![]() |
||||||
| Jacques Demarcq, Nervailiennes éditions José Corti, 2010 Nerval m’est un vieil ami. Peu enclin au romantisme, je me suis souvent demandé ce qui me liait à lui. J’étais, je suis toujours fasciné par les sonnets des Chimères, bien sûr : leur énigme et leur limpidité tout à la fois. Mais c’est surtout dans Sylvie et ses autres récits du Valois que je me promenais ; j’y retrouvais un peu de mes paysages dans une contrée proche. Je me suis mis à écrire avec lui. J’ai emprunté la trame d’un de ses contes pour un livret d’opéra dont le style, certes, est aux antipodes du sien. Plus tard, j’ai retracé sa vie dans la bouche d’un enfant. Entre temps, je lisais et relisais Sylvie, Aurélia, et ses autres textes. Plus j’allais, plus son écriture acquérait une vie autonome, détachée de sa biographie et des paysages qu’il a parcourus, pour s’engager avec une incroyable lucidité dans la folle aventure des signes. Comme l’a senti Proust, il est l’anti-Sainte-Beuve : sa vie l’explique peu. Son œuvre montre avec douceur qu’un être humain vient moins au monde qu’il ne tombe dans un langage : une mise en forme de la réalité dont les bases culturelles, toujours un peu mythiques, recèlent désirs et dangers. Nerval ne m’en est devenu qu’un ami plus intime. Jacques Demarcq Cet ouvrage est composé de trois parties : d’un conte qui n’est heureusement pas destiné qu’aux enfants1, d’un livret d’opéra de la même eau où l’on peut reconnaître la patte de l’auteur des Zozios2 et d’un essai, Le Nervalois, qui tente de ne pas trop corrompre son objet d’étude et y parvient assurément. Du conte (qui évoque une initiation scolaire à la poésie échappant aux travers encore fréquents du « beau langage » ou des jeux d’inspiration pseudo-oulipienne), on pourra faire entrer en résonance le titre malicieux, Gérard de Verbal, et cet extrait du dialogue entre un père et son fils (interlocuteurs choisis quand on sait le peu d’échanges entre Nerval et son père) : « Ecoute, j’ai entendu parler de Gérard de Verbal ; je ne suis pas sûr qu’il ait fait tout ce que tu racontes. T’es bien un père, papa ! Si tu m’avais lu… J’explique à la fin : il a pas raconté sa vie, il l’a transformée ; c’est ça l’important. » avec cette phrase emblématique de la 3ème partie : « Ce qu’ignorent les biographes, et plus généralement le sainte-beuvisme expliquant l’œuvre par l’homme, c’est qu’un être humain vient moins au monde qu’il ne tombe dans un langage, une formulation ou mise en forme de la réalité qui varie avec l’époque et la culture. » Car le propos de J. Demarcq tourne essentiellement autour de cela : comment l’œuvre de Nerval, comme toute autre digne de ce nom, transfigure le donné biographique (et les inscriptions qu’il implique dans les discours sociaux) en l’ouvrant sur des dimensions qui l’excèdent autant que la « simple » relation que l’on pourrait en faire ce qui suppose une lucidité égale à celle du pinson de l’opéra3 : pshuii 1 Publié précédemment dans la revue dans la lune, Centre de Création pour l'Enfance
|
||||||
![]() 144 pages février 2010 I978-2-7143-1018-7 18 € |
||||||