Christian Hubin : Le Sens des perdants, éditions Corti.
    Parution le 16 octobre 2002


     Indissociables des sept recueils parus chez Corti depuis 1986, des carnets de notes, études, réflexions s’attachent, chez Christian Hubin, à cerner dans la parole ce qui à la fois l’accompagne, la fraie et l’apostasie.
Autant d’harmoniques – de dissonances aussi – qui, après La forêt en fragments (1987), Parlant seul (1993), aiguisent dans Le sens des perdants ce que la poésie a – non d’inadmissible (comme le voudrait un vieil alibi), mais de soustrait ou d’immanent à elle-même : d’impitoyable.

    Il faudrait (…) laisser le vide affleurer, – qu’y parle non cela qu’on voulait dire, mais en cela, ce qu’il n’est pas : croire en quelque chose qui n’existe pas (Thomas Bernhard).

     Comme on respirerait à plein le manque de respiration. Écrivant, lisant, je ne fuis pas, j’arpente le monde, je mesure et dé-mesure la « réalité ». Non, je n’ai pas encore, je n’ai rien. Je suis sans rien et c’est pourquoi je suis encore. Le chat près de moi, de quoi se souvient-il ? Qu’est-ce qui est ? Quels mouvements dont l’espace est l’extrapolation ? La solitude du livre pardonne. Elle dément l’espoir, enseigne l’espérance.

     Est-ce qu’il y a quelqu’un ? Est-ce qu’il y a une voix qui pourrait parler comme nous le voudrions ?





    
Il est bon que paraissent à la fois Venant et le Sens des perdants de Christian Hubin, aux éditions José Corti qui publient tous ses livres depuis 1986.
    
Lire le second de ces ouvrages, c’est sans doute convoquer une bibliothèque d’auteurs n’appartenant pas à la littérature «calibrée» selon l’expression de Julien Gracq, et c’est pourquoi l’on prédire que fragments en forêt, parlant seul et les recueils de poèmes sont appelés à faire partie du « fonds » de l’éditeur.
     
La citation y est toujours précise, ajustée et un effort-qui sera amplement payé de retour- est à consentir pour se situer à la hauteur de pensée et de sensibilité de Christian Hubin dont l’écriture-poème est également invitation au partage d’une réflexion : penser le poème comme cela a été fait autour de l’œuvre de Jacques Garelli, plusieurs fois cité (transformation de l’esprit humain en topologie de l’énigme du monde).
     Ronald Klapka, Remue.net.








208 pages,
ISBN 2-7143-0789-2,
Seuil : 3.56712,
16 Euros
16 octobre 2002