Marie Etienne, Les Yeux fermés ou Les Variations Bergman
    éditions José Corti, 2011




  
On a parfois le sentiment, dans la vie quotidienne, d’être soudain à l’intérieur d’un film ; ou bien qu’un film s’est emparé de notre part la plus secrète et l’expose à nos yeux en même temps qu’aux yeux des autres, sur un écran, Ingmar Bergman, mieux que tout autre cinéaste, a mis en relation le cinéma avec sa « chambre crépusculaire ». C’est en sa compagnie, avec son aide, que j’établis des relations, « les yeux fermés », c’est-à-dire, avec les yeux du souvenir, entre le cinéma et la littérature qui comptent pour moi, les livres que j’écris et ma biographie. Une circulation plus intuitive que rationnelle, moins théorique que destinée à faire signe, et susciter chez le lecteur un travail mémoriel analogue.

   Marie Etienne





Marie Etienne
  

Après une enfance en Asie et une jeunesse africaine, Marie Étienne revient s'établir en France, où elle sera l'assistante d'Antoine Vitez jusqu'à la fin des années 1980. Elle a participé à l'aventure de la revue Action poétique et collabore à  La Quinzaine littéraire. Depuis La Longe (1981), elle a fait paraître une vingtaine d'ouvrages – poésies, romans, chroniques – qui ont peu à peu tissé une oeuvre d'une profonde unité. Le prix Mallarmé lui a été décerné pour Anatolie, paru en 1997 dans la collection Poésie/Flammarion, où elle a également publié Roi des cent cavaliers (2002, traduit chez Farrar, Straus & Giroux en 2008) et Dormans (2006).

La sortie de Les Yeux fermés s'accompagne de deux autres publications de Marie Etienne :
Haute lice, collection Domaine français ;
Le Livre des recels, dans la collection Poésie/Flammarion, dirigée par Yves di Manno.






 


    Entretien entre Marie Etienne et Jean-Max Méjean (Cinélivres).


C’est un livre d’écrivain, où l’on découvre que l’ex-assistante d’Antoine Vitez, auteure d’essais, de romans, de recueils de poésie, entretient depuis le plus jeune âge une relation étroite avec le cinéma. Mais point d’approches critiques ici, plutôt une façon très originale d’esquisser une autobiographie par un carnet impressionniste, révocation d’une série d’émotions ayant surgi de la chambre obscure. Dans le noir intime de Marie Etienne renaissent des souvenirs d’autant plus vifs, secrets, nets qu’elle les regarde « les yeux fermés ».  Échos, correspondances, liens rêve-réalité accompagnent le récit de la découverte de De la vie des marionettes, d’Ingmar Bergman, au Saint-André-des-Art.

Un parcours cinéphilique mêlant géographie (d’Abidjan au Quartier latin), ping-pong mental, écrans urbains, inspirations, images obsédantes, titre mystère. La Laterna magica de Marie Etienne reflète aussi le récit d’une entrevue captivante avec Pierre Rissient, qui lui demande d’être sa scénariste. Cette cocasse rencontre manquée surgit de l’obscurité pour se transformer en un  joli court-métrage littéraire.

Jean-Luc Douin, Le Monde, 29 avril 2011  








Marie Etienne
Les Yeux fermés
192 pages
Janvier 2011
978-2-7143-1049-1


19 €



En lisant en écrivant