Miklós Szentkuthy, En lisant Augustin.

    
 Après l’édition du journal spirituel de grand écrivain hongrois Milklós Szentkuthy en 1991 Vers l’unique métaphore (1935), nous publions En lisant Augustin, qu’il acheva juste avant de mourir. Cinquante ans les séparent, Miklós Szentkuthy est conscient de son évolution inéluctable, et ce qu’il dit d’Augustin s’applique à lui-même :
     Partir d’une vision intellectuelle du monde propre à la jeunesse pour parvenir à la perception sentimentale de l’âge mûr, c’est là l’itinéraire d’Augustin et de tous les grandes esprits. Non point l’inverse. On ne passe pas d’un lyrisme adolescent aux philosophies de vieillesse : le mouvement va des philosophies des adolescents au lyrisme de l’âge mûr. C’est la seule voie humaine, virile, intelligente.
     Ce qui frappe et séduit immédiatement dans cette vaste méditation, c’est que malgré la vieillesse, la maladie, Szentkuthy s’est encore un peu plus rapproché d’une sagesse à la Montaigne. S’il nous parle de ses lectures, de ses amours, des événements politiques, c’est toujours pour restituer toutes choses dans un ensemble toujours plus vaste.
     S’il choisit Augustin comme point de référence, c’est parce qu’il a l’intuition qu’en tenant de comprendre le temps d’Augustin, il pourra mieux comprendre le nôtre et qu’ainsi, de la confrontation de deux confessions, naîtra pour les lecteurs une vision plus juste de l’histoire de l’humanité – du christianisme au communisme –, comme de l’histoire des individus – du berceau à la tombe.
     L’œuvre romanesque de M. Szentkuthy est publiée par les éditions Phébus et, pour Chroniques burgondes, aux éditions du Seuil.

    Quelques thèmes abordés par Miklós Szentkuthy dans ce volume, outre Saint-Augustin :
l'hérésie, Niké, la lyre de Clio, l'agonie de l'Europe, le problème du mal, Rome, Jupiter, Nietzche, le bonheur, Zeus et la mythologie grecque, Eckart, etc.


Dessin de Szentkuthy, Eve et les Parques.



     Drôle d’oiseau et vieux réac à l’égo démesuré, sans doute le plus méconnu des authentiques génies de ce siècle, Szentkuthy affine ici son autoportrait intellectuel : inutile d’y chercher un exposé sur le système philosophique du père de l’Église latine, auquel un dixième du livre à peine est consacré… On entre chez Szentkuthy comme dans toute grande œuvre, c’est-à-dire par le milieu, par le début ou par la fin (les grands écrivains savent recevoir), et En lisant Augustin est une serrure comme une autre, un sésame pour l’antre merveilleux de l’ogre de Budapest.
     
Bruno Gendre, Les Inrockuptibles, N° 67 août 1996







Traduit du hongrois
par Eva Toulouse
192 pages
1996
ISBN : 2-7143-0574-1
120 F