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C'est à Walter Muschg, alors jeune assistant à l'Université de Zurich, que nous devons ce document unique : l'autobiographie d'un des auteurs les plus étonnants du siècle, Hans Henny Jahnn.
À défaut d'être un récit objectif, ce texte montre comment Jahnn lui-même voyait son évolution et désirait être vu par autrui. Nous y trouvons tous ses fantasmes, toutes ses phobies.
Marginal et replié sur lui-même, Jahnn se crée un extraordinaire monde intérieur ; ses efforts pour le transposer dans la réalité extérieure, dans une "communauté de foi", étaient nécessairement voués à l'échec. Meurtri et résigné, il bâtira dorénavant ses cathédrales dans son uvre littéraire : les romans Perrudja et Fleuve sans rives. C'est là que ses visions s'incarnent, avec une force hallucinante, incantatoire, onirique. Cette tentative d'extérioriser et de communiquer une vision intérieure, très personnelle, se reflète dans le style de l'auteur qui cherche constamment à justifier rationnellement un irrationalisme foncier, et dans la nécessité de faire la conquête d'un langage authentique.
En effet, la forme, la langue, sont uniques, incomparables. Le langage du grand auteur n'est pas celui de la facilité mais le résultat d'une lutte perpétuelle : incapable dé s'exprimer au moyen des clichés d'une langue conventionnelle, figée, il doit, à chaque fois, retrouver le mot juste, originel, le puiser à la source, pour exprimer sa vision originale.


Le meilleur chemin pour aborder le monstre quest Perrudja et les autres livres de Jahnn, est à coup sûr ce volume dentretiens réalisés par le Suisse Walter Muschg. Ce sont plutôt des propos recueillis lors de nombreuses rencontres entre 1932 et la fin de la Seconde Guerre mondiale, revus et discutés avec Jahnn lui-même et qui offrent donc une totale garantie dauthenticité. Quelques petites notes de Musch, en bas de page, réintroduisent les données réelles dans les extravagances, ou hallucinations, de Jahnn. Le portrait ainsi réalisé est totalement ressemblant, et en conséquence dune vigueur expressive effarante.
Nicole Casanova, La Quinzaine Littéraire, 15/31 octobre 1995

 
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