuvre la plus lue d’Europe. Sa gouaille qui caricature les travers et les illusions des hommes touche encore juste.
Dans ce livre l’humanité est embarquée sur un navire, toutes classes sociales confondues. Nobles, roturiers, négociants, paysans, cuisiniers, magistrats, gens de robe et d’épée, tout le monde est du même voyage, qui est celui de la vie. L’auteur lui-même y figure en fou bibliomane accumulant les traités de sagesse sans pour autant devenir sage.
     Très moral le propos pourrait paraître fastidieux. Mais c’est compter sans la verve et la causticité de ce texte dont l’ironie pourrait s’appliquer à bien des situations actuelles. Ce catalogue des folies du monde, c’est encore pour une large part le nôtre.”
      Alain Favarger, La Liberté


     C’est une succession de poèmes de longueur variable consacrés aux vices de la société moderne, aux corporations ou aux voies d’égarement qui menacent tout homme de raison. D’ailleurs, la raison n’a pas vraiment de place dans cette poésie moqueuse : la folie est en toute chose, des “modes nouvelles” aux “vœux importuns” en passant par l’ingratitude ou les mauvaises femmes.
     La Nef des fous a des allures de catalogue des tares humaines (une des raisons de son succès) : on ne se lasse pas de cette parade ridiculisant tout un chacun. Cette vaste farce, proche de Rabelais, réutilise à sa sauce les mythes et les légendes ou les récits de La Bible pour rappeler l’éternité ridicule du genre humain. L’ouvrage n’est cependant pas sans intention morale mais ne trouve pas caution pour autant auprès des religieux.
     Marc Blanchet, Le Matricule des Anges


     Il s’agit d’une sorte de catalogue des folies dont les hommes sont capables. Chacun des cent douze chapitres caricature un vice humain représenté par un fou ; aucun groupe social n’échappe à la satire véhémente de Brant, qui conjugue sur tous les tons, ici lyrique, là épique, tantôt élégiaque, tantôt fantastique, les travers du clergé, de la noblesse, de la roture, de la magistrature, sans oublier les universitaires, les négociants, les paysans et les cuisiniers ! Nous sommes entre deux époques à la frontière du Moyen âge et de la Renaissance.
     Le Réveil Normand


     Le défaut du fou n’est pas tant sa folie, c’est-à-dire son péché, que son obstination à ne pas vouloir se reconnaître fou, autrement dit pêcheur. L’ensemble des cent treize chapitres obéit au même principe de composition : un exergue sous forme de tercet précède le chapitre, une gravure illustre et interprète l’argumentation qui prend souvent la forme d’une compilation dont les exemples sont empruntés à la Bible et la littérature antique profane.
      Choisir




  

traduit par
N. Taubes
postface de
Claude Gaignebet

Première éditions en GF
1997, épuisée.

2004, poche