Judas Iscariote et dix autres nouvelles
de Léonid Andreïev,



     
Léonid Andreïev, Judas Iscariote, José Corti.

   
 Les récits proposés dans ce troisième tome des œuvres de prose de Léonid Andreïev marquent l'apogée de sa gloire et de son talent. Datés de 1906 à 1908, ils traduisent les angoisses et les obsessions d'un homme ébranlé par deux tragédies : la tragédie nationale que représentent l'échec de la révolution de 1905, porteuse de tant d'espoir pour l'intelligentsia russe, ainsi que les sanglantes répressions qui s'en suivirent, et une tragédie personnelle : la morts de sa femme bien-aimée lors d'un voyage en Occident.
     Devenu un auteur célèbre, Andreïev va désormais délaisser de plus en plus les récits courts et réalistes pour se consacrer d'une part au théâtre, et d'autre part, à de longues nouvelles, parfois presque de petits romans, qui développent et illustrent toujours les thèmes qui lui sont chers : le terrorisme et les idéaux de la révolution confrontés à la réalité de la nature humaine (entre autres dans Les ténèbres, qui lui vaudra en partie sa rupture avec Gorki) ; l'angoisse face à la mort, dans Lazare, et dans celui de ses récits qui reste sans doute le plus célèbre en Russie, Histoire des sept pendus ; la traîtrise, dans Judas Iscariote ; la solitude de l'homme moderne dans l'enfer des villes et face à l'absurdité de l'existence (La Malédiction de le Bête et Mes carnets).
Bref, le lecteur retrouvera ici, une fois de plus, cet écrivain tourmenté et attachant qui a su pressentir avec acuité les inquiétaudes et le désarroi d'un monde déjà secoué par les forces qui allaient se déchaîner au cours du XXe siècle.
     (Sophie Benech)



     

    Ce volume contient :

Les Chrétiens

Lazare
Judas Iscariote
Les Ténèbres
Extrait d'un récit qui ne sera jamais achevé
Le Géant
Ivan Ivanovitch
La Malédiction de la Bête
Histoire des sept pendus
Mes Carnets
Le Fils de l'homme

     À l'époque où il conçut les nouvelles de ce recueil, (...) Andreïev semblait être sorti du solipsisme fiévreux qui avait atteint son point culminant dans La Pensée, confession d'un homme qui simule la folie jusqu'à en être victime. Encore ébranlé par les souvenirs de la révolution, Andreïev rend hommage aux anarchistes dans deux nouvelles. Mais ses préoccupations religieuses l'amènent aussi à revisiter la figure de Lazare et à réécrire l'Evangile du point de vue du traître.
     Lazare ressuscité et devenu obèse répand autour de lui ce que Blok appelle un « effroi rauque et mortel ». Son regard, pareil à celui de la Méduse, inspire aux hommes l'angoisse et le dégoût de vivre. dans Judas Iscariote, le « rouquin de Judée si laid, enfanté parmi les pierres », trahit le Christ par amour, selon le même motif paradoxal que prêta Milton à Dalila quand elle livra Samson aux philistins.
     Dans ces pages arrachées du livre de Satan, la nouvelle la plus frappante est Histoire des sept pendus. Elle est dédiée à Tolstoï dont un texte, écrit en 1906, Le Divin et l'Humain, aborde le même thème : la pendaison d'un révolutionnaire. Chez Andreïev, ce sont cinq anarchistes qu'on mène, telle une figure christique collective, à la potence avec deux criminels de droit commun, deux larrons. Nous assistons à leurs débats intérieurs et nous partageons avec eux l'angoisse face à la mort. Car la peur, ce démon mesquin, n'épargne pas les héros.
    
 Linda Lê, Le Monde des Livres, 8 juin 2000.

     Admirateur de 20.000 lieues sous les mers, et de l’œuvre d’Edgar Poe, contemporain de Gorki, qui fit publier son premier recueil de nouvelles, Leonid Andreïev demeure l’un des écrivains russes les plus controversés du début du XXe siècle. Des récits écrit entre 1906 et 1909, trempés dans les souvenirs de la révolution russe. La plupart s’attachent à la figure de Lazare, ainsi qu’à réécrire l’évangile du point de vue du traître. Des nouvelles hantées par la mort, la perversion et la déchéance, mais aussi par une puissante passion de vivre tournée toute entière vers le sort des plus faibles, où l’étrange se délecte dans le tragique.
     
Les Chroniques d’ailleurs, n° 26, Jean-Luc Triolo

     Les onze récits proposés dans ce troisième tome... traduisent les angoisses et les obsessions d’un homme ébranlé par deux tragédies. L’échec de la révolution de 1905, porteuse de tant d’espoir pour l’intelligentsia russe, et la mort de son épouse qu’il adore. L.A. délaisse de plus en plus les récits courts et réalistes pour se consacrer à de longues nouvelles...Inspiré par des faits réels, le récit est issu de cette réflexion permanente sur la mort et le néant... L’état psychologique des condamnés, le comportement d’êtres de mentalité, d’idéologie et d’origine sociale différentes intéressent davantage l’auteur que la «cause» politique elle-même. Dans la nouvelle la plus importante, «Judas Iscariote», L. Andreïev donne libre court à sa conception tragique de la vie et du monde. Judas est un personnage étrange, dont l’âme est déchirée par un conflit sans issue : il désire être aimé et admiré et passer pour un homme supérieur aux autres, alors qu’il est laid, méchant, cupide, perfide et méprisant... L. Andreïev essaie d’expliquer Judas par son ambition et son orgueil démesurés. Pour lui c’est l’incarnation de Satan.
     Personnalité complexe et paradoxale, rebelle à tout embrigadement, à la foi proche du mouvement révolutionnaire russe et profondément sceptique et désenchanté, L.A. est un précurseur de l’expressionnisme et de l’existentialisme. Il faut rendre hommage à la subtile et remarquable traduction de Sophie Benech.
     
Bulletin critique du livre en français, janvier 2001






Anna Andreyeva,
© Heirs of Vadim & Valentin Andreïev.





Traduit par
Sophie Benech


Édition originale en GF,
épuisée



Réédition en poche
Collection


512 pages
13 €

2-7143-0877-6