Leonid Andreïev (Andreyev), Le Gouffre et 35 autres récits,
éditions José Corti


     
Mieux que quiconque, Andreïev a su incarner rente à la fin d'une époque, et prévoir l'avènement d'un temps barbare.
     Profondément marqué par Schopenhauer, Dostoïevski et Nietzsche, Andreïev est hanté par des thèmes récurrents : l'oppression des villes, l'absurdité d'un monde sans Dieu, la folie, le désespoir, la solitude de l'homme confronté au néant, au gouffre de ténèbres qui le guette de l'intérieur et le menace, alentour. Constat lucide où la précision du trait n'exclut pas le regard poétique et même tendre qu'il pose sur ses personnages et leur environnement dans une nature dépeinte avec sensualité. Andreïev connaît l'âme, ses idéaux et ses entraves et s'il s'inspire, dans ses premiers récits, d'expériences vécues, ses personnages et leur vie quotidienne intéressent tout autant qu'ils percutent par une sorte d'exotisme de proximité.
     Si Léonid Andreïev n'est pas un inconnu pour le public français – certains de ses récits comme La Pensée, Le Mensonge, Le Rire rouge ou Le Gouverneur, ont pu être redécouverts récemment grâce à quelques éditeurs, après la longue période d'oubli – la publication, par ordre chronologique de la totalité de ses récits dans une nouvelle traduction n'ont d'autre finalité que de montrer l'incroyable constance d'un auteur dont chaque histoire renouvelle le sentiment qu'on vient de trouver la meilleure.





     
Ce volume contient :

Bargamot et Garaska
Aliocha l'idiot
La plaidoirie
Tiré de la vie du capitaine en second Kabloukov
Ce que vit le choucas
Les jeunes
À Sabourovo
À la fenêtre
Valia
L'ami
Pietka à la campagne
Le grand chelem
Le petit ange
Sur la rivière
La fête
La vie est belle pour les ressuscités
Le silence
En passant
Les premiers honoraires
Histoire de Sergueï Pétrovitch
Dans les lointains obscurs
Le rire
Le mensonge
C'était
Le cadeau
la Mordeuse
l'Étranger
Le mur
Un fait-divers
Le tocsin
Dans un sous-sol
Le livre
Le gouffre
Au printemps
La ville




     L'effroi est persistant dans les récits que proposent les éditions José Corti, groupés sous le titre de l'un d'eux, Le Gouffre : un emblème indiscutablement. Mais le recueil donne une vision nouvelle d'Andreïev, qui le fait aimer davantage. Une nouvelle traduction, trente-cinq histoires dans l'ordre où elles ont été écrites : l'accès à un univers complet, mental et sentimental.
     Andreïev, c'est beaucoup plus qu'une œuvre attirée par l'angoisse du gouffre. C'est, jeté sur le papier, le pauvre cœur des hommes, pour reprendre un titre du Japonais Soseki (...).
     Des enfants, des ivrognes humiliés et offensés. Une prostituée injustement accusée qu'un jeune avocat voudrait défendre, mais sa plaidoirie est nulle.Des étudiants désespérés, une jeune fille muette qui se tue, laissant son père hanté par le silence. On s'achemine vers les textes les plus macabres de Leonid Andreïev, comme Le Mur, avec sa horde de lépreux (...). Mais on ne peut pas dire qu'il y ait une progression vers l'absurde.Dès le début, le monde est personnifié, le mensonge s'insinue, la mort veille, la vodka est un monstre rampant. Dès le début, la folie et l'horreur rôdent. Tantôt la vie va, tantôt les démons dominent.
     Claire Devarrieux, Libération, 4 juin 1998.

     Andreïev, nihiliste russe. Imbibé de Schopenhauer et de vodka, Leonid Andreïev, expressionniste avant la lettre, porta à son paroxysme l'art de l'autodestruction (...).
     L'impression qu'on retire à la lecture d'Andreïev : être englouti dans un gouffre, un gouffre noir, le gouffre de la mort, cette mort qu'il évoquait toujours avec la même délectation gourmande qu'il mettait à prononcer le mot "femme".
     Roland Jaccard, Le Monde, 3 juillet 1998.

     Andreïev explore les tréfonds de l'âme. Ses personnages sont fragiles, angoissés, déboussolés, troublés et troublants. La veine est tantôt réaliste, naturaliste, tantôt allégorique. D'aucuns voyaient en lui "le fils spirituel" de Tchekov, mais en infiniment plus sombre, plus triste. Mais, comme tchekov, précisément, (...) Andreïev ne se départit jamais d'une profonde compassion pour les personnages qu'il met en scène.
     Jean-François Bouthors, La Croix, 3 août 1998.






Tome 1
Trad. et prés.
de S. Benech
480 pages
1998
ISBN : 2-7143-0652-7
140 F