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Nouvelles cantates de Silvia Baron Supervielle.
"Après ma traduction des Fragments verticaux de Roberto Juarroz, je me mis à relire certains passages de la Bible que javais marqués sur la marge, puis jen soulignai dautres, jusquà ce que, chronologiquement enfin, je transcrive les notations dans un cahier. Tout au long, je fus gouvernée, dune part, par la nécessité de reprendre ce qui était à mes yeux le plus beau dans le message, et de lautre, par celle de relever une écriture qui me frappait delle-même. Le fil que je tirais dévoilait une étrangeté que je recevais en partage et qui était comparable à celle qui apparaît dans tout grand ouvrage littéraire. En dautres termes, je pouvais aussi bien être en train de parcourir Virgile, Dante, Montaigne, Beckett, ou de continuer à traduire Juarroz.
Jeus, de plus, le sentiment que les récits du livre sinspiraient dun autre volume mystérieux, antérieur, qui était la clef de la connaissance et de la vie : les tables et les lois, les livres scellés, mangés, ailés, les paroles à Introduire dans la bouche, les doigts qui écrivent sur le sol sessayaient, mystérieusement aussi, à le recopier. Quoi quil en fût, le contenu de ce volume premier était impérativement voué à se répéter et à saccomplir dans les suivants. Cela me rappela le caractère visionnaire de la poésie ; autant que les répétitions qui saffirment comme une vérité unique en particulier dans les quatre Évangiles, sont des caractéristiques propres à la littérature.
À mesure que le fil éclaireur me guidait entre ces histoires et ces personnages, chargés de léclat de leur inébranlable et messianique destin, le voile de lémotion se déchirait à cause de cette étrangeté, dont la fulguration mince, démunie, éminemment sainte de même, confirmait en quelque sorte le foyer. Paul disait : Toute Écriture est inspirée de Dieu."
Silvia Baron-Supervielle

C'est en traduisant le poète Roberto Juarroz que Silvia Baron Supervielle a relu et annoté la Bible, devenue, en quelque sorte, son livre. Montage, épure, abstraction, plus que commentaire : les passages retenus s'inscrivent dans un récit saisissant d'où n'émane plus qu'une parole d'amour et de ravissement.
René de Ceccatty, Page des libraires, N°36, sept-oct 1995.

 
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