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Le nibbio de Salah Stétié.
Le nibbio est le petit faucon ou aigle qui, daprès une tradition souvent reprise, se serait posé sur la bouche du petit Leonard de Vinci dans son berceau installé dans le jardin et, des plumes de sa queue, lui aurait entrouvert la bouche. Ce récit aurait si fort frappé limagination du grand peintre et savant que par la suite il aurait inconsciemment cédé dans son uvre de créateur formel et dinventeur "scientifique" à lobsession que représentait pour lui limage de loiseau de proie : daprès Freud, notamment, on retrouverait dans la plupart des grandes toiles de Vinci, camouflée par les plis des vêtements des personnages ou inscrite dans le paysage, la mystérieuse figure.
À partir dune telle connection qui sait joindre les impondérables, Salah Stétié, établit sa propre toile daraignée afin dimaginer, à travers les siècles et les cultures, depuis les premiers textes sacrés jusquà la fusée Ariane, les liens qui se sont tissés entre la religion, la poésie, la philosophie, lart et la science pour parvenir à formuler lespace. Cette même démarche de pensée, mêlant lintuition la plus aiguë à lérudition la plus vaste, se retrouve dans lensemble des essais sur la notion de "gouffre", sur les rapports entre la langue orale et la langue écrite, sur lidentité poétique dans son conflit avec lHistoire, sur la spécificité de chaque langue, etc. où lon voit se répondre, dun millénaire à lautre et dun continent à lautre, véritable "médiation des imaginaires" qui montre à lévidence la plénitude et la complétude des hommes, de grands thèmes et de grands témoins.


 
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