|
Les Pensées de Baudelaire.
De tous les moralistes du XIXe siècle, de Joubert à Proust, nul sans doute nest plus grand que Baudelaire. Ses journaux intimes sont devenus le plus fréquemment réimprimé de ses livres en prose. Mais Baudelaire moraliste est partout ; dans ses vers certes, mais aussi dans ses lettres, dans ses pages de critique, dans ses essais romanesques, dans ses notes les plus hâtives. De ses uvres complètes Henri Peyre a donc extrait les passages les plus profonds et les plus suggestifs, il les a groupés sous des titres commodes pour nous mettre en présence de ce quil y a à la fois de plus intime et de plus achevé chez Baudelaire.
Ces réflexions et ces épigrammes sont, bien entendu, dinégale valeur. Beaucoup sont dune forme admirable, aisément comparables à ce que les moralistes du XVIIe et du XVIIIe siècle ont laissé de plus définitif. On les lira et on les relira. La puissance de la pensée de Baudelaire y apparaîtra avec éclat. Cette pensée nest pas, encore une fois, systématique et ce recueil nen a pas écarté les contradictions. Mais les contradictions de Schopenhauer ou de Nietzsche, celles de Gide, de Renan ou de Rousseau, présentées dans un livre dextraits analogue à celui-ci, seraient non moins flagrantes.
Ce qui importe davantage cest que cette pensée de Baudelaire devrait sembler, à travers cinq ou six cent "maximes", vivante et ardemment vécue, originale, émouvante souvent par ce quelle révèle de lhomme et autrement actuelle que celle de bien des moralistes professionnels que révèrent nos manuels de littérature.

 
|
|