Vers l'unique métaphore de Miklós Szentkuthy.
     Collection En Lisant en écrivant, édition José Corti, 1991.



    
 "De jour en jour, tous les matins, devant la face de Gorgonne de l’horloge, sous l’atroce fantasmagorie des rides de la couverture, je ne cesse de soupeser : peut-être le sport me rendrait-il heureux, le tennis ou le saut en hauteur, quelque "action gratuite", un mouvement non rationnel, car je n’ai jamais eu confiance en la raison ; peut-être suis-je un pilier d’hôtel mondain, puisque ces derniers temps seuls les nouveaux modèles de cravates et les formes des souliers féminins ont le don de véritablement m’enfiévrer ; je suis vraisemblablement un saint, saint jusqu’aux racines de mon cœur, un saint qui n’est aussi impuissant le matin que parce qu’instinctivement il perçoit que rien, quoi qu’il arrive, ne le satisfera en dehors de Dieu ; cette idée de sainteté n’est qu’exagération de la métaphore, demi-sommeil incohérent sur quelque reproduction du Greco : je suis un bourgeois philistin, dont le lit n’est pas assez long, le balcon pas assez ombragé, qui n’a pas dans son appartement assez de fauteuils, et qui de ce fait ne se sent pas bien ; comme il a quelques lambeaux de culture, il surthéologise ce malaise avec élégance : je suis né artiste créateur : d’où, tous les matins, l’absence absolue de thème vital – il est naturel que la vie n’ait pas de thème, puisque ce n’est pas la vie qui est en question : c’est, en dehors de la vie, la création qui vient de moi ; je suis un travailleur de force, à qui dès l’enfance on a appris l’habileté manuelle – si je pouvais être forgeron ou menuisier, ma vie aurait un sens : une clé ou une table sont incomparablement plus éternelles, plus "œuvres", que par exemple cette auto-définition."



 

    Deux ans et demi après sa mort, Miklós Szentkuthy sort enfin de la "malédiction d'avoir écrit en hongrois" et trouve sa place parmi les dynamiteurs de formes du vingtième siècle.
     Pour forger l'unique métaphore, Szentkuthy prend (...) tous les chemins de traverse possibles. Comme un alchimiste il dose, il allie la science à l'imprévu, la réflexion à la facble, le réel le plus fictif à la fiction la plus efficace. Et il ne s'interdit vraiment rien, ps même un tel périple, une pirouette finale : "Vers l'unique métaphore ? Mon destin ne serait-il pas, en fait, l'inverse : depuis des millions de métaphores vers un seul être humain ?"
    
 André Velter, Szentkuthy, l'artisan universel, Le Monde, 1er février 1991.

     Sa prose a horreur du vide et elle semble se prolonger indéfiniment comme dans un décor baroque où tous les éléments s’emboîtent ; la façade, la couple, les sculptures, les trompe-l’œil.
En écrivant ce livre ludique et sérieux à la fois qui traite de Ports et de saint Thomas d’Aquin, qui fixe la fraîcheur matinale ou disserte sur les allégories médiévales, Szentkuthy ne vise qu’une chose : se mettre à l’épreuve et jauger ses capacités.
    
 La Croix, 15 juillet 1991.

     Vers l'unique métaphore, écrit à 27 ans, contient en raccourci les livres futurs. C'est à la fois un journal de bord, un patchwork culturel, un compendieum métaphysique, regorgeant de fulgurances, d'obscurité, de platitudes, de drôleries, le tout pêle-mêle et sans aucun critère.
     
Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur, 21 mars 1991.








Traduit du hongrois
par Eva Toulouse
312 pages
1991
ISBN : 2-7143-0404-4
120 F

Collection En lisant en écrivant